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Publié par Saoudi Abdelaziz

D. R.

Les grands médias font les gros titre sur "l'ingérence" des services spéciaux russes. María Dolores de Cospedal, la ministre espagnole de la Défense va proposer la création d'un groupe de travail formé par des députés et directeurs de médias de communication pour intercepter les fausses nouvelles. C'est cette ministre qui piégée récemment par un canular téléphonique était prête à croire que Puigdemont, le président catalan destitué était un ... agent des services spéciaux russes baptisé du pseudonyme de «Cipollino».

Notre ami d'Espagne nous écrit :

Cet article ci-après de Carlos del Castillo paru dans Publico traite de la manipulation de l'information par les médias de masse en Espagne, mais c'est aussi le cas dans bien d'autres pays. Voici la traduction de larges extraits. J'ai traduit aussi le titre , mais il est peu "parlant" en dehors de l'Espagne. Le 11-M, , représente la date des attentats "djihadistes" de Madrid, le 11 mars 2004. Pour des raisons électoralistes, le gouvernement conservateur Aznar avait alors manipulé l'information pour tenter d' attribuer ces attentats à l' ETA basque. Samir Berkas

Du 11-M aux hackers russes : quand les élites recourent à la théorie de la conspiration

Par Carlos del Castillo, 1er décembre 2017. Público

La supposée ingérence russe en Catalogne, dont il n'y a aucune preuve, représente la dernière manœuvre des groupes de pouvoir pour s'affirmer comme uniques interprètes de la réalité. L'anti-ingérence risque d'être liberticide.

"Nous avons gagné la Guerre Froide mais nous sommes en train de perdre la guerre du numérique" (contre la Russie). Il s'agit d' une réflexion de Hillary Clinton exprimée dans une entrevue au quotidien Le Monde au mois de septembre passé. L' ex secrétaire d'Etat américaine, perdante de la course présidentielle de 2016 face au magnat républicain Donald Trump, considère que la Russie est responsable de son échec.

Ses déclarations interpellent fortement si on prend en compte que l'on ne peut comprendre l' Internet de 2017 sans la position des Etats-Unis comme unique et absolue superpuissance numérique. Américaine est pratiquement toute l'infrastructure physique reliant la toile des réseaux, depuis les gigantesques câbles de fibre optique qui traversent tous les océans, passant par le système de satellites, jusqu'à arriver aux bases de données ( sur le sol américain et, donc, sous législation américaine); ainsi que le squelette virtuel qui supporte l'activité de quasi la totalité des usagers, comme les principaux systèmes d'exploitation (Windows et iOS), les réseaux sociaux majoritaires (Facebook, Twitter et Instagram), le plus grand distributeur de produits (Amazon), les principaux éditeurs de blogs (Wordpress et Blogspo) ou les intermédiaires pour le paiement numérique (Visa, Mastercard, American Express ou Paypal). Sans parler du tout puissant Google.

Chaque part de notre vie quotidienne dont la gestion passe au terrain virtuel trouve une entreprise américaine incitant à sa numérisation, financée par des fonds d'investissement qui capitalisent le pouvoir virtuel de Silicon Valley, le traduisant en pouvoir réel. Et sinon, allez interroger les chauffeurs de taxis à propos d' Uber.

Echapper à l'impérialisme américain sur la toile n'est pas facile et demande de l'effort. Le résultat est que l'immense majorité des usagers dépendent des outils américains pour naviguer et, donc, ce sont les Etats- Unis qui ont la clé pour contrôler tous leurs mouvements. Dans "tous", entre l'espionnage des présidents et chefs d' états, des ambassades et missions diplomatiques de l'ONU et de l'UE, de leurs institutions à Bruxelles et dans les états membres, des sommets du G-20, d'entreprises et objectifs économiques intéressants pour les multinationales des Etats-Unis, de journalistes et de millions de citoyens, aussi bien les propres citoyens (américains et britanniques) que les étrangers. Curieusement, la personne qui a offert au monde les preuves de tout cela est maintenant considérée par la diplomatie US comme un agent russe.

Devant une telle situation, comment est il possible qu'un membre de la haute politique mondiale comme Hillary Clinton affirme que les Etats-Unis "sont en train de perdre la guerre du numérique" ? La candidate pour laquelle a parié l'establishment américain n'a rien pu faire pour forcer les citoyens à acheter son discours, malgré l'appui sans fissures des médias traditionnels. "Mes opposants ont manipulé mes commentaires avec l'aide des russes qui, dans les réseaux sociaux, protestaient contre ce que je disais en déformant mes paroles. Nous n'avions pas prévu cela, nous n'étions pas prêts", a raconté Clinton aux journalistes de Le Monde

Démocratie sans filtres

Peu importe que les premières études sur l'influence des russes sur les élections de 2016 situent le problème à l'intérieur des Etats-Unis, ou que les propres experts de son Département de Sécurité Nationale considèrent "exagéré" de parler d'attaques russes" durant le processus.  La journaliste Marta Peirano de eldiario.es signale de son côté que le réseau global qui a appuyé Trump et impulsé le Brexit s'appelle Cambridge Analytica  et n'est pas russe. (voir aussi dans Libération l'article de Pierre Alonso)

Le fantasme russe s'est universalisé comme facteur de "déstabilisation de nos démocraties" (Clinton dixit) à une vitesse comparable à celle d'un bit défilant sur les autoroutes de fibre optique du fonds marin. Un bon exemple de cela est le Mexique, où les grands médias, au lieu d'essayer de persuader dans les réseaux, disent déjà que les russes sont en train d'influencer les élections qui se dérouleront en ... 2018.

En Espagne il n'y pas d'élections générales en vue mais les grands titres, avec mention spéciale pour El Pais, ouvrent leurs premières pages par la supposée ingérence russe en Catalogne, provoquée par les hackers, les bots et les jusque là méconnus sofpapers. En Catalogne aussi , ils ont renoncé à convaincre des citoyens sceptiques devant l'information transmise par les médias traditionnels. Non pas que l'influence de ces médias  ait disparu du fait d'une perte progressive de la confiance des citoyens. Non. Ce furent les hackers russes.

"Jusque très récemment nous pouvions définir sur les doigts d'une main les acteurs qui décidaient ce qu'était une nouvelle en Espagne et ce qui ne l'était pas. Ceci est terminé, et c'est ce qui rend les grands médias et les principaux groupes de pouvoir très nerveux", dit Stéphane M. Grueso, activiste et documentariste.

"Une chose que nous vîmes le 15-M ( mouvement des Indignés du 15 mai), grâce à la révolution technologique et à l'Internet mobile, est que beaucoup de gens étaient capables de raconter leur propre récit, que ce soit au moyen des réseaux sociaux ou autre type de publications. Toi, tu étais capable de raconter ta réalité et commencer à rivaliser avec les grands médias, expose Grueso. "Les théories comme celle des hackers russes viennent de la crainte d'avoir perdu le monopole de la vérité", opine Grueso qui rappelle: "Le phénomène des fake news, les médias traditionnels l'ont pratiqué depuis toujours".

Sur ce point il rejoint la spécialiste en ciber-guerre Yolanda Quintana, membre de la Plateforme pour la Défense de la Liberté d'Information. Pour elle, tenter d'implanter chez les citoyens l'idée que la Russie a piraté le processus dissimule "des campagnes intéressées qui cherchent à imposer une narration déterminée".

Quintana rappelle qu'à l'ère de l'information, la désinformation se transforme en arme dont usent tous les groupes de pouvoir.

Comment nous défendre face à la désinformation et ces campagnes intéressées ? "Pour commencer, nous devons nous efforcer de comprendre comment fonctionnent ces campagnes d'intoxication pour ne pas continuer à les alimenter y compris quand nous pensons que nous sommes en train de les combattre; nous devons exiger des données vérifiables et une transparence totale sur la portée de ces opérations dans le cas où elles se sont réellement produites; et surtout , nous devons surveiller de près les "solutions" en cours ou qui pourraient être prises, car tout indique qu' elles finiront par nuire à nos libertés. (Parmi ces solutions) la stratégie de contrôle de l'information annoncée par Cospedal (ministre de la défense espagnole) qui va proposer la création d'un groupe de travail formé par des députés et directeurs de médias de communication pour intercepter les fausses nouvelles.

 Article original: Del 11-M a los hackers rusos: cuando las élites recurren a la teoría de la conspiración

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