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Publié par Saoudi Abdelaziz

D.R.

C'est Alexandre Djouhri qui, en 2010, avait renfloué les caisses de Bakchich le précédent et défunt site qu'avait dirigé Nicolas Beau. Il confie : "Alex aime dire que “son pognon”, il l’a toujours gagné lui même, sans une seule condamnation par la justice, et que “ce n’est pas un délit d’être riche”.

L'hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné avait révélé la présence d'Alexandre Djouhri le 6 décembre dernier à la sauterie organisée par l'ambassade de France à Alger en l'honneur d'Emmanuel Macron. L'ensemble de la presse française avait crié au scandale. Lu dans l'Express :  "L'épisode mondain fait mauvais genre. Le sulfureux homme d'affaires Alexandre Djouhri est visé par plusieurs enquêtes judiciaires. Les juges s'intéressent aux conditions dans lesquelles Béchir Saleh, considéré comme l'argentier du régime de Kadhafi, a pu sortir de France en 2012, alors qu'il était visé par un mandat d'arrêt dans son pays et au rôle qu'aurait pu jouer Alexandre Djouhri dans cette opération. Convoqué pour être entendu, il ne s'est pas rendu aux convocations de la justice"

Dans un article intitulé "L’incroyable existence algérienne d’Alexandre Djouhri", Nicolas Beau affirme sans sourciller sur son site Mondafrique: Cette présence à l'ambassade "s’explique par le rôle décisif que joue cet homme de l’ombre auprès des services algériens". Il évoque la saga du "la vie désormais légendaire d’Alexandre Ahmed Djouhri." Qui sait "rebondir avec une incroyable maestria".

Dans son dernier livre, Les Beurgeois de la République (Seuil),Nicolas Beau évoque l'apport financier d'Alexandre Djouhri, en 2010, pour éponger les difficultés financières du site Bakchich qu'il dirigeait. Mais les journalistes ayant refusé cette compromission, le site ne tardera pas à fermer.

L’entrée de Djouhri dans le capital de Bakchich, pour un total de 400 000 euros, avait été scellée lors d’une rencontre organisée par Bernard Squarcini, patron des services secrets sous Sarkozy, à l’hôtel Bristol avec Djouhri, raconte Nicolas Beau. "L’accord fut conclu au troisième verre de Bordeaux", précise-t-il.

Voici les péripéties de cette transaction.

Bakchich a bien été acheté par Alexandre Djouhri

Par Observatoire du journalisme, 18 novembre 2016.

Décidément, l’heure est à la dénonciation des connivences, parfois à prix d’or, entre protagonistes d’affaires politiques et journalistes ou médias. Après Aude Lancelin et sa violente charge contre le Nouvel Obs, c’est Mediapart, sous la plume de Karl Laske et Fabrice Arfi qui jette un pavé dans la mare au sujet des très chers amis, c’est le cas de le dire, de l’intermédiaire Alexandre Djouhri, proche de Nicolas Sarkozy.

D. R.

Parmi eux, Nicolas Beau, directeur de Bakchich, un journal d’investigation plutôt marqué à gauche. Il y avait bien une rumeur selon laquelle Alexandre Djouhri était entré au capital de Bakchich lorsque ses caisses étaient vides, mais elle a toujours été démentie par le directeur du journal, Nicolas Beau. En 2011, le journaliste Pierre Péan faisait paraître La République des mallettes, enquête sur la principauté française de non-droit. Il y revenait sur l’affaire : « le 14 mai 2010, dans l’émission de Guy Birenbaum “La ligne jaune” diffusée sur Arrêts sur Images, Nicolas Beau, patron du site d’information satirique Bakchich.info expliquait qu’après avoir été placée en redressement judiciaire, son entreprise journalistique allait pouvoir repartir : il avait réuni 700 000 € et son plan de sauvetage était accepté par le tribunal de Commerce. Guy Birenbaum fait état d’une rumeur selon laquelle Alexandre Djouhri serait l’un des nouveaux actionnaires de Bakchich ».

Mais Nicolas Beau dément immédiatement en parlant d’une « rumeur malveillante » mais en reconnaissant toutefois qu’il a « rencontré Djouhri deux fois » après qu’il se soit ému d’un article paru en 2006 à son sujet et porté plainte, réclamant 200 000 euros de dommages et intérêts.

Objectif : protéger Proglio et Djouhri ?

Aux abois, Bakchich est placé en redressement judiciaire le 9 novembre 2009. L’argent rentre mal : « l’administratrice judiciaire Aurélia Perdereau n’est pas convaincue par le plan proposé par Nicolas Beau », constate Pierre Péan. « Le 5 mars 2010 [elle] se rend dans les locaux de Bakchich pour informer la direction du site que si l’argent n’est pas versé d’ici au lundi suivant elle devra saisir le tribunal de commerce en vue de la liquidation immédiate de l’entreprise. Nicolas Beau harcèle l’étude Jacquemoud & Stanislas pour accélérer le premier versement de 130 000 euros. Le lundi 8 mars il appelle sa banque pour savoir “si un gros virement de l’étranger a été fait”. Le virement est effectué dans la nuit du 8 au 9 mars 2010. Les salaires en souffrance sont virés les mercredi 10 et jeudi 11 mars. Dans la rédaction le nom du “sauveur” circule : il s’agirait bien de Djouhri ! ». Mais officiellement, l’administratrice judiciaire se voit expliquer que l’émetteur du virement est un certain Aref Mohammed, avocat de Djibouti, qui ne correspond qu’à travers son confrère genevois Jacquemoud. Le rapport de l’administratrice judiciaire ne permettra pas de lever l’incertitude quant à l’identité réelle de l’apporteur de fonds.

Pierre Péan affirme que « Jacques-Marie Bourget […] un “vieux de la vieille” jouant le rôle de marginal dans le journal […] sert de go-between entre Alexandre Djouhri, dont il est proche, et Nicolas Beau ». Fin 2009 les caisses du journal sont vides et plusieurs de ses collaborateurs travaillent sur l’affrontement entre Proglio et Lauvergeon, d’EDF à Areva. Curieusement, « Bourget est chargé de la coordination du dossier. Il transforme l’enquête en brulot anti-Lauvergeon, qui paraît dans le numéro 16 de Bakchich papier, du samedi 20 mars 2010. Le principal papier a été signé par Bourget, un autre sous pseudonyme, quant à celui d’Eric Lafitte, plutôt favorable à Lauvergeon, il a été nettoyé pour en faire un article à charge contre Areva, “les déboires de l’EPR”. Cette intervention crée de vifs remous à l’intérieur de la rédaction, la secrétaire de rédaction claque la porte avec fracas ».

Cependant, à Pierre Péan, Nicolas Beau affirme alors qu’il n’a rencontré Djouhri que pour que celui-ci retire ses plaintes et ses demandes d’indemnisation, 200 000 €, qui plombaient le plan de redressement et qu’il fallait provisionner. « Jacques-Marie Bourget m’a arrangé un rendez-vous avec lui. Je l’ai vu deux fois. Je préférais enterrer la hache de guerre. Je me suis engagé à ne plus parler de lui. Djouhri a retiré ses plaintes et facilité ainsi le redressement ». Ce qui pose tout de même un problème déontologique de taille.

Djouhri, actionnaire généreux et discret

Néanmoins, « cet argent n’a pas porté chance à Nicolas Beau », remarque Pierre Péan. « La rédaction, devenue méfiante envers le duel Beau-Bourget, préfère arrêter l’aventure en décembre 2010. Nicolas Beau l’a écoutée : Bakchich est mis en liquidation judiciaire le 26 janvier 2011 ». C’est peut-être pour cela que six ans après, il finit par mettre fin aux incertitudes en reconnaissant, dans son dernier livre, Les Beurgeois de la République (Seuil), l’accord qu’il a passé avec Alexandre Djouhri. Mediapart cite ses confessions : « L’entrée au capital de Bakchich, pour un total de 400 000 euros, a été scellée lors d’une rencontre organisée par Bernard Squarcini, patron des services de renseignement intérieur sous Sarkozy, à l’hôtel Bristol avec l’intermédiaire, raconte-t-il. “L’accord fut conclu au troisième verre de Bordeaux”, précise-t-il, sans regrets apparents. Ces fonds facilitent il est vrai la relance du titre – et le lancement d’une nouvelle formule en mars 2010 – jusqu’à son dépôt de bilan en janvier 2011. »

Dans son livre, Nicolas Beau porte la somme des demandes judiciaires de Djouhri à « 300 000 € », une somme peut-être plus impressionnante pour le quidam, et affirme que c’est Bernard Squarcini, et non Jacques-Marie Bourget, qui a provoqué le rapprochement. Sans aucun regret, Nicolas Beau affirme « jamais un actionnaire de presse ne se montra aussi discret dans ses relations avec les journalistes ». Mais la mise à la trappe des éléments qui pouvaient accuser Proglio, et la réorientation du dossier paru le 20 mars contre la gestion de Lauvergeon semblent démontrer le contraire. Dès le début du paragraphe suivant, Nicolas Beau en fait l’aveu un peu orgueilleux : « loin de toute médiatisation, Alexandre Djouhri a réussi le tour de force de séduire les puissants, de les tutoyer et d’en faire des obligés ».

Jusqu’alors, Bakchich avait fait paraître plusieurs articles précis et documentés sur Alexandre Djouhri. Bien que ces articles aient disparu du web, ils ont été repris dans des blogs, et on peut ainsi en suivre la trace. En 2006 notamment Bakchich met en lumière les liens entre Pasqua et Alexandre Djouhri et rappelle qu’il a participé à un règlement de comptes, s’y est servi d’une arme et a été blessé, selon un rapport de police consulté et publié par le magazine. À partir du moment où Djouhri a apporté ses fonds, surprise, plus aucun article sur lui. Et le site Bakchich a mérité son nom. Ce qui ne lui a pas évité du reste la faillite et la disparition.

Source : Observatoire du journalisme

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