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Publié par Saoudi Abdelaziz

Accompagnant le blocage du dialogue, l'idée que c'est la mobilisation sociale qui créé l'impasse est  popularisée par le régime.

Evidence. Le développement du mouvement social est un phénomène normal dans l'Algérie de 2018. Les différentes forces et catégories sociales défendent leurs intérêts dans un contexte où les arbitrages sont de plus en plus serrés. Les grèves, les rassemblements sont entrées dans les moeurs algériennes. Mettant durement à l'épreuve le vieux réflexe du régime qui consiste à garder de bout en bout le contrôle sur toute chose.

Ne pouvant plus compter pour assurer la paix sociale sur les carriéristes de l'UGTA, ou sur le travail d'atomisation mené par les officiers traitants, le gouvernement n'arrive pas à trouver une ligne de conduite efficace. Les matraques des policiers formées pour contrer les émeutes ne sont pas adaptées aux nouvelles manifestations pacifiques. La culture du dialogue avec le "partenaire social" peine difficilement à s'imposer aux lourdes machineries bureaucratiques, ou même aux égos ministériels. Après le jugement contre les inscrits maritimes du port de Annaba, le recours aux juges  pour interdire les actions revendicatives commence à se répandre. "L'Etat de droit" va-t-il enfin triompher, en cette dernière année du mandat de Bouteflika? Mais contre le peuple. Accompagnant le blocage du dialogue, l'idée que c'est la mobilisation sociale qui créé l' impasse est  popularisée.

Gros plan:

Saïd Boucetta, l'un des commentateurs politiques de l'Expression, quotidien habituellement à la pointe de la défense du régime, procède à une analyse policière du large soutien dont bénéficie l'action des résidents, en titrant sur "Le côté obscur des syndicats" et leurs "arrière-pensées politiciennes".  

Il écrit notamment : " De fait, le soutien n'est pas si sincère que cela. Il est intéressé, l'objectif étant d'élargir le «champ de la contestation», pour ensuite zoomer sur le pouvoir et le confondre sur la question de l'interdiction de manifester à Alger. Le coup a bien réussi, faut-il le souligner. La responsabilité volontaire ou involontaire incombe aussi aux grévistes qui, cherchant une forte médiatisation, se sont vu complices d'une machination politicienne". Comment fonctionne cette machination ? Il explique : " L'idée qui veut que «le gouvernement est coincé par une échéance électorale, c'est donc le moment de lui forcer la main» semble avoir beaucoup d'adeptes parmi les syndicalistes. La proximité du prochain rendez-vous politique, dans à peine plus d'une année, semble exciter pas mal de monde".

" L'idée" ne vient pas au commentateur que le gouvernement aurait alors intérêt à dialoguer avec les grévistes au lieu de laisser pourrir la situation, jusqu'à ce fameux  rendez-vous politique.

Dans le même journal, Massiva Zehraoui, visiblement plus proche du terrain, pose la problématique de manière plus professionnelle : "Nous vivons ces derniers temps, un contexte social bien singulier. Celui-ci est ponctué par des troubles qui se traduisent par la tenue d'une cascade de grèves". Après avoir analysé le déroulement de ces mouvements, elle conclut :  "Lorsque des crises, dont l'ampleur est aussi considérable, touchent des secteurs névralgiques tels que la santé et l'éducation, la situation risque de prendre une toute autre dimension. Elle peut ainsi très vite dégénérer si des solutions aboutissant à l'apaisement probant de ces agitations ne sont pas proposées dans l'urgence".

 

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