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Publié par Saoudi Abdelaziz

Marina Albiol Guzmán est députée espagnole de Izquierda Unida au parlement européen. Photo DR

Marina Albiol Guzmán est députée espagnole de Izquierda Unida au parlement européen. Photo DR

"En 17, le socialisme était l'unique alternative à l'exploitation, la guerre et la misère. Aujourd'hui c'est en plus la seule alternative à la dégradation de la Planète et la barbarie et comme nous le rappelait Rosa Luxembourg, la révolution se lèvera de nouveau en proclamant: "Je fus, je suis, je serai"

Par Marina Albiol Guzmán, 1er août 2017

Texte proposé et traduit par Samir Berkas

Révolution est une parole que nous écoutons souvent, mais qui acquiert sa plus profonde et prometteuse signification pour les classes et peuples opprimés quand nous faisons référence à la Russie de 17. Je ne trouve pas de meilleurs exemples que la Révolution Française de 1789 et le soulèvement bolchévique pour démontrer que, loin d'être un rêve irréalisable, nous pouvons changer le monde depuis ses fondements pour que ceux qui aujourd'hui ne sont rien, deviennent tout.

C'est pour cela que, cent après, les classes dominantes de toute la planète s'unissent pour mentir et jeter la confusion sur ces événements et, aussi pour cela, que nous qui croyons qu' à la fin triomphera la raison en marche, nous avons l'obligation de revendiquer ces faits, et affirmer qu'ils peuvent survenir à nouveau, étant donné que la révolution dont a besoin l'humanité pour quitter le chemin entrepris vers la destruction de la Terre est une révolution possible et nécessaire pour le genre humain à échelle mondiale.

Pourquoi eut lieu la Révolution et pourquoi a-t-elle triomphé ?

Toutes les révolutions, y compris la Révolution Russe, ne sont pas des faits ponctuels ou des explosions spontanées, mais s'inscrivent dans des processus historiques qui conduisent vers elles. Bien sûr, dans toute révolution se produit un changement qualitatif substantiel, "la prise de pouvoir", mais cela ne pourrait s'expliquer sans prendre en compte un processus préalable d'où elle surgit. Sans une préparation préalable, consciente, et détaillée, elle ne peut se maintenir au pouvoir et consolider le changement révolutionnaire de la société.

Une révolution est un fait exceptionnel dans l'histoire, mais cela n'empêche pas que ce soit également un fait périodique, y compris cyclique, car quand un système "nouveau" passe de la maturité à la décadence c'est le moment où surgissent les révolutions. Les forces nouvelles créées  par cette société luttent pour émerger et remplacer les institutions et relations sociales caduques. C'est la dialectique de l'histoire: les forces engendrées par un système social veulent, maintenant, en finir avec ce système social qui montre des symptômes clairs d'épuisement et ainsi pouvoir croître.

Toute société humaine, dans l'histoire de la société de classes, établit des mécanismes de protection des privilèges de la classe qui domine la société. L'Etat aux mains de la classe dominante, a surtout le rôle de protéger les intérêts des puissants, de fréner toute tentative de changement, mais ne peut éviter que de nouvelles forces croissent en son sein, ce qui finit par mener à un choc irréconciliable entre la classe décadente et la classe ascendante.

Une révolution rompt les résistances et ouvre le chemin à des changements sociaux, économiques et politiques qui sont devenus indispensables pour que la société continue d'évoluer. Nous avons là la clé, tant de fois répétée et si peu comprise, du marxisme: "L'histoire de l'humanité est l'histoire de la lutte des classes": ceci est le moteur interne. D'où l'affrontement constant entre deux tendances à l'intérieur de la classe opprimée, majoritaire, travailleuse: d'une part, les tendances conciliatrices avec le système d'exploitation, les tendances révolutionnaires d'autre part. Un processus qui, par lui même, ferait l'objet d'une large étude de la Révolution d'Octobre.

Face à une classe propriétaire de la richesse et des moyens de production, la classe qui travaille, celle qui n'a à vendre que sa force de travail en échange d'un salaire, renferme un énorme potentiel de transformation de la société, d'abord en gestation sous la surface et qui, dans des conditions historiques déterminées, surgit au grand jour et tente de s'exprimer et transformer, non seulement la structure de la société, mais aussi la mentalité humaine.

Une véritable révolution est créative, dépasse tout plan ou prévision, libère le genre humain, change le comportement et génère un nouveau climat dans la société. Ainsi, les soviets, la plus géniale création de la révolution russe, n'étaient dans le programme d'aucun parti, pas même celui des bolchéviques et , poutant, sans soviets, on ne peut imaginer le triomphe d'Octobre.

C'est la grande leçon de la révolution russe. Les bolchéviques ont dû lutter pour gagner la majorité parmi les exploités en même temps qu'ils luttaient contre les exploitateurs et ce fut à travers la lutte dans les soviets qu'ils gagnèrent cette majorité. Voyons donc comment dans une révolution se produit une transformation profonde de la conscience sociale qui conduit à arrêter de faire confiance en un système social afin de soutenir la force politique qui propose sa destruction ; mais comment ce tremblement de terre social est-il rendu possible ?

A ce propos, Lénine tire quelques conclusions: "Pour pouvoir triompher, l'insurrection doit s'appuyer non pas sur un complot, non pas sur un parti, mais sur la classe la plus avancée. Ceci en premier lieu. L'insurrection doit s'appuyer sur l'essor révolutionnaire du peuple.Cela en deuxième lieu. L'insurrection doit s'appuyer sur ce moment du tournant dans l'histoire de la révolution montante où l'activité de l'avant garde du peuple est maximale, où plus forts sont les doutes dans les rangs de l'ennemi et dans les rangs des amis faibles, indécis, de la révolution. Ceci en troisième lieu."

A ces conditions, Lenine ajoute la nécessité de compter sur un parti, un programme clair, et des cadres forgés dans les idées et la lutte capables d'exprimer les aspirations de leur classe et l'organisation la plus large possible du peuple, qui dans le cas d'Octobre, furent les soviets.

Toutes ces conditions étaient réunies dans la Russie de 17 qui, malgré le fait d'ètre un pays peu développé, avait une classe ouvrière groupée en grandes concentrations  manufacturières et , de plus, la lutte de la classe ouvrière a inspiré une guerre paysanne contre la structure de semi escalavage de la campagne dans l'empire russe. Les mots d'ordre de pain, paix et terre furent capables de rassembler les forces nécessaires et en quelques mois amener de grands secteurs de la population à demander "tout le pouvoir aux soviets", non pour remplacer le Tsar par une démocratie bourgeoise, mais pour ouvrir la voie au premier état socialiste de l'histoire.

Rien de plus contagieux que les exemples réussis et le succès de la révolution d'Octobre a changé la face de la terre et fait du XX ème siècle le siècle des révolutions. Il y a eu beaucoup de processus révolutionnaires qui ont été vaincus et ici nous souffrons encore des conséquences de l'une de ces défaites en 39, mais beaucoup d'autres comme la Chine, Cuba, Vietnam, Angola, Mozambique, etc.. ont triomphé. Nous ne pouvons donc pas parler de cent ans d'intervalle puisque les révolutions n'ont pas cessé de se produire, ni les contre révolutions d'agir, montrant la validité de la théorie marxiste de l'Etat.

La révolution au XXI ème siècle

Face au centenaire de la révolution socialiste qui donna naissance à l'URSS, certains se posent la question de savoir si une nouvelle révolution serait possible aujourd'hui. Franchement nous croyons que , non seulement c'est possible, mais c'est indispensable si nous voulons éviter la destruction et l'avancée de la barbarie. De plus, pour être efficace, son domaine doit être internationaliste. Mais comme nous l'avons déjà dit, elle ne surgira pas par "génération spontanée", des conditions déterminées seront nécessaires. Il est indispensable que nous dépassions la crise dont souffre la gauche et que, connaissant bien la société où nous vivons, nous soyons capables de comprendre et expliquer que le socialisme n'est pas une option mais une nécessité historique. Cela doit se réfléter dans notre attitude quotidienne, donnant l'exemple, généralisant les luttes à partir des problèmes particuliers et revendiquant des réformes qui ne nous conduisent pas à maquiller la société dans laquelle nous vivons, mais qui démontrent leur incapacité de satisfaire les nécessités humaines si ce n'est par un changement révolutionnaire.

Jamais dans l'histoire de l'humanité a existé une classe ouvrière aussi nombreuse que l'actuelle et en elle réside un gigantesque potentiel transformateur.

Mais en même temps, il faut être conscient du fait que les organisations, partis, et syndicats seront surpassés par une révolution qui créera ses propres formes d'expression. Et soyons humbles: nous ne pouvons pas remplacer la révolution, par contre nous pouvons nous préparer à contribuer à sa survenue. Ce qui est arrivé une fois peut arriver à nouveau si persistent les causes qui l'ont rendu nécessaire.

C'est la crainte des classes dominantes du monde entier, c'est l'espérance de ceux qui sous une forme ou une autre subissent l'injustice et l'inégalité. La peur des uns et l'espérance de nous tous, c'est parce que nous ne parlons pas d'un rêve, mais d'une réalité qui a transformé l'histoire de l'humanité, qui a provoqué un siècle de révolutions et qui, comme toute transformation qui affecte l'ensemble de l'humanité, a besoin de temps et de nouvelles tentatives pour se réaliser.

En 17, le socialisme était l'unique alternative à l'exploitation, la guerre et la misère. Aujourd'hui c'est en plus la seule alternative à la dégradation de la Planète et la barbarie et comme nous le rappelait Rosa Luxembourg, la révolution se lèvera de nouveau en proclamant: "Je fus, je suis, je serai"

Source originale : le quotidien Publico

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