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Publié par Saoudi Abdelaziz

Décentralisation à l'Algérienne. Les hôpitaux et les cliniques privées toujours sans IRM dans la Wilaya de Jijel

Décentralisation à l'Algérienne. Les hôpitaux et les cliniques privées toujours sans IRM dans la Wilaya de Jijel

L’article 12  du projet de loi sur la Santé  stipule : "L’Etat assure la gratuité des soins et en garantit l’accès à tous les citoyens". Gratuité des soins pour tous? Dans des contributions publiées à deux semaines d'intervalle, Farid Chaoui professeur de gastro-entérologie et le professeur Farouk Mohamed-Brahim, ancien chef de service au CHU d'Oran examinent cette gratuité et plus généralement le projet de loi sur la santé actuellement en discussion.

Professeur Farid Chaoui : "l'ambiguïté domine le projet de loi"

(...) Un système de santé à beau se déclarer gratuit il a un coût défini sous le vocable de Dépense Globale de Santé (DGS). La DGS c’est tout ce que consent une communauté de citoyens comme richesse à consacrer à la santé de ses sujets. Elle s’exprime généralement par la part du PIB qui est consacré à ce secteur : en Algérie il est estimé à moins de 5% de la richesse nationale, soit moins de 400$/hab/an en comparaison aux 3000 à 4000$ que les pays de l’OCDE consacrent au même secteur.

Ce qui signifie

 1-Qu’il n’y a pas de médecine gratuite, tout acte se paye et souvent très cher. Que nous devons plus défendre un accès équitable aux soins qu’une prétendue médecine gratuite.

 2- Que nous ne disposons que de moins de 10% de ce qui est disponible dans les pays du nord pour soigner une population qui avant 2030 présentera les mêmes caractéristiques démographiques et épidémiologiques de nos voisins développés.

  3-Que si nous voulons accélérer l’évolution de notre système de santé pour le rapprocher des performances des pays du Nord, il faut augmenter notre richesse nationale (PIB) et la part qui revient au système de santé(DGS), autrement dit il faut, à l’instar des autres secteurs économiques et sociaux, nous mettre au travail et produire autre chose que du pétrole.

Voilà la douloureuse vérité.

Il y a deux façons de traiter l’équation financière actuelle: soit on consacre 90% de la DGS à 10% de la population et on crée un système totalement inégalitaire mais « moderne et conforme aux plus novatrices des méthodes de soins » ou on décide de s’appuyer sur le principe de solidarité et d’équité et nous décidons de mettre en place un système équitable, pertinent par rapport aux besoins prioritaires de la population et REALISTE !

Dans cette deuxième option deux pré requis sont nécessaires : un programme de santé encore une fois pertinent et réaliste, décliné en priorités et un système de financement qui s’appuie sur le principe fondamental de la solidarité nationale dans laquelle le riche paye pour le pauvre et le fort soutient le faible. Or, l’ambiguïté qui domine ce projet de loi concernant son orientation idéologique s’exprime encore d’avantage dans le chapitre consacré au financement (chapitre 4 ).

En effet, émiettant les sources de financement entre celles de l’Etat, de la sécurité sociale, des collectivités locales (pour payer les soins de « personnes en difficulté ? et réinventer la carte d’indigent ??), des entreprises économiques, des assurances économiques et, cerise sur la gâteau, celle de la participation des « bénéficiaires de soins » (qui, comment, quoi ?), on détruit le principe d’égalité d’accès aux soins puisque, inévitablement, le traitement réservé à chaque catégorie de bénéficiaire sera différent en fonction du poids financier de son assurance santé. Il est clair que le sujet assuré par une entreprise économique prospère sera bien mieux soigné que celui pris en charge par les faibles ressources de sa commune !

Pourtant il y a une solution : c’est de créer une institution financière nationale chargée de financer le programme national de santé élaboré par les pouvoirs publics.

Cette caisse nationale d’assurance maladie, regrouperait tous les moyens financiers disponibles qu’ils proviennent de l’Etat ou des assurances (CNAS, CASNOS, Assurances économiques etc..) et serait chargée de financer aussi bien les structures publiques que privées, sur la même base de calcul et en tenant compte des priorités du programme national. Elle serait comptable devant ses financeurs dont la participation serait décidée chaque année sur la base des comptes à postériori fixant la part consommée par chaque groupe d’assurés.

On pourrait s’appuyer pour avancer dans cette voie sur l’expérience relativement réussie de la carte chiffa et mutualiser les moyens des CNAS, CASNOS, et autres assurances avec ceux de l’Etat.

Ceci est la définition de la couverture santé universelle qui garanti à chaque algérien, à sa naissance, en sa qualité de citoyen et non de représentant de telle ou telle catégorie professionnelle ou sociale, une carte d’assurance, la même pour tous, garantissant l’accès aux mêmes services, dans les mêmes conditions et sans aucune discrimination. C’est ainsi que l’on consacrera réellement les principes défendus par la déclaration du 1° novembre 1954, de la constitution et des intentions affichées, j’en suis sûr, avec sincérité, dans le préambule du présent projet de loi sanitaire (...).

Extrait de l'article paru dans Libre-Algérie intitulé :  Loi sanitaire et politique de santé: le possible et le raisonnable.

 

Professeur Farouk Mohammed-Brahim : "Une population devenue exigeante et informée"

(...)  Dans le cadre de l’économie de marché, la loi 88-15 du 3 mai 1988 et le décret 88-204 du 18 octobre 1988 vont ouvrir le secteur de la santé aux privés dans le cadre des activités d’exploration et de chirurgie, le tout complété en 1992 par la libéralisation du marché du médicament.

Dès ce moment, les citoyens constatent, peut-être avec beaucoup d’amertume, la facilité avec laquelle ils peuvent accéder pour des soins, de quelque niveau que ce soit, dans le secteur privé, moyennant un financement qui est, malheureusement, souvent au-dessus de leurs ressources, et ce, pour des actes que la Sécurité sociale rembourse à un taux dérisoire quand, bien sûr, ils sont assurés.

Les citoyens constatent aussi les difficultés qu’ils éprouvent à accéder dans les structures publiques où seuls la consultation et l’acte opératoire sont gratuits. Le patient doit faire l’ensemble de son bilan (Imagerie et Laboratoire) dans le secteur privé, la famille devant pourvoir le plus souvent aux repas et à la literie.

Ainsi, la gratuité des soins est décriée par les classes les plus défavorisées, celles-là mêmes à qui elle devrait profiter.
La médecine gratuite qui est l’un des plus honorables acquis sociaux s’est trouvée pervertie par l’incapacité des pouvoirs publics à réformer le système de santé, mais aussi par le clientélisme et le favoritisme dans les hôpitaux publics.
Il ne faut pas que la gratuité des soins soit emprisonnée dans un carcan idéologique ou populiste, mais il faut se donner les moyens de continuer à fournir au citoyen une équité dans l’accès aux soins.

J’avais signalé au début de cette contribution l’intervention d’un ex-ministre de la Santé s’enorgueillissant que l’Algérie soit l’un des rares pays appliquant la gratuité des soins. Ceci est vrai, même si les conditions de son application sont discutables. Je voudrais citer trois exemples de pays où l’idéologie socialiste reste de règle.

D’abord la Chine où les patients paient les soins dans les hôpitaux sur la base d’un texte de 1989 relatif à l’autofinancement des hôpitaux. Ainsi, les soins payants représentent 50% du budget de l’hôpital. (In The Lancet, 24 février 2009). Au Vietnam, le financement public de la santé est passé de 30% en 2010 à 50% en 2015. La dépense des familles reste élevée (30 à 50%) en payant les soins en hôpital.

Enfin à Cuba où la performance du système de santé n’est plus à démontrer avec un satisfecit de l’OMS en 2015, la gratuité des soins reste totale. Cependant, dès 2010, les Cubains ont décidé d’avoir recours à d’autres sources de financement et la diminution des budgets des hôpitaux et ce, pour pouvoir maintenir à flot la mesure. Dans ces trois pays commence à se développer, même timidement, un secteur médical privé et l’apparition d’assurances sociales privées.

Mais dans ces pays, la maîtrise de l’organisation du système de santé est totale. Elle est due surtout à une décentralisation importante. Les provinces ou les régions bénéficient d’une autonomie totale des moyens pour appliquer les plans nationaux de santé mais aussi pour la définition du budget et sa gestion. C’est ce qui fait défaut dans notre pays.

Pour revenir à l’Algérie, il serait temps de répondre aux questions que les citoyens se posent par une évaluation objective de la gratuité des soins : A quelle catégorie sociale a-t-elle profité ? Quelle est la dépense de santé des ménages ? N’y a-t-il pas un décalage entre ce noble principe et la réalité sur le terrain ? La gratuité des soins n’est-elle pas en décalage avec la transformation socioéconomique des Algériens ? Le choix est-il toujours pertinent?(...)

Débattre de la gratuité des soins n’est pas forcément la remettre en cause, mais trouver de nouvelles modalités de son application, répondant aux nouvelles conditions socio-économiques de l’Algérie. Insister pour qu’elle profite aux plus démunis ne signifie nullement que l’on se doit de revenir au système de santé colonial, des AMG et la carte d’indigent. Comment peut-on assurer aux 40 millions d’Algériens l’équité dans l’accès aux soins et aux prestations ? Une population devenue exigeante et informée de l’évolution des techniques de diagnostic et de traitement (...).

Extrait de la contribution paru dans El Watan sous le titre : La médecine gratuite : quel avenir?

 

 

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