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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Nissa Hammadi, 30 janvier 2018. Liberté.

 

Après avoir recouru abusivement à la justice et à la matraque pour contenir les mouvements sociaux, les hautes autorités du pays tentent de créer un climat de méfiance vis-à-vis des appels à la grève des syndicats des différents secteurs et à mettre en relief l’enjeu de la stabilité du pays, dans une ultime manœuvre de les neutraliser.

Ces derniers jours, deux partis de l’alliance  présidentielle sont montés au créneau pour donner une connotation politique à la grogne sociale. Le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Djamel Ould Abbes, a saisi la tribune qui lui a été offerte lors de la commémoration du 21e anniversaire de l’assassinat d’Abdelhak Benhamouda au siège national de la Centrale syndicale pour lier le bouillonnement du monde du travail à “des calculs de certaines parties intérieures qui se préparent pour la présidentielle”.
Le patron du FLN a accusé “ces parties”, qu'il ne cite pas clairement, de “vouloir noircir la situation pour affaiblir le régime”. Ould Abbes a mis en garde contre “la manipulation de la colère citoyenne pour attenter à la stabilité du pays”.

Le même jour, et à la même occasion, le secrétaire général de l’UGTA, Adelmadjid Sidi-Saïd, s’est exprimé aussi. Ce dernier, même s’il pense qu’il faut trouver des solutions à ces mouvements de grève, a soutenu que “l’essentiel et le plus important sont la sauvegarde et la stabilité de la patrie”. Sidi-Saïd a défendu la position de l’Exécutif et a affirmé que “la violence ne règle en rien les problèmes”.

Pour sa part, le président du Taj, Amar Ghoul, a renouvelé, lors d’une conférence de presse qu’il a animée avant-hier, en marge de la rencontre avec les élus de son parti, son soutien au gouvernement, précisant que “certains syndicats ne sont pas rationnels dans leurs revendications, car ils demandent des droits impossibles à satisfaire en cette période de crise”. L'ancien ministre des Travaux publics a appelé à prendre en considération “le contexte délicat que connaissent la région arabe et celle du Sahel et l’embuscade de plusieurs forces du mal qui cherchent à saisir l’occasion, afin de  déstabiliser l’Algérie”. Il a avancé que “plusieurs puissances occidentales veulent déclencher un deuxième épisode du Printemps arabe dans la région”.

À travers ces différentes déclarations, on note une certaine appréhension de la montée des  tensions à mesure qu’approche l’élection présidentielle. Il y a surtout cette crainte de ne pas pouvoir maîtriser un embrasement social dans une conjoncture économique défavorable. La situation financière du pays ne permet plus d’acheter la paix sociale. Mais au lieu d’engager un dialogue constructif pour des solutions consensuelles susceptibles de désamorcer les  conflits, le pouvoir s'échine à discréditer les syndicats et à les diaboliser. Ils sont accusés d'être tantôt “manipulateurs” tantôt “instruments de déstabilisation du pays”. Le droit de grève est dénié au nom de la stabilité et de la continuité.

Pour autant, ces velléités de remise en cause de la légitimité de la grève — un droit constitutionnel — pour amener les syndicalistes à renoncer à leurs actions ne semblent pas impacter le cours des événements. Les leaders des mouvements de contestation ont annoncé leur intention de ne pas fléchir avant la satisfaction de l’essentiel de leurs revendications.

Source : Liberté

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