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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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30 novembre 2017

Vous avez tiré la sonnette d’alarme, ameuté experts et politiques, dressé prévisions et graphiques ; vous avez sondé les cours des bourses, interrogé les prix du Brent, consulté les news économiques ; vous êtes arrivés à la conclusion que c’est la crise ! Nous étions heureux de vous entendre répéter : «c’est la crise ! C’est la crise ! Il faut faire attention, il faut tout revoir, il faut des mesures urgentes d’austérité !»

Oui, nous étions heureux car nous en avions marre de l’optimisme béat et des promesses non tenues ; nous en avions marre des «il y a de l’argent à gogo !» et «demandez tout ce que vous voudrez ! On est là pour répondre à vos demandes…» Enfin, nous disions-nous, voilà le langage de la vérité et une belle prise de conscience. Notre confiance était grande ; elle se nourrissait de vos paroles, de vos engagements, de la clarté qui enveloppait vos beaux discours enfin marqués du sceau du réalisme et du courage.

Vous avez tout dit à propos de la crise qui s’annonçait. Ses causes, son développement, ses conséquences. Vous nous aviez expliqué qu’il fallait se serrer la ceinture et que les temps des dépenses superflues étaient terminés.

Vous avez annoncé un certain nombre de mesures à même de nous permettre d’affronter la crise sans trop de dommages. Vous avez parlé de l’importation qui bouffe beaucoup d’argent et qu’il va falloir réduire.

Nous vous avons crus malgré un certain doute qui nous rongeait : qui importe ? Ce sont vos enfants et vos amis ! Allez-vous les affronter pour le bien du pays ? Tout le monde sait que l’importation en Algérie ne vise pas à satisfaire les besoins du peuple en produits divers. On importe le double, voire le triple de ce dont nous avons réellement besoin ! Où va la différence ? Elle est jetée ! Ce que les barons de l’importation visent en fait c’est de sortir le maximum de devises au bon taux, celui des banques publiques qui distribuent à tout-va cet argent gagné au prix de l’effort, des larmes et de la sueur.

Cet argent qui se multiplie miraculeusement grâce aux filouteries de la surfacturation, va revenir ici pour alimenter le marché parallèle. Les trafiquants ont besoin de plus d’argent car ils ont agrandi leurs affaires, amélioré leurs conditions de vie : ce sont maintenant des pachas et leur train de vie nécessite davantage de ressources ! Au lieu de gagner cet argent dans des affaires sérieuses, fruits d’investissements légaux dans leur pays pour créer la richesse, encourager la production et réduire le chômage, ils choisissent la solution de facilité qui pénalise l’économie nationale et annihile tous les efforts des vrais investisseurs!

Oui, nous nous disions : enfin ! Voilà des hommes décidés. Nous écoutions avec délectation M. Tebboune qui traduisait la volonté des gouvernants d’en finir avec la passivité et les demi-solutions. Oui, cette crise va permettre de donner un bon coup dans la fourmilière et d’arrêter les importations superflues. Nous rêvions de retrouver des supérettes avec l’essentiel et d’en finir une fois pour toutes avec ces magasins surchargés de sucreries égyptiennes et de jus émiratis ! Enfin, le chewing-gum ne prendra plus des dizaines de millions de dollars et sera produit ici comme aux premiers temps de l’indépendance ! Enfin, la mayonnaise du Golfe sera remplacée par la bonne mayonnaise algérienne ! Le ketchup, nous n’en voulons plus, pas à ce prix ! Vous nous disiez que vous alliez barrer la route aux pillards de devises, à ces sectes du nouvel âge qui n’ont aucune morale. Ils importent tout ce qui bouge et ne bouge pas ! De la terre, des cailloux, de l’eau !

Vous avez annoncé des mesures applaudies dans les chaumières. Vous avez convoqué vos journalistes et experts pour nous fournir toutes les explications dans ces plateaux télévisés où l’on tenait, enfin, un langage de vérité ! Le peuple était heureux mais les affairistes broyaient du noir ! Pas les affairistes ; à ceux-là, on a pris l’habitude de créer des montagnes de difficultés ! Non, les hommes d’affaires qui sont à la tête d’immenses fortunes amassées grâce au népotisme, au copinage, à la corruption… Ceux qui ne créent aucune richesse et vivent de projets refilés par les pontes à coups de milliards de dollars, pas ceux qui triment du matin au soir pour bâtir des projets rentables et utiles pour le pays !

C’est vous qui nous disiez que les vaches laitières importées allaient produire beaucoup de lait qui remplacera les énormes quantités achetées à l’étranger ! C’est vous qui nous promettiez de réduire les importations à 30 milliards. Un peu plus ou un peu moins, ce n’était pas important. L’essentiel est d’en finir avec les 50 et 60 milliards ! De toutes les façons, on ne les a plus ! Les recettes actuelles ne permettent pas d’aller aussi haut. A moins de grignoter encore dans les réserves ! Pauvres réserves qui fondent comme du beurre sous le soleil ! On aurait compris si c’était pour des programmes de développement réel ou des besoins urgents ! Non, nos recettes annuelles ne suffisant plus à satisfaire l’appétit féroce de la nouvelle bourgeoisie, nous puisons dans nos réserves pour qu’ils puissent inonder le pays de produits inutiles.

C’est vous qui nous disiez que tous ces programmes agricoles allaient nous permettre d’importer moins. Chaque jour, la télévision nous montrait des images rassurantes : bientôt, on n’importera plus tel ou tel produit !

Et puis, v’lan ! La vraie réalité que personne ne peut cacher ! Les chiffres qu’aucun discours ne peut occulter : plus d’un milliard de dollars pour le lait et l’année n’est pas terminée ! Où sont passées les vaches descendues des bateaux ? A quoi servent tous ces programmes détaillés dans les JT ? Finalement, il aurait mieux valu ne rien faire. Peut-être que la facture de certains produits alimentaires se serait stabilisée. C’est à n’y rien comprendre surtout que nos frontières Est, Ouest et Sud sont devenues hermétiques depuis que l’armée veille au grain !

Oui, vous avez dit beaucoup de choses, promis, pris des mesures, discouru devant de beaux parterres. Vous aviez bonne mine et un bon maquillage dans les émissions télévisées. Mais je vous le dis, messieurs, ici de la manière la plus courtoise : vous n’avez rien fait !

Source : Le Soir d'Algérie

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