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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le Chinois Zou Yi regarde par la fenêtre le ciel bleu, le 11 janvier 2018 à Pékin. AFP - WANG ZHAO

Le Chinois Zou Yi regarde par la fenêtre le ciel bleu, le 11 janvier 2018 à Pékin. AFP - WANG ZHAO

The Washington Post, le 13 janvier 2018

Il y a un an, la capitale chinoise était en proie à un smog étouffant et potentiellement mortel qui rendait la vie pénible avec une pollution dangereuse pour la santé respiratoire. Ce mois-ci, l’air à Pékin est sain et le ciel bleu. Le vent et la météo ont joué un rôle, mais ce n’est pas dû au seul hasard.

L’année dernière, Pékin a enregistré la plus grande amélioration de la qualité de l’air jamais enregistrée. Selon Greenpeace East Asia, la concentration moyenne de particules (PM2.5) a chuté de plus de 20 %.

Dans une course effrénée pour atteindre les objectifs de fin d’année en matière de pollution atmosphérique et lutter contre le smog hivernal habituel, 5.600 inspecteurs environnementaux provenant des quatre coins du pays ont été embauchés et envoyés dans le cœur industriel de la capitale.

Des dizaines de milliers d’usines reconnues polluantes ont été forcées d’effectuer des opérations de nettoyage ou ont tout simplement été fermées, tandis que des millions de ménages ont dû abandonner à la hâte le chauffage au charbon au profit du gaz naturel.

Le ciel bleu a un prix : les usines fermées avaient soutenu des milliers d’emplois. Des millions de personnes vivant dans la région environnante de Pékin ont perdu leur chauffage au charbon sans recevoir de chauffage à gaz en remplacement et ont souffert du froid. 

Le prix à payer sur le plan social conduira inévitablement à des pressions pour faire reculer la politique de l’air pur. Pour l’instant, cependant, ce résultat démontre une puissante volonté politique mettant en doute une hypothèse de longue date, à savoir que le Parti Communiste ferait toujours passer l’économie avant l’environnement. Ce résultat a fait naître l’espoir que le pays pourrait prendre un virage décisif pour s’attaquer à son tristement célèbre problème de pollution.

« Nous devons reconnaître qu’une bataille très importante a été gagnée » a déclaré Ma Jun, le fondateur de l’Institute of Public and Environmental Affairs à Pékin.

« Cela pourrait être une étape très importante pour gagner la guerre ».

 

Photo DR

En 2013, en réponse à une forte colère populaire, le Premier ministre chinois Li Keqiang a lancé une « guerre contre la pollution atmosphérique ». Puis, poussé par « l’airpocalypse » de l’hiver dernier, comme on l’appelait familièrement, Li lança un nouvel appel aux armes en mars, s’engageant lors de la réunion annuelle du Congrès national du peuple à « mener résolument une bataille âpre pour défendre le ciel bleu».

Yanmei Xie, un expert de la politique chinoise chez Gavekal Dragonomics, qualifie ces derniers mois de campagne de « choc et stupeur ». 

En 2014, le maire de Pékin a déclaré qu’il avait conclu un contrat de « vie ou de mort » avec le gouvernement central pour ramener la concentration de PM2.5 à 60 microgrammes par mètre cube, contre environ 90 auparavant. Fin 2016, l’objectif semblait hors de portée, Il a alors été remplacé.

Même au cours des derniers mois, peu de gens auraient pensé que Pékin atteindrait l’objectif fixé, a déclaré Li Shuo, conseiller principal de Greenpeace en matière politique.

« Il y avait tellement d’acteurs impliqués, il était difficile de faire appliquer la loi sur le terrain ; ce n’est pas seulement pour le secteur de l’énergie, mais pour celui du chauffage, du fer et du ciment, de la construction et du transport »,  a-t-il expliqué. « Et qui sait dans quelle direction le vent soufflera ? »

Contre toute attente, et avec un peu d’aide du vent, l’objectif a été atteint.

« C’est fascinant de constater que tout a fonctionné, et cela nous a obligés à revoir certaines de nos hypothèses », a ajouté Li. « Si les dirigeants sont déterminés à faire quelque chose, et s’ils pouvaient vraiment améliorer la qualité de l’air ? »

À Pékin, les ventes de masques de protection et de purificateurs d’air ont diminué, et le nombre de « jours de forte pollution » est tombé de 58 jours en 2013 à 23 en 2017. Grâce en partie à la météo, les niveaux de PM2.5 à Pékin au quatrième trimestre de l’année dernière ont été inférieurs de moitié à ce qu’ils étaient un an plus tôt, selon le calcul de Greenpeace. Les écoliers, souvent gardés à l’intérieur lors de la récréation durant les pics de pollution, ont été autorisés à jouer à l’extérieur plus souvent.

Mais les mesures ont aussi été une arme à double tranchant, ou une arme utilisée avec maladresse.

Dans la province de Hebei, qui entoure Pékin, les ouvriers de l’usine se plaignent des ralentissements et des fermetures qui menacent leurs revenus et leurs moyens de subsistance, alors que les habitants ont lutté pendant des semaines dans des conditions de grand froid parce que le chauffage au charbon avait été démoli sans que le gaz naturel ne soit fourni immédiatement.

Cette province, qui à elle seule produit plus d’acier que toute l’Europe occidentale, est le plus grand foyer de pollution atmosphérique industrielle au monde. Ici, le ciment, la céramique et les usines chimiques dégagent une fumée épaisse, et quand le vent souffle du sud, un nuage toxique est envoyé vers le nord et la capitale.

Pendant des années, les dirigeants de Hebei ont été réticents à faire quoi que ce soit qui aurait porté préjudice à leur propre économie, priver les travailleurs de leur emploi et pouvant provoquer potentiellement des troubles sociaux. Des usines polluantes mais aussi génératrices de recettes fiscales et d’emplois étaient considérées comme intouchables, et les inspecteurs du ministère de la Protection de l’Environnement semblaient impuissants.

L’année dernière, les choses ont changé. La classe moyenne à Pékin était un électorat trop important pour être ignoré, et la mauvaise qualité de l’air de la capitale était une humiliation aux yeux du monde entier.

Dans le cadre d’un « plan d’action hivernal », les inspecteurs recrutés dans d’autres régions du pays se sont vus confier un mandat beaucoup plus renforcé, se disputant entre eux le nombre d’usines fautives qu’ils pourraient fermer.

Un grand nombre de petites usines ont dû fermer leurs portes, tandis que les plus grandes ont été obligées de passer du charbon au gaz naturel et d’utiliser des filtres pour réduire les émissions polluantes. De grands projets de construction ont été interrompus, et des poêles à charbon ont été démolis dans des millions de foyers.

Province de Hebei. Photo DR

Partout dans la province du Hebei, des panneaux annoncent des zones « exemptes de charbon ».

« Le gouvernement central s’est servi de la pression publique, l’aspiration du peuple à un air pur, pour briser la résistance locale », a déclaré Ma, de l’Institut pour les affaires publiques et environnementales.

Dans leur désir de plaire au gouvernement central, certains fonctionnaires ont dépassé les bornes en démolissant des millions de chauffages au charbon avant de les remplacer. D’autres résidents ont fait installer les nouveaux systèmes, mais n’ont trouvé aucun gaz dans les conduites ; les usines qui transforment le même charbon en gaz ont aspiré tous les approvisionnements disponibles.

Alors que des millions de personnes frissonnaient dans des conditions glaciales et s’adressaient aux médias sociaux pour exprimer leur colère, le gouvernement a décidé de changer de cap en début décembre, assouplissant son interdiction à l’égard du charbon.

Le passage est arrivé trop tard pour le restaurateur Jiao Changguo, 47 ans, dans le village de Xijiao, dont le poêle à charbon a été démoli il y a deux mois. La semaine dernière, à midi, son restaurant était froid et vide. Il a une bouteille de gaz et un chauffage de terrasse, mais c’est trop cher à faire fonctionner, à moins d’avoir des clients. Et avec toutes les usines de colle du quartier qui ont été fermées par les inspecteurs, des clients il en a très peu.

« Depuis le début de la politique de protection de l’environnement, le revenu des gens — eh bien, il n’ y a tout simplement pas de comparaison avec le passé », confie-t-il. « Quand il s’agit de l’avenir, pour les gens ordinaires, surtout dans les villages, il n’y a pas de perspectives ».

Dans la municipalité voisine de Zuogezhuang, la Langfang Xinsitong Wood Industry Co. qui emploie normalement une centaine d’employés pour fabriquer des contreplaqués et des panneaux de menuiserie, est restée inactive la semaine dernière. L’entreprise a dépensé 1 million de yuans (130 000 €) et passé deux mois l’année dernière à démolir ses chaudières à charbon et à installer du gaz naturel, a déclaré la vendeuse Zhang Caihong, mais maintenant il n’ y a plus de gaz après cette perte de deux mois de production pour le passage du charbon au gaz, et la main-d’œuvre a été renvoyée chez elle avant le Nouvel An chinois en février.

« Zuogezhuang est dans le pétrin », a-t-elle déclaré. L’année dernière, son entreprise a encore perdu quatre mois de production en raison de diverses fermetures imposées par le gouvernement, parfois pour s’assurer que le ciel soit bleu lors de « réunions importantes » à Pékin, et elle aura probablement du mal à survivre si cette année devait être aussi mauvaise.

« Plus de la moitié des entreprises ici ne fonctionnent pas en ce moment », dit-elle. « Si vous revenez l’année prochaine, vous verrez que certaines d’entre elles n’existeront plus ».

On peut faire la même expérience dans toute la province du Hebei, ce qui soulève la question de savoir si la récente campagne sera maintenue cette année. Récemment, le pendule a oscillé entre l’économie et l’environnement. En 2014, la consommation de charbon a commencé à chuter, à la surprise générale, mais deux ans plus tard, le gouvernement a lancé un plan de relance au bénéfice de la construction et de l’industrie lourde, déversant plus de polluants dans l’air.

Cependant, dans l’ensemble, sous la présidence de Xi Jinping, les préoccupations environnementales ont plus de poids, a déclaré Xie de chez Dragonomics.

Mais la seule volonté politique ne suffit pas, dit-elle. Une transformation en profondeur de l’économie doit avoir lieu si l’on veut que les progrès se poursuivent.

Dans l’ensemble, au cours des quatre dernières années, Greenpeace estime que les niveaux moyens de PM2.5 dans les 74 villes chinoises pour lesquelles des données sont disponibles ont chuté de 35 %. Mais l’amélioration plus récente et spectaculaire de Beijing et Hebei au quatrième trimestre a été toutefois pondérée par une dégradation dans d’autres parties du pays, y compris dans les provinces d’Anhui et de Jiangsu, qui jouxtent Shanghai.

Liu Yang a contribué à ce rapport.

Traduction : Joel Bomane.

Source : Paul Jorion.com

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