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Publié par Saoudi Abdelaziz

Salima Ghezali, députée du FFS. Photo DR

Salima Ghezali, députée du FFS. Photo DR

15 décembre 2017. Libre-Algérie

Notre contributeur Marwan Andaloussi s’est intéressé au sort du patrimoine musical national qui fait par ailleurs débat sur les réseaux sociaux où le nombre de « vues » de certains clips musicaux a dépassé les 3 millions en quelques jours : La préservation du patrimoine musical national est-elle compatible avec la promotion d’une marque de boisson gazeuse emblématique de la globalisation marchande sous férule américaine ?

Vaste débat que la plupart des commentateurs des clips concernés ont contourné, tantôt en louant l’aspect remarquable de leur qualité artistique, tantôt en s’offusquant de l’appauvrissement caricatural du patrimoine de certaines des productions de Coke studio(1) de cette énième campagne de promotion publicitaire de Coca Cola.

Inutile de gloser sur l’incroyable ambigüité du mot « coke »(2) quand il s’agît de faire la promotion d’un produit américain en s’appuyant sur un patrimoine culturel. La politique US en matière de « ghabra » ou d’énergies fossiles ayant défrayé la chronique de la Colombie à l’Afghanistan et au Moyen- orient, en passant par les déboires des banlieues noires de l’Amérique avec les ravages occasionnés par le trafic de stupéfiants.

On sait aujourd’hui à quel prix la sous-culture globalisée est parvenue à dompter les sociétés postmodernes et son incroyable capacité à phagocyter les cultures post-traditionnelles qui ont raté le façonnage de leur propre modernité.

Si on garde à l’esprit que le patrimoine musical fait partie de la culture et de l’identité nationales et qu’au même moment des milliers de jeunes lycéens et étudiants de Kabylie battaient le pavé au nom de la défense de Tamazight, on se dit que les chemins de la culture, de la politique et du marketing publicitaire façon globalisation se recoupent bien plus qu’il ne semble de prime abord.

Si on ajoute à ce cocktail les petits détails politiques, « où se niche le diable » selon la bien informée formule britannique, que les manifestations de cette semaine ont été provoquées par une formidable opération de marketing politique d’un amendement refusé par l’APN, que la séquence « manifestations de rue » vient dans le prolongement direct d’une élection qui a vu le FFS emporter la majorité des sièges des APC et APW de la région, et surtout, que nous sommes en droite ligne de mire de la prochaine échéance présidentielle dont les techniques d’élaboration n’ont pas changé depuis le temps où Maati Bachir régnait en maître sur Alhane wa chabab, le lien est vitre trouvé entre Soft Power et Police politique.

Comment garder le Pouvoir apparent par temps de globalisation sans âme quand le prix à payer est de céder le Pouvoir réel ? Voilà une des questions que pourrait se poser un régime prêt à tout pour conserver sa position dominante sur l’Etat. Quitte à écraser tout le reste : La société, le passé, le présent et l’avenir. Et au bout du compte n’être plus que l’élite dominante d’un pays qui tantôt s’écrase tantôt se crashe.

Un des éléments de réponse pourrait se trouver dans ce détail édifiant sur l’état des libertés, et des menaces sur la sécurité publique dans notre pays, qui a vu les forces de police, qui la veille réprimaient violemment des syndicalistes voulant marcher à Alger, sécuriser la trajectoire pour une ballade du Président français Emmanuel Macron dans les rues de la capitale. Et pas un murmure sur la collusion du cimentier Lafarge avec DAESH en Syrie…

Macron, bon prince, concédera à nos dirigeants la restitution des crânes des résistants à la colonisation d’hier, détenus par la France, pour peu qu’ils fassent la preuve du maintient, en Algérie, de leur pression néo-colonisée sur les crânes des résistances d’aujourd’hui. Même là les choses ne sont pas si simples. La pression sur les résistances consistant parfois à désigner d’autorité (médiatique-policière) les candidats au statut de résistant.

Certains commentateurs ont profité des manifestations de Kabylie pour s’empresser d’ôter toute légitimité militante à la représentation politique dans la région. Et dans le sillage de l’action continue de « casse du politique »la   chaine de télévision Ennahar a usé de la technique du micro-trottoir pour demander à des passants ce que le maire de leur commune avait fait pour eux 20 jours après le vote.

Certains citoyens se sont empressés de se plaindre, d’autres de se féliciter de la disponibilité de leur maire. Le problème n’est pas dans les réponses mais dans la question. Dans la recherche fallacieuse d’un bilan des vingt premiers jours !

Photo DR

Dans cette caricature de journalisme se joue la mise en caricature de toute la société sommée de se conformer à la culture des Gnous. Animal africain très singulier sorte d’hybride du cheval, du bœuf et de l’antilope il a la particularité, comme nombre de nos structures politiques et associatives, de donner naissance à des bébés capables de courir trois minutes seulement après leur naissance et ceci pendant une heure. Et, en ceci semblables aux humains de ce 21ème siècle, les gnous ont cette constante de se ranger en foules nombreuses derrière les mâles dominants du groupe pour d’interminables batailles de leadership alors que l’ensemble de l’espèce est menacé par des prédateurs nombreux allant du lion au crocodile en passant par l’hyène.

Un manifestant est parfois plus légitime comme « résistant » qu’un élu, mais est-ce forcément toujours le cas ? Mais surtout quid de la pertinence de l’opposition recherchée entre l’un et l’autre ? Peut-être que le maire de telle ou telle APC est autrement plus résistant à l’effroyable machine de destruction de la société que tel marcheur ou tel clickactiviste ? Ou l’inverse.

En quoi des dizaines de milliers de marcheurs seraient-ils plus – ou moins- légitimes que des millions d’électeurs ? En quoi les millions de non-votant seraient –ils plus légitimes(ou moins) que les millions de votants ? On peut multiplier à l’infini les questions qui se posent d’elles mêmes dans un cadre politique non démocratique, et néanmoins pluriel, où le débat est d’emblée biaisé.

Car des décennies de toute puissance de la police politique ont façonné les contours actuels de la scène publique et enferré les termes du débat.

Et c’est là le job de la haute police nous disent quelques chercheurs sérieux comme Georgina Sinclair qui a travaillé sur « la haute police dans le contexte colonial et ses résidus dans le policing actuel » « Le policing politique forme l’essence même du modèle global de policing que j’appelle haute police » écrit Jean Paul Brodeur, un chercheur canadien auteur incontournable des recherches sur le sujet, qui a travaillé , notamment, sur les manipulations par la police britannique des mouvements indépendantistes irlandais, la répression par la police canadienne des indépendantistes du Québec et autres aventures de haute police aux USA.

Brodeur explique que sa définition de la haute police doit beaucoup à l’action du Préfet de police de Napoléon, Josef Fouchet, dont Chateaubriand avait fait, dans une formule restée célèbre, l’incarnation du « vice » et auquel Stefan Sweig a consacré une biographie dans laquelle il écrit : « Le ministère, le sénat et la représentation populaire sont malléables comme de la cire dans ses mains de maître.

Pour passer du système culturel et politique autoritaire caduc d’Alhan wa chabab au façonnage culturel par le sponsoring du patrimoine national à la sauce globaliste Coca Cola, il aura fallu d’abord stopper les réformes, mener une guerre qui a coûté 200.000 morts, produit des milliers de milliardaires et provoqué une régression politique phénoménale. Merci la haute police. Trump, lui, est en train de créer une CIA privée pour se passer des services de la CIA classique. Et dire que Saïdani…

NOTES

1- Concept crée en 2007 au Brésil puis repris en 2008 au Pakistan et élargi au Moyen orient et à l’Afrique http://www.coca-colacompany.com/stories/coke-studio

2- https://fr.wikipedia.org/wiki/Coke

 

Source : Libre-Algérie

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