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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Mahdi Boukhalfa, 15 novembre 2017

http://www.lequotidien-oran.com/files/spacer.gif Tout le monde se pose la même question: comment une usine peut-elle produire des voitures moins d'une année après la signature du pacte d'actionnariat ?

Cette question est en fait relative à la future usine d'assemblage que compte monter en Algérie le constructeur français Peugeot. L'accord a été signé dimanche et le responsable de la région Afrique-Asie du groupe annonce la première voiture de Peugeot Algérie en 2018. A moins qu'il ne s'agisse d'un miracle, il est très vraisemblable que Peugeot va faire comme ses prédécesseurs en Algérie: faire du CKD, c'est-à-dire faire venir de ses usines européennes les éléments de la voiture et faire le montage sur place.

C'est la seule explication possible à cette rapidité étonnante dans le début de l'entrée en production de cette future usine dont le lieu n'a même pas été défini. D'autant que le montant de l'investissement, 120 millions d'euros, n'est pas suffisant pour la mise en place d'une usine de fabrication de voitures qui va monter en cadence, mais juste un grand hangar d'assemblage.

Le fait est que le secteur de l'industrie algérien est une nouvelle fois pris en otage par des considérations politiques, sinon pour ne pas attenter à des relations algéro-françaises construites sur autre chose qu'un partenariat gagnant-gagnant. Dans cette affaire, ce sera une fois encore l'économie algérienne qui va boire la tasse et, surtout, qui ne va tirer aucun profit de ces usines-champignons qui ne font en réalité que transposer un problème, l'absence d'une vraie industrie de l'automobile, par un autre, le recours déguisé aux importations de voitures.

Sinon comment expliquer que le montant des importations de voitures soit passé de 4-5 milliards de dollars en 2013-2014 à plus de 8 milliards de dollars en juillet dernier, sachant que le programme d'importation par les concessionnaires est à l'arrêt ? C'est une situation tout à fait inadmissible. Car si, d'un côté, on bloque des quatre fers les importations de voitures à travers le système des licences, on encourage d'un autre côté l'importation de voitures en kits pour faire tourner les usines d'assemblage qui sont officiellement présentées comme des éléments de la nouvelle politique de l'industrie mécanique nationale.

Ce schéma ne peut cependant tenir la route, ni donner du tonus à une industrie mécanique moribonde, avec les déboires actuels de la SNVI qui n'arrive plus à équilibrer ses comptes. Le fait est que le politique a pris le pas sur la logique économique qui voudrait que l'industrie nationale soit mieux défendue, mieux pensée, mieux gérée. Car au lieu d'aller vers l'échec programmé avec ces usines
'CKD'' dont le coût de production des voitures est deux fois plus important que s'il y avait un simple programme d'importation, il aurait été plus judicieux de faire plus simple pour relancer toutes les filières, à commencer par celle de la mécanique.

Cela n'est pas le cas et la configuration actuelle adoptée par les pouvoirs publics, avec ces usines qui ne sont pas programmées pour un rythme de production de plus de 100.000 véhicules/an, est de donner un plan de charge pour les lobbies de l'industrie de l'automobile internationale. Au détriment de l'industrie nationale qui, hormis quelques filières qui vivotent avec des subventions publiques ou qui profitent d'une extraordinaire demande du marché local comme les ciments ou le rond à béton, est en train de traverser une période difficile. Il ne faut pas se voiler la face, ces usines de voitures «CKD» ne seront jamais la réponse au problème de la relance industrielle, encore moins de la naissance d'une filière, mais un poids supplémentaire pour l'économie nationale.

Source : Le Quotidien d'Oran

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