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Publié par Saoudi Abdelaziz

La controverse Ksentini-Présidence a sans doute donné le sujet du jour dans de nombreuses rédactions parisiennes. L'article de Mediapart s'ouvre par cette phrase. "L’horizon s’assombrit un peu plus pour l’Algérie". Le titre, "La maladie de Bouteflika ne cache plus celle du régime", s'inspire d'une phrase prononcée en 2015 par Sid Ahmed Ghozali : « On braque les projecteurs sur un malade pour cacher le vrai malade : le régime".

Pour le reste, on trouve dans cet article les poncifs catastrophistes habituels de la presse française lorsqu'elle se penche au chevet de l'Algérie. La conclusion de l'article, Mediapart va la chercher chez chez le journaliste de référence du moment : "Quel destin guette aujourd’hui l’Algérie ? « On est dans la pire des situations : l’attente, confie le journaliste et écrivain Adlène Meddi (*). Même le gouvernement reconnaît qu’il ne peut pas se projeter. Toute la société est bloquée. Et en plus, on nous dit que, même mort, Bouteflika sera notre président. » Aucune hypothèse n’est exclue. Pas même le « recours salutaire » à l’armée, qu’un édito d’El Watan examinait – sans l’approuver – il y a deux mois."

EXTRAIT

 (...) Après 18 ans de présence à la tête de l’État – longévité exceptionnelle pour l’Algérie –, quel est aujourd’hui le rôle exact de cet homme de 80 ans, cloué sur son fauteuil roulant par la maladie et reclus dans son palais médicalisé de Zeralda ? Est-ce lui qui, en septembre 2015, a ordonné la mise à la retraite du puissant et redouté général Lamine Médiene, alias Toufik, chef depuis 25 ans du Département du renseignement et de la sécurité ? Est-ce lui qui, un an plus tard, a contraint à la démission l’un des ennemis mortels de Toufik, le secrétaire général du FLN, Amar Saadani ?

Est-ce lui, encore, qui s’exprime par la bouche de son jeune frère, Saïd, ancien professeur d’informatique et syndicaliste dynamique nommé conseiller à la présidence dès 1999 ? Saïd Bouteflika est-il devenu, avec la maladie et l’effacement de son frère, l’interprète de l’autorité présidentielle ou le porte-parole et l’instrument des clans qui se partagent et se disputent le pouvoir ? Serait-il à la fois l’un et l’autre ?

Est-ce Abdelaziz Bouteflika ou son frère Saïd, ou l’ami de ce dernier, le patron des patrons, Ali Hadad, qui a décidé en août de limoger, trois mois seulement après sa nomination, le premier ministre Abdelmajid Tebboune, qui souhaitait instaurer « une séparation entre l’argent et le pouvoir » ? C’est-à-dire s’attaquer à la corruption, aux trafics d’influences, aux attributions de marchés sans appels d’offres, qui sont monnaie courante en Algérie. Cette promesse lui avait valu une popularité jugée menaçante en haut lieu.

Est-ce le président, son « conseiller » ou un conclave secret de détenteurs des pouvoirs qui a désigné, pour succéder à Tebboune, Ahmed Ouyahia ? Secrétaire général du RND, allié au FLN dans l’exercice du pouvoir, Ouyahia, qui fut le chef de cabinet de Bouteflika, a déjà été premier ministre à trois reprises, notamment dans les années 1990, où il conduisit les réformes imposées par le FMI, en pleine guerre civile entre l’armée et les islamistes. Il y avait gagné le sobriquet de « Monsieur sale boulot ».

Compte tenu de l’opacité du régime algérien, tenter de répondre à ces questions relève de la spéléologie politique. Pour l’historien Benjamin Stora, spécialiste du Maghreb contemporain, « le pouvoir est la résultante d’une convergence de forces multiples – armée, services de renseignements, police, partis, patronat – qui cherchent à préserver leurs intérêts. Mais Bouteflika et son entourage proche sont encore au centre du jeu ».

« Saïd Bouteflika joue un rôle important, c’est vrai, mais il n’est pas Raoul Castro, estime quant à lui Nadji Safir. Il peut enrichir ses amis du jour au lendemain, mais n’a pas la clé du pouvoir. Le pouvoir politique, en Algérie, n’est pas – encore – héréditaire. Il est composé d’un ensemble complexe et organisé d’institutions, de mécanismes de prise de décision, de discours, de pratiques et de personnes qui doivent toujours être considérés dans leurs deux types de fonctionnement, formel et réel. »

« Le régime algérien fonctionne comme l’économie algérienne. Ils sont informels, confirme le politologue Abdelkader Yefsah. L’économie informelle domine en Algérie. La politique informelle aussi. Vu sa maladie, je ne pense pas que Bouteflika soit en mesure de diriger quoi que ce soit. Il ne reçoit plus personne et ne s’est pas adressé au peuple depuis des années. Il est l’otage de son entourage, qui a squatté tous les leviers de commande du pays. Une mafia militaro-civile constitue le noyau dur du commandement. »

 « Nous sommes dans un système, explique un éditorialiste, où le premier ministre ne reçoit pas du président une lettre de mission, une feuille de route mais doit inférer de certaines de ses paroles prononcées ce qui est attendu de lui. On imagine le résultat quand le président peine à s’exprimer. » « L’Algérie, déplore un ancien haut fonctionnaire devenu consultant, qui tient à rester anonyme, dispose aujourd’hui d’un système politique autoritaire, sclérosé, qui va à contre-courant, à la fois du sens de l’histoire et de la volonté de changement de sa jeunesse. »

« Le problème de l’Algérie, résume un autre observateur anonyme, c’est qu’une élite politique d’octogénaires, de septuagénaires gère un pays de trentenaires. » « Le seul projet du gouvernement, c’est de durer dans le temps, pas d’offrir un projet de société à sa jeunesse, de refondre le système éducatif, universitaire qui connaissent une grave crise », regrette l’écrivain algérien Chawki Amari. « Au forum international de la jeunesse, on a envoyé un homme de 76 ans, Abdelkader Bensalah, le président du conseil de la nation, représenter l’Algérie ! C’est dramatique », fulmine celui qui est aussi chroniqueur au quotidien El Watan.

Source : Mediapart.fr

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