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Publié par Saoudi Abdelaziz

Au lendemain de la sortie de clandestinité, dès son accession aux commandes en 1990, la nouvelle équipe de direction du Pags -"le groupe des liquidateurs", selon l'expression de Sadek Hadjerès, tourne carrément le dos aux principes fondateurs. Témoignages.

Abandon du social

"De juillet à décembre 90, l’abandon du social proclamé en juin par le groupe de liquidateurs du PAGS s’accentue dans les faits", notait Sadek Hadjerès (1). Cette ligne s'opposait frontalement aux engagement des militants dans les bastions ouvriers.  Hadjerès évoquait en 2006 le souvenir de Hafidh Megdoud, travailleur du port d'Alger, assassiné dans son quartier en novembre 1995 des terroristes. Rappelant comment lui et ses compagnons avaient "mis en échec syndical et politique" les intégriste sur les lieux de travail, l'ancien premier secrétaire du Pags écrit : "Ils avaient réussi des grèves professionnelles ou d’intérêt national auxquelles les amis idéologiques et politiques des terroristes, aussi bien que les autorités administratives du port, avaient tenté en vain de s’opposer. Quelques jours avant son assassinat, contre toute légitimité démocratique, il avait été suspendu du conseil d’administration de la Mutuelle des Transports où il représentait les travailleurs. Il a perdu la vie à la veille du renouvellement du conseil syndical du port d’Alger où les dockers s’apprêtaient à le reconduire dans ses responsabilités".

"Petite bourgeoisie occidentalisée"

Le 24 juillet 1990 le défunt Sadek Aïssat (2) déclarait son désaccord avec la nouvelle ligne de la direction la jugeant  "défensive et poussant à la jonction, parce qu’elle en exprime bien le désarroi, avec la petite bourgeoisie occidentalisée. Elle nous coupe du peuple et de la réalité". Il ajoutait : " A mon sens le problème n’est pas d’apparaître à coups de communiqués dans la presse comme les ennemis les plus déterminés du FIS, mais d’être par notre orientation et par notre action les alliés les plus déterminés du peuple. Il me semble que l’orientation la plus juste aujourd’hui, la tâche vitale des communistes, c’est d’œuvrer à gagner la classe ouvrière et les couches les plus larges de notre peuple au combat pour la démocratie".

Abandon de la référence communiste

En septembre 1991, l'OPA sur le Pags était sans doute déjà bien engagée lorsque Noureddine Zenine (3) alerte le comité central sur la gravité d'une déclaration du coordonnateur Hachemi Chérif au détour d'une interview à la presse : "Nous ne sommes pas un parti communiste". A quoi Zenine répond : "Cette déclaration n’engage que son auteur et ne saurait en aucun cas être assimilée à la « ligne du parti ».

Opa des services secrets

Le 18 janvier 1993, quelques semaines avant le congrès de "l'autodissolution", Saoudi Abdelaziz (4) révélait dans une interview au journal l'Opinion l'opération de services secrets pour contrôler la direction du Pags. Il notait  : "Le PAGS n’a eu ni la primeur, ni l’exclusivité des infiltrations policières. Après avoir évoqué le Prs de Boudiaf le Ffs d’Aït Ahmed et le passage dans leurs rangs d’hommes devenus plus tard des grands commis de l’état, Saoudi cite cette récente interview Kasdi Merbah où, aux hauts « faits d’armes » des services, il inscrit l’infiltration de l’Orp, l’organisation d’opposition au coup d’Etat de juin 1965. Pourtant, Saoudi considère que ce qui s’est passé dans les années 80 n’est plus, comme « sous Boumediène, lié à un travail d’infiltration, à un mobile intrinsèque de sécurité mais est intégré au système de contrôle politique, une perversion introduite par le régime de Chadli ».

"Pas eu le temps de se reconstituer"

Après "l'autodissolution" de 1993, "On ne nous a pas laissé le temps" écrivait rétrospectivement le défunt Messaoud Benyoucef (5), alors dirigeant des luttes dans l'Oranie. "La terreur qui s'est abattue sur le pays, ne laissant pas le temps au PAGS de se reconstituer -car le temps, sans aucun doute, aurait joué en faveur des anciens du PAGS dont beaucoup étaient des militants remarquables qui n'auraient jamais accepté une telle situation. Sommés par l'armée et les services de se mettre sous leur "protection" s'ils ne voulaient pas mourir "égorgés" de la main des "terroristes", les pagsistes, dans leur écrasante majorité, refusèrent ce chantage ignoble et préférèrent l'exil ou le retour dans leur région d'origine où ils pourraient bénéficier de la protection du "sang".

NOTES

(1) Sadek Hadjerès: "Le social était la vraie carte d'identité du Pags"  

(2) socialgerie.net

(3) PAGS. Après l'abandon par Hachemi Cherif de la référence communiste. La lettre de Noureddine Zenine

(4)Témoignage. Comment on a liquidé le PAGS en 1993

(5) La naissance puis le faux suicide du PAGS

Lire aussi : Il y a quarante ans, naissait formellement le PAGS Par Sadek Hadjerès, premier secrétaire du PAGS de 1966 à 1990

 Première mise en ligne : janvier 2018

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