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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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La presse algérienne fait face à une double offensive visant les lignes éditoriales: celle des services secrets et celle des conglomérats privés. Il est  nécessaire de se mobiliser pour des mesures de soutien aux collectifs de journalistes afin de sauvegarder la pluralité de la presse.

Le pouvoir contrôle l'attribution des annonces publicitaires du secteur public par l'intermédiaire de la fameuse ANEP "dont la feuille de route est préétablie en fonction de la docilité des titres" précise l'éditorialiste de Liberté qui ajoute : "des annonceurs privés ont été approchés pour ne pas donner de la publicité à certains titres (...) Ces titres tiennent, malgré toutes les difficultés, la route (...)

Mais l'éditorialiste oublie d'indiquer que le patron du journal est le plus riche oligarque du pays tandis que les autres consortium économiques arrosent de pub et de crédits leurs journaux favoris, dont la ligne éditoriale commune est fortement arrimée aux thèses néolibérales qui pèsent de plus en plus fortement sur les choix du pays. A propos de ces choix, l'économiste Nour Medahi notait il y a quelques jours : «Les oligarques et les ultra-libéraux ont leurs priorités qui sont clairement affichées. Ils ont les moyens financiers (provenant de l’étranger pour certains)  pour payer des études, organiser des évènements et financer des médias pour promouvoir leurs priorités.

 

La longue vie de la police politique

L'ANEP n'est plus ostensiblement dirigée par un colonel du DRS. Son limogeage puis la dissolution du DRS au début de 2016, allaient-ils desserrer l'emprise sur la presse. Des professionnels de la presse s'était posé cette question quelques jours plus tard.

Quel changement? "Pas grand-chose! répond le politologue Rachid Grim. Sauf que le Président a donné à la DSS de nouvelles prérogatives que le DRS n’avait pas. Je veux dire que le DRS ne coordonnait pas les affaires de sécurité et chaque service travaillait de manière un peu cloisonnée. Dorénavant, les services de sécurité pourront travailler en coordination. Ce n’était pas vraiment le cas auparavant "

"Pérennisation du système?". Au-delà du changement d’acronyme, il s’agit à priori donc clairement d’un retour aux affaires courantes pour les services de renseignements algériens affirme le journaliste Yacine Babouche sur TSA. Au même titre que le passage de la Sécurité Militaire vers le DRS n’avait en rien affecté les pratiques de la police politique, le passage du DRS vers la DSS ne devrait augurer aucun changement dans les pratiques classiques qui ont fait aussi bien la renommée que l’infamie des services de renseignements algériens. Il semble clair que l’existence de la DSS n’obéit pas à un désir de progrès dans les méthodes, mais qu’elle est plutôt le résultat de la volonté du pouvoir de disposer d’un organe à nouveau acquis à sa cause, dont la principale priorité sera avant tout de contribuer à la pérennisation du système".

"Est-ce la fin de la police politique ?" s'interroge la journaliste Nadjia Bouaricha dans El Watan. "Qu’est-ce qui pourrait donc aujourd’hui garantir que cette nouvelle restructuration des Services de renseignement apportera la fin des pratiques de la police politique ? Les partis politiques, le mouvement associatif et les médias seront-ils épargnés par les infiltrations, les mouvements de redressement mécanisés et les fichages tous azimuts ? Les pratiques et actes extrajudiciaires cesseront-ils ? Y a-t-il réellement une volonté d’en finir avec la police politique ou s’agit-il de simples manœuvres de positionnement entrant dans le cadre de la lutte des clans ? Le doute est légitime tant ces «changements» sont faits dans l’opacité et loin de tout débat ou implication de l’avis des citoyens. S’il y a une réelle volonté d’en finir avec les pratiques de police politique, il est impératif de mettre les bases d’une réelle démocratie, où le peuple aura seul le choix de ses représentants et élus et ses droits de justiciables seront garantis et jamais foulés au pied par les décideurs".

Oligarques médiativores

Dans de nombreux pays, dans tous les continents, des journaux en difficultés ont été cédés à de grands patrons par les collectifs de journalistes qui en avaient la propriété. Partout, ces médias ont progressivement perdu leur indépendance. Nous écrivions en mai 2016 :  La vente du groupe El Khabar au multimilliardaire Rebrab a le mérite de révéler aux citoyens cette tendance de fond : les oligarques mettent la main sur des médias algériens en difficultés. La liste des riches hommes d'affaires impliqués est déjà longue. Rebrab franchit un nouveau pas dans la concentration de journaux entre les mains d'un seul homme. La distinction personne morale-personne physique est ici dérisoire. C'est bien Rebrab, himself, qui contrôlera El Khabar en plus de Liberté!

Il est souhaitable que les juges arrêtent l'OPA de Rebrab, parce qu'elle contourne la loi avec des artifices. Comme il est souhaitable qu'à cette occasion soit mis à l'ordre du jour la nécessité de mesures de soutien aux collectifs de journalistes pour sauvegarder la pluralité de la presse. Cette aide est la condition pour contrer la main mise des puissances d'argent sur les médias. C'est l'absence de cette politique publique de soutien à la presse qui prépare le terrain  aux puissances d'argent.

 

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