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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP 23) à Bonn, en Allemagne. Photo DR

Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP 23) à Bonn, en Allemagne. Photo DR

En 1992, la déclaration de 1 700 scientifiques dont la majorité des lauréats de prix Nobel de sciences appelait à freiner la destruction de l'environnement. 25 ans plus tard, de nouveau 15 364 scientifiques de 184 pays font paraître le 13 novembre dans la revue « BioScience » un manifeste où il dresse un bilan de ce qui a été fait. Ils écrivent notamment : « hormis la stabilisation de l’amenuisement de la couche d’ozone stratosphérique, non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés. » Ils concluent qu’il « sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec.
 

EXTRAIT

"Il y a vingt-cinq ans, en 1992, l’Union of Concerned Scientists et plus de 1 700 scientifiques indépendants, dont la majorité des lauréats de prix Nobel de sciences alors en vie, signaient le « World Scientists’Warning to Humanity ». Ces scientifiques exhortaient l’humanité à freiner la destruction de l’environnement et avertissaient : « Si nous voulons éviter de grandes misères humaines, il est indispensable d’opérer un changement profond dans notre gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle. » Dans leur manifeste, les signataires montraient que les êtres humains se trouvaient sur une trajectoire de collision avec le monde naturel. Ils faisaient part de leur inquiétude sur les dégâts actuels, imminents ou potentiels, causés à la planète Terre, parmi lesquels la diminution de la couche d’ozone, la raréfaction de l’eau douce, le dépérissement de la vie marine, les zones mortes des océans, la déforestation, la destruction de la biodiversité, le changement climatique et la croissance continue de la population humaine. Ils affirmaient qu’il fallait procéder d’urgence à des changements fondamentaux afin d’éviter les conséquences qu’aurait fatalement la poursuite de notre comportement actuel.

"Les auteurs de la déclaration de 1992 craignaient que l’humanité ne pousse les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie. Ils soulignaient que nous nous rapprochions rapidement des limites de ce que la biosphère est capable de tolérer sans dommages graves et irréversibles. Les scientifiques signataires plaidaient pour une stabilisation de la population humaine, et expliquaient que le vaste nombre d’êtres humains – grossi de 2 milliards de personnes supplémentaires depuis 1992, soit une augmentation de 35 % – exerce sur la Terre des pressions susceptibles de réduire à néant les efforts déployés par ailleurs pour lui assurer un avenir durable. Ils plaidaient pour une diminution de nos émissions de gaz à effet (...)

La suite du texte est malheureusement réservée aux abonnés du journal Le Monde qui publie le manifeste paru en anglais dans la revue « BioScience ».

 

Voici, un  résumé par Eva Gomez de ce manifeste:
 

Partant du constat dressé en 1992 par l’Union of Concerned Scientists et 1.700 scientifiques, ce nouvel appel dresse un état des lieux vingt-cinq ans après. « Les auteurs de la déclaration de 1992 craignaient que l’humanité ne pousse les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie. Ils soulignaient que nous nous rapprochions rapidement des limites de ce que la biosphère est capable de tolérer sans dommages graves et irréversibles », écrivent les scientifiques dans BioScience, résolus à se « remémorer leur mise en garde et évaluer les réponses que l’humanité lui a apportées (...) ». Leur verdict : « hormis la stabilisation de l’amenuisement de la couche d’ozone stratosphérique, non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés. »

Les auteurs relèvent notamment l’augmentation importante des émissions de gaz à effet de serre - encore soulignée hier par la Global Carbon Project -, la sixième extinction de masse actuellement en cours ou l’augmentation de 35% de la population mondiale. « En échouant à limiter adéquatement la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance, à réduire les émissions de GES, à encourager le recours aux énergies renouvelables, à protéger les habitats naturels, à restaurer les écosystèmes, à enrayer la pollution, à stopper la "défaunation" et à limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes, l’humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger », estiment les scientifiques signataires.

Une remise en question de nos sociétés

Par ce manifeste, la communauté scientifique compte atteindre les responsables politiques mais aussi les citoyens, qui doivent « exiger de leurs gouvernements qu’ils prennent des mesures immédiates ». Cet appel insiste sur l’urgence d’agir pour le bien des générations actuelles et futures. « Il est également temps de réexaminer nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction (l’idéal étant de s’en tenir au maximum au niveau de renouvellement de la population) et en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d’autres ressources », estiment les scientifiques, qui soulignent néanmoins les progrès effectués notamment concernant la lutte contre la pauvreté et la famine, l’éducation des femmes ou la croissance du secteur des énergies renouvelables. « Nous avons beaucoup appris depuis 1992, mais les avancées sur le plan des modifications qu’il faudrait réaliser de manière urgente en matière de politiques environnementales, de comportement humain et d’inégalités mondiales sont encore loin d’être suffisantes », ajoute le manifeste.

Treize mesures « efficaces et diversifiées »

Pour enrayer la tendance, les signataires proposent donc une série de treize mesures « efficaces et diversifiées », parmi lesquelles, « développer et adopter des instruments politiques adéquats pour lutter contre la défaunation, le braconnage, l’exploitation et le trafic des espèces menacées », « promouvoir une réorientation du régime alimentaire vers une nourriture d’origine essentiellement végétale », « réduire encore le taux de fécondité en faisant en sorte qu’hommes et femmes aient accès à l’éducation et à des services de planning familial, particulièrement dans les régions où ces services manquent encore », « concevoir et promouvoir de nouvelles technologies vertes et se tourner massivement vers les sources d’énergie vertes tout en réduisant progressivement les aides aux productions d’énergie utilisant des combustibles fossiles », ou encore « restaurer sur une grande échelle les communautés de plantes endémiques, et notamment les paysages de forêt ».

Rappelant à nouveau que les mêmes mises en garde avaient été formulées il y a vingt-cinq ans, les scientifiques concluent qu’il « sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec (...) » : pour eux, il s’agit de « prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer ».

 

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