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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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"Seule une décentralisation non marchande à la différence d'une privatisation des services publics est en mesure de donner au principe de réciprocité sociale de réels milieux sociaux en mesure de lui donner vie" écrit Arezki Derguini dans son exposé publié aujourd'hui dans le Quotidien d'Oran, sous le titre  La fabrique de « riches »

Extraits

(...) La dégradation des services publics et l'accroissement du désordre social qui l'accompagne constituent le terreau de la propagande libérale. Des puissants d'hier qui ont usé leur autorité et accumulé des « biens » sont devenus les riches d'aujourd'hui qui veulent commander du haut de leur pouvoir d'acheter. Ils laissent pour ce faire la société aller au désordre afin de se présenter comme recours. À contre-courant d'une telle propagande, je dirai qu'il faut choisir le pouvoir d'auto-organisation de la société contre le pouvoir d'organisation de l'argent.

Si la société s'abandonne à ses pulsions, ne s'organise pas, ne se constitue pas de nouvelles traditions, ne produit pas une nouvelle culture qui puissent gérer ses interactions, ses accords et désaccords, réduire le coût de ses transactions et de ses coordinations, la partie la plus riche se séparera d'elle et souhaitera s'en protéger. Les anciens « puissants » nouvellement « riches », mêlant méthodes anciennes et nouvelles, pourront alors s'en charger. Qu'ils s'avèrent de mauvais riches, qu'ils ne réussissent pas davantage à produire d'ordre, conduira la société à davantage de destructions. Il faut malheureusement constater que depuis la fin des années quatre-vingt (la chute du mur de Berlin et la fin du socialisme algérien), la société dirigeante a moins eu la volonté de diriger que de se protéger et l'entropie du système social et politique n'a fait que s'accroître, le pouvoir de l'argent n'ayant contribué qu'à étendre et entretenir les désordres.

La société a donc besoin de se protéger d'elle-même, de sa force démographique en particulier qui, libérée de ses anciens cadres, s'est retournée contre elle faute de n'avoir pu recevoir de la société son principe régulateur. Les anciens milieux explosent sous la pression, leur culture et leurs traditions deviennent inapplicables. La société se transforme d'une société de familiers en société d'étrangers faute de n'avoir pas produit les automatismes qui puissent gérer ses nouveaux collectifs.

Tous les milieux, ayant été dépossédés de leurs capacités d'intégration, se plaignent du désordre qu'importent les nouveaux arrivants. Les individus ont trouvé avantage à préférer la société des étrangers à celle des familiers : de prime abord, elle offrait à l'individu de nouvelles perspectives de mobilité. Avoir des comptes à rendre à un État lointain (abstrait et de surcroît généreux) était bien plus commode que de rendre des comptes à des proches, une collectivité et ses membres. On ne s'apercevait pas que l'on ne faisait que compliquer les comptes et reporter leur reddition" (...).

Conclusion-mise en garde :

 (...) La globalisation néolibérale conjugue déréglementation, croissance des inégalités et déni de la mutation climatique. Elle livre le monde aux mauvais capitalistes qui se soucient moins de construire un monde commun que de le soumettre à leur compétition aveugle au risque de le détruire et de penser à l'abandonner. Les mauvais capitalistes ont dans leur compétition substitué aux humains des esclaves mécaniques dès lors qu'ils ne pouvaient plus les soumettre, que le « marché du travail » devenait rigide. Mais dès lors que leur domination hésite, que la croissance fait défaut et que la redistribution ne peut plus acheter la paix sociale, ils s'en retournent aux vieilles méthodes, aux guerres des peuples et à l'esclavage.

Avec la globalisation néolibérale, à supposer que le marché de l'énergie soit favorable ou que l'effondrement n'ait pas lieu avant, que les sociétés africaines s'abandonnent à leur désordre, nous serons menacés par deux marchés dont il faudra se protéger, celui aux esclaves mécaniques et son frère jumeau aux esclaves humains".

Texte intégral : Le Quotidien d'Oran

 

 

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