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Publié par Saoudi Abdelaziz

La mise au point de Bouteflika à propos de la conduite des privatisations, et sa prise de distance à l'égard de l'initiative de l'organisation patronale FCE sur les énergies renouvelables suscitent des interrogations. Occasion de faire avancer le débats sur la construction d'un vrai consensus national pour établir l'Etat de droit? Ou nouvelle manoeuvre politicienne pour désamorcer le large mouvement anti-oligarchique d'opinion en faveur de nouvelles règles transparentes ?

Trois intéressantes chroniques ce matin. La première salue "le geste salvateur du président de la République". Elle évoque "la complexité du pouvoir", et affirme :  "C'est un concentré de forces contradictoires. L'arrivée impromptue de l'oligarchie et la puissance qu'elle a eue a fait dangereusement pencher la balance dans le mauvais sens." La seconde renverse la problématique : "La privatisation des entreprises publiques fait polémique. Elle occulte une autre privatisation, informelle, mais autrement plus dangereuse : celle de l'Etat". La troisième met en garde : "L'adoration du Dieu « Privatisation » ne va pas du tout faire sortir le pays de la mélasse actuelle". Elle déplore "la relance du dépouillement des richesses nationales au profit d'une classe de prédateurs, dans l'appui de laquelle certains voient leur salut politique".

Maamar Farah journaliste, directeur du Soir d'Algérie

"Nous étions sur le point d'assister — passivement pour la majorité — à un véritable transfert de propriété de biens colossaux, d'hôtels prestigieux, de minoteries disposant de terrains plantés au cœur des villes; bref, d'une fortune colossale appartenant au peuple, bâtie avec hargne et moult sacrifices, vers des poches privées". Maamar Farah illustre son propos : "L'hôtel St-George, avec son jardin botanique unique, fut le lieu où se joua, en grande partie, l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Le livrer à un «gonfleur de pneus» l'aurait achevé! Cette précipitation et le butin qui allait changer de mains furent d'une telle ampleur que le Président a dû user de son autorité pour arrêter net la prédation en cours". A propos de la mise au point de Bouteflika, le patron de presse  précise : "Nous ne sommes pas des opposants. Notre parole est libre. Cette liberté nous permet de dire tout haut ce que nous pensons des dérives du pouvoir. Mais elle serait incomplète si nous taisions le geste salvateur du président de la République". A propos des "dérives" évoquée, le journaliste  écarte l'explication par la maladie Bouteflika. " Personnellement, je ne le pense pas. Je crois plutôt à un phénomène dû à la complexité du pouvoir. C'est un concentré de forces contradictoires où l'arrivée impromptue de l'oligarchie et la puissance qu'elle a eue a fait dangereusement pencher la balance dans le mauvais sens."

Abed Charef, journaliste et politologue.

 "La privatisation des entreprises publiques fait polémique écrit Abed Charef. Elle occulte une autre privatisation, informelle, mais autrement plus dangereuse : celle de l'Etat". "Alors,pour ou contre les privatisations ? En fait, c'est une question d'un autre temps. C'est une mauvaise question. La poser aujourd'hui révèle tout l'anachronisme de l'économie algérienne. Les vraies questions, et elles sont nombreuses, se situent ailleurs". Plus loin il s'interroge  : qui a la légitimité politique pour décider les privatisations ? Qui dispose de l'expertise technique et légale pour les mener ? Pourquoi privatiser : pour se débarrasser d'un fardeau, pour construire une économie performante, ou pour enrichir les oligarques ?" Après avoir énuméré les nombreuses questions qui taraudent les Algériens, il conclut : "Avec toutes ces questions, le débat change de nature. Il ne s'agit plus de savoir s'il faut approuver les privatisations ou s'y opposer ; il s'agit de s'opposer à la privatisation de l'Etat, dont se servent des cercles autour du pouvoir pour s'approprier les biens de la collectivité nationale. Autrement dit, l'enjeu majeur aujourd'hui est de reconstruire et de s'approprier un Etat arbitre, fonctionnant selon des règles légales, transparentes. A ce moment, la privatisation, comme tous les autres thèmes qui font aujourd'hui polémique, relèveront du bon sens, de la négociation, pour trouver les meilleurs compromis possibles au profit de la collectivité nationale".  

Mourad Benachenou, économiste, ancien ministre.

"L'adoration du Dieu « Privatisation » ne va pas du tout faire sortir le pays de la mélasse actuelle écrit Mourad Benachenhou. Il ajoute plus loin : " Y-a-t-il quelque part un personnage important qui veut faire croire que les choses bougent, simplement parce qu'on vient d'annoncer que le pillage du public par le privé est devenu la politique officiellement et délibérément assumée, alors qu'il se fait depuis longtemps de manière plus moins clandestine, au nom de la liberté du commerce, de la liberté d'entreprise et du droit à l'enrichissement sans cause.
Qui veut-on mystifier, en tenant à restreindre le débat sur la politique économique à des dispositions de caractère bureaucratique et limitées exclusivement à la relance du dépouillement des richesses nationales au profit d'une classe de prédateurs, dans l'appui de laquelle certains voient leur salut politique, même si cela doit aboutir à la liquidation des intérêts du pays au profit d'une minorité ouverte à tous les compromis et à toutes les compromissions, même avec l'étranger, pour préserver ses richesses mal acquises ?"
Le temps est peut-être venu d'aller au plus profond de la mécanique de la crise économique actuelle et de s'attaquer aux causes, et non aux conséquences de cette situation, en dehors de tous calculs politiques circonstanciels".

 

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