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Publié par Saoudi Abdelaziz

SADEK HADJERES et «l’apport considérable des communistes algériens au mouvement libérateur »  vus par Hacen Ouali

Le 30 novembre sera commémoré la date du décret interdisant le parti communiste algérien, quatre mois après l'Indépendance. "Si l’histoire officielle a minoré pour ne pas dire ignoré l’apport considérable des communistes algériens au mouvement libérateur, Sadek Hadjerès reste l’acteur vivant de ce combat à l’égard duquel l’Algérie officielle fait montre d’une insupportable ingratitude", écrit le journaliste d'El Watan, Hacen Ouali.

 

Sadek Hadjerès : Une leçon d’humilité d’un militant au long cours

Par Hacen Ouali, 16 novembre 2017

 

Il est des hommes dont le parcours se confond et de manière indélébile avec celui de leur époque et l’histoire de leur pays. Sadek Hadjères est incontestablement une de ces figures emblématiques qui ont marqué le parcours du mouvement nationaliste et indépendantiste algérien, puis du combat politique et social post-indépendance. Avec ses compagnons de lutte, il est la part vivante et intelligente de notre histoire contemporaine.

Du PPA-MTLD, qu’il quitte en 1949 en raison de divergences stratégiques, au Parti communiste algérien, en lutte pour l’indépendance nationale, jusqu’au Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS), qu’il fonde avec ses camarades en 1966 et qui le propulse dans la lutte clandestine pendant près de trente ans, Sadek Hadjerès a traversé debout la moitié du XXe siècle en arborant l’étendard de la résistance. L’insupportable répression sous le parti unique et sa redoutable Sécurité militaire n’ont pas eu raison de ses longs et multiples engagements.

C’est un militant au long cours. A 90 ans, il garde ardentes ses convictions, d’une extraordinaire lucidité et surtout d’un espoir vif. S’il jette un regard critique sur les différentes étapes de la marche algérienne depuis le mouvement national, le plus connu des communistes algériens n’est guère gagné par le fatalisme ambiant.

Pour l’enfant des deux Larbaâ (Nath Irathen et de la Mitidja), tout n’est pas perdu. Il y a des raisons d’espérer, point de fatalité, il n’y a que des combats à mener. Il ne désespère pas non plus des Algériens, malgré les vicissitudes de l’histoire, les échecs recommencés et les horizons bouchés.

C’est dans son village natal de Taddart Bwadda (Ath Oumalou) qu’il retrouve les siens, ceux de la vie réelle dont il est le plus proche. C’est là-bas qu’il touche du doigt ce désir du changement, cette aspiration à une société juste où les hommes et les femmes s’émancipent de toutes les pesanteurs sociales et politiques.

Larbaâ Nath Irathen a choisi la date historique du 1er novembre pour célébrer l’homme et son combat. Il est accueilli en héros national par la deuxième génération de militants. C’est au pied de la stèle de Abane Ramdane, autre monument de la Révolution, que les Said Khelil, Hend Sadi, Mokrane Ait Larbi, Wahab Ait Menguellet, Tahar Khouas et d’autres ont été témoigner leur reconnaissance au géant Sadek Hadjerès. Un hommage rendu par des militants qui ont inscrit leur combat dans la lignée de la lutte de Libération nationale.

Le moment était celui de la communion et surtout de transmission entre deux époques, deux combats et deux générations liées par la même soif de liberté et le désir de démocratie. Cette halte chargée de symboles était aussi une occasion de faire une introspection sur les combats d’hier. Les débats animés par Daho Djerbal, Ali Guenoun et Hend Sadi ont permis de mieux comprendre la complexité et les insuffisances de l’histoire du mouvement national et la guerre de libération.

Cela a aidé surtout à situer le rôle, les positions et le parcours de Sadek Hadjerès à chaque moment de cette époque. De la première école militante qui était le scoutisme, au mouvement étudiant qui l’a tout naturellement conduit au PPA-MLTD qu’il quitte à la faveur de la crise dite berbériste en 1949. Pour Sadek Hadjerès, il s’était posé la question démocratique et le refus d’application de ses principes au sein du mouvement indépendantiste.

Et c’est au Parti communiste algérien qu’il rejoint en 1951 qu’il se forge une âme militante qui prend en charge toutes les dimensions de la Révolution. Pour lui et ses compagnons Amar Ouzegane, Bachir Hadj Ali et bien d’autres, la guerre de libération ne doit pas se contenter d’un recouvrement formel de la souveraineté nationale.

Si elle ne libère pas l’homme de sa condition d’opprimé, elle reste inachevée. C’est cet esprit qui anime par la suite leur engagement au sein du PAGS. Si l’histoire officielle a minoré pour ne pas dire ignoré l’apport considérable des communistes algériens au mouvement libérateur, Sadek Hadjerès reste l’acteur vivant de ce combat à l’égard duquel l’Algérie officielle fait montre d’une insupportable ingratitude.

Elle persiste dans un déni inacceptable. Sinon comment un militant de la trempe de Sadek Hadjerès ne jouit pas de ses droits d’ancien combattant. Les autorités refusent jusqu’à présent de lui reconnaître le statut de moudjahid. Il est une victime permanente et symbolique d’un ostracisme officiel d’une Algérie qui refuse d’assumer une séquence pourtant glorieuse de son histoire. Son dossier comme celui de son compagnon de toujours Bachir Hadj Ali sont «perdus» dans les placards poussiéreux du ministère des Moudjahidine depuis 1989.

Le dirigeant historique du PAGS n’est pas à la recherche des privilèges ou d’un statut matériel, encore moins à être sous les feux des projecteurs. Avec constance et humilité, Sadek Hadjerès et avec lui beaucoup d’Algériens refusent que soit bannie l’histoire des communistes algériens. L’Etat algérien gagnerait - ce mois de novembre - à rendre justice à ces vaillants militants qui dans la douleur ont forgé la conscience nationale et sociale pendant les différentes étapes de l’histoire du pays. 

Source : El Watan

Après l'indépendance, le pouvoir interdit aux Communistes de s'organiser

Le 30 novembre 1962, appliquant une décision du bureau politique du FLN, Ahmed Ben Bella interdit par décret le Parti communiste algérien.

Au cours des débats qui ont suivi à l'assemblée nationale constituante, seulement deux députés se sont opposés à cette interdiction : Abdelkader Guerroudj et Hocine Aït Ahmed 

Voici un extrait de la déclaration de Hocine Aït Ahmed, à la séance parlementaire du vendredi 7 décembre 1962:

"Le gage le plus sûre, le plus important pour l’édification solide de notre pays c’est l’élargissement de la base du pouvoir, car le pouvoir personnel ou oligarchique conduit à la paresse, au laisser-aller et à la passivité. (...)

Il faut trouver des solutions qui soient de nature à faire renaître l’enthousiasme et à relever le moral du peuple. Car l’enthousiasme qui constitue notre capital, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre c’est l’enthousiasme des élites qui constituera la force du Parti.

Et un parti fort et organisé qui jouit de la confiance du peuple n’a nul besoin de dissoudre un autre parti comme le parti communiste algérien. Il me semble au contraire, qu’il serait bon que ce parti puisse se maintenir, car il jouerait un rôle de stimulant ainsi que d’autres organisations révolutionnaires. Je pense que la prééminence du parti FLN n’entraîne pas nécessairement l’unicité.

Ce qui me parait important, c’est que tous ceux qui ont milité‚ avec le peuple et participé‚ d’une façon conséquente à la lutte se rencontrent pour bâtir ensemble l’avenir en toute confiance et sans exclusivité.

La presse et le peuple pourraient alors librement s’exprimer. Les critiques venant aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur seraient permises et celles formulées au sein du parti lui-même seraient consolidées à tel point que les critiques émanant de l’extérieur ne lui porteraient nullement préjudice.

C’est une question d’opportunité. A un certain échelon, ce n’est plus la morale de la conviction, du sentiment, d’émotion qui doit compter: c’est la morale de la responsabilité‚ et nous devons faire attention aux conséquences de nos actes (...).

Source : ffs-dz

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