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Publié par Saoudi Abdelaziz

Baya El Kahla, par Mustapha Boutadjine. Graphisme-collage

Baya El Kahla, par Mustapha Boutadjine. Graphisme-collage

Première infirmière à rejoindre les maquis de l'Armée de libération nationale, Toumiya Laribi, de son nom de guerre Baya El Kahla, est décédée le 1er novembre dernier.

 

"Moi je suis toujours très émue quand je pense à aux maquisardes, confiait en mai dernier l'universitaire Fatma Oussedik. Imaginez ces jeunes filles de 18 ans qui vivaient dans des familles traditionnelles qui l’étaient d’autant plus que face au colonialisme, il fallait se préserver de la volonté de déstructuration de la société algériennes.

Ces filles étaient parties pour rejoindre le maquis avec des hommes, elles se sont battues pendant la guerre, certaines les armes à la main comme Toumiya Laribi que l’on a surnommé Baya el kahla, et à l’indépendance ces femmes héroïques doivent retourner dans leur famille. On ignore le changement pour la personne, on oublie que le combat pour l’égalité avec les Français a comme prolongement naturel le combat pour l’égalité avec les hommes dans la société algérienne. J’ai vécu un événement formidable au moment où nous étions en Tunisie avec le Gouvernement provisoire de la République Algérienne.

Le GPRA a créé une maison des filles pour accueillir les maquisardes. Il a placé à sa tête mes parents, Pierre et Claudine Chaulet pour prendre en charge ces filles. En revanche les jeunes hommes qui sortaient du maquis obtenait des studios.

Quand Baya a été invitée à s’installer dans cette maison, elle s’est offusquée. Pourquoi elle, qui s’était battue sur un pied d’égalité avec ses camarades masculins, devait maintenant retourner dans une ambiance familiale, alors qu’eux occupaient un studio. Pour dénoncer cette situation, elle a publié dans le journal tunisien une annonce en ces termes « ancienne maquisards cherche emploi femme de ménage couchante », ce qui a été perçu comme une humiliation.

Il faut donc comprendre que les luttes des femmes ont été constantes en Algérie, le féminisme ne nous a pas été appris par l’Occident. Moi je suis une féministe algérienne et j’ai appris le féminisme de Baya, de ma mère et de toutes celles qui se sont battues, j’essaie à mon tour de le transmettre à ma fille, mes étudiantes, aux jeunes féministes. L’accès à l’égalité est naturel et nous devons nous battre à l’intérieur de notre société en fonction de nos valeurs pour imposer cette idée."

LA PETITE FEE DU COMMANDO ALI KHODJA

Par Boukhalfa Amazit, journaliste

Que diable allait-elle faire dans cette galère ? Elle, la petite Toumya venue au monde dans le quartier de la Marine, au pied de la mythique Casbah, l’année même où Duvivier y tournait Pépé le Moko. Elle, la jeune fille infirmière diplômée d’État, qui a grandi à Fontaine Fraîche. Innocente « faucheuse » de médicaments pour les frères, qui poussait l’audace jusqu’à cacher ou transférer le peu d’armes qui existaient, ou qui distribuait des tracts…
Jusqu’au jour où les frères vinrent à elle pour lui enjoindre de gagner le maquis. Sa mère qui était à mille lieues de l’imaginer dans ce monde exclusivement réservé aux hommes lui « a envoyé au visage le fer à repasser qu’elle tenait. Elle m’a ratée ou a feint de le faire », raconte-t-elle dans un éclat de rire cristallin.
Ainsi donc, « j’allais rejoindre le djebel, lieu de tous les héroïsmes où s’écrivait l’Histoire ».
À son arrivée, comme l’exigeait l’usage, son responsable lui a demandé de choisir son nom de guerre. « J’avais déjà, en famille, un petit problème de prénom. Mon père, pour l’état civil, m’avait appelée Toumya ; ma mère, trouvant ce prénom désuet et par trop campagnard, m’appelait Baya, ça faisait plus citadin. “Vous voulez m’en ajouter un autre ?” ai-je dit au capitaine. Il m’a observée un bon moment puis m’a dit : “Serais-tu offensée si nous t’appelions Baya El Kahla” (Baya la noire) ? » Et depuis… « Même dans ses tracts, l’armée française m’appelait ainsi. »

Ce nom va retentir de crêtes en talwegs, dans toute la wilaya IV (centre de l’Algérie tellienne). Elle était la première infirmière en zone 1, dans la région 1, secteur 1. Soignante des villages et infirmière de guerre pour les combattants, mais aussi éclaireuse qui organisait les décrochages des djounoud, elle était la petite fée noire du commando Ali Khodja, une unité d’élite d’où surgiront des noms de légende.
Arrêtée, transférée à Annaba, torturée… « Un jour ils sont venus. Ils m’ont donné du linge propre, et m’ont conduite dans une belle villa. Dans un salon luxueux, m’attendaient mesdames Bigeard et Massu, qui a parlé en premier », se souvient Baya : « Pourquoi êtes-vous montée au maquis ? Vous ne manquiez de rien. Votre père travaillait au GG (gouvernement général). Vous avez été à l’école. Qu’est ce que vous vouliez de plus ?
– Avez-vous accepté les Allemands ? lui ai-je dit spontanément. Je cherche mon identité. On me l’a enlevée. Je n’en ai plus, je veux la reconquérir.
– Pourquoi ne prenez-vous pas exemple sur mademoiselle Sid Kara ? m’a-t-elle répliqué.
– Mademoiselle Sid Kara a choisi son camp et moi le mien.
– Peut-être avez-vous été embobinée.
– Pas du tout, je suis convaincue de l’indépendance de l’Algérie. Et s’il ne reste qu’un seul Algérien sur cette terre, viendra le jour où il sera indépendant. »
Son calvaire n’allait pas finir. Au contraire il commençait. Le cauchemar allait venir…
Baya El Kahla n’avait que vingt-deux ans !

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