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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Voici des extraits d'articles de Vicenç Navarro . J'espère qu'ils aideront à comprendre ce qui se passe en Catalogne", écrit notre ami et compatriote de Barcelone, correspondant du blog. Il a assuré la traduction des textes du professeur accompagnée de la note suivante

 

Note du traducteur

Junts Pel Si : c'est l'alliance qui dirige le gouvernement catalan (La Generalitat). Elle est composée par PDeCAT , CDC, partis conservateurs (et principales formations de cette coalition) et le parti de gauche indépendantiste (ERC). La CUP , parti de gauche indépendantiste, ne fait pas partie de Junts Pel Si mais soutient cette alliance

La revendication d'un référendum.

(...) En Catalogne, selon les sondages, la majorité est favorable à une consultation sur la question de se séparer de l'Espagne ou non. Cet appui représente de 70 à 80 % . Cependant, la majorité n'est pas favorable à l'indépendance. L'interdiction du "référendum" par l'Etat et le gouvernement Rajoy, conséquence de son historique manque de sensibilité envers les demandes en provenance de Catalogne, fut clairement instrumentalisée par les partis indépendantistes qui gouvernent la Catalogne, qui, à leur tour, ont utilisé des méthodes sectaires et anti-démocratiques dans cette instrumentalisation du référendum. Ce qui a transformé cette consultation en un plébiscite de soutien à l'indépendance, au lieu d'un authentique processus de débat démocratique sur les mérites ou inconvénients de cette option. Article original : http://www.vnavarro.org/?p=14272

Comment s'articulent la question nationale et la question sociale ?

Par Vicenç Navarro 15 septembre 2017

La solution des problèmes sociaux et nationaux en Catalogne et en Espagne.

En théorie, toutes les options politiques affirment que leur objectif final est d'améliorer la qualité de vie et bien être de la population. Et cela arrive spécialement dans le cas des partis indépendantistes, qui montrent leur engagement avec la question sociale  argumentant que le problème social en Catalogne ne pourra se résoudre qu'à travers la sécession de ce pays de l'Espagne, car le problème social est causé par l'Espagne (parce que, dans sa version la plus belliciste, "l'Espagne vole la Catalogne". D'où la conclusion que la résolution du problème national doit être prioritaire, laissant la question sociale à plus tard, une fois obtenue l'indépendance. Et même quand de manière rhétorique on dit dans l'argumentaire que la question nationale et la sociale vont toujours ensemble, en réalité la question nationale prime sur la question sociale. Et cela arrive aussi avec les gauches indépendantistes (ERC et CUP) qui justifient ainsi leur alliance avec les droites ( ce qui rend difficile la résolution rapide de la question sociale, reléguée à un futur lointain, quand nous serions indépendants).

Il ne fait aucun doute que si elles s'étaient alliées avec les gauches EN COMU PODEM et le PSC, cela aurait pu constituer un gouvernement qui aurait diminué l'énormité du problème social. Aujourd'hui les enquêtes montrent que s'il avait des élections , ce triparti de gauche pourrait gouverner la Catalogne. Cette alternative n'est même pas envisagée dans l'approche indépendantiste, permettant à PDeCAT d'utiliser la question nationale pour masquer la question sociale, comme le fait aussi la droite espagnoliste, le PP, qui sont profondément nationalistes, héritiers de ceux qui se définirent comme nationaux, mettant fin à un Etat démocratique - la II eme République - par un coup d'état militaire.

Pourquoi la classe laborieuse n'est pas indépendantiste.

Le fait que le processus indépendantiste soit dirigée par les mêmes droites responsables du gros problème social explique le faible attrait pour un tel projet de la part des classes populaires, qui ne soutiennent pas la sécession. C'est pourquoi , quand les indépendantistes disent que le peuple catalan veut l'indépendance, cela n'est pas vrai. La majorité de la population catalane ne souhaite pas l'indépendance. Mieux , la monopolisation du souverainisme (qui soutient le droit à l'autodétermination) par l'indépendantisme (qui soutient la sécession) rend très difficile le développement du souverainisme, car la manière si peu démocratique avec laquelle agit Junts Pel Si est en train de discréditer le souverainisme.

Une femme travailleuse a dit lors d'une réunion de Catalunya en Comu : "Mon corps me demande de me joindre à une manifestation qui est anti PP, mais le coeur m'en empêche car ça me retourne l'estomac quand je voie Puigdemont, le dirigeant de ceux qui nous ont fait tant de mal, en prendre la tête."

Affirmer que les seules alternatives probables sont Rajoy ou Puigdemont est un abus qui permet une énorme manipulation comme le font Junts Pel Si et la CUP  aujourd'hui en Catalogne. La pluralité nationale existe déjà en Catalogne. Il en résulte que le problème national ne trouvera une solution que s'il est soutenu par les classes populaires, qui constitue la grande majorité de la population catalane. A moins que les dites classes voient qu'un tel changement leur bénéficiera, elles ne se mobiliseront pas en sa faveur. Et il est difficile qu'elles se voient en bénéficier si les dirigeants et partis politiques qui dominent ces mouvements sont de droite.

La solution des problèmes sociaux et nationaux en Catalogne et en Espagne.

Il est évident que l'énorme problème social d'Espagne et de Catalogne découle de causes communes : la grande domination de l'Etat espagnol et de la Generalitat de Catalogne par les droites, ce qui explique le sous développement social aussi bien d'Espagne que de Catalogne.

Un autre élément commun entre ces droites est que les deux sont nationalistes conservatrices mais de caractéristiques très distinctes. D'une part, le nationalisme espagnoliste (une vision uni-national qui réprime la pluri-nationalité en la présentant comme anti Espagne), qui est le plus fort et dominant, de racines impérialistes (qui a fondé l'empire espagnol), de caractère raciste ( la Fête nationale, le 12 Octobre, était initialement la Journée de la Race, célébrant la conquête d'un nouveau continent), fortement oppressif et asphyxiant.

L'autre nationalisme est le catalanisme dont il faut distinguer deux versions : l'une conservatrice et exclusive , celle de Jordi Pujol qui traitait les immigrés andalous de "charnegos", les considérant inférieurs intellectuellement. L'autre version , opposée à la première, est un sentiment identitaire solidaire, caractéristique des gauches catalanes.

Le nationalisme catalaniste a rarement été sécessionniste. En réalité, les dirigeants définis comme séparatistes, étaient fédéralistes car ils demandaient l'établissement d'un Etat catalan à l'intérieur d'une fédération républicaine, impossible de réaliser au sein de l'Etat bourbonnien. Et ce furent les gauches - comme le reconnut en son temps Jordi Pujol - qui ont défendu avec le plus de risques, le plus d'intensité, et le plus de cohérence l'identité catalane ( que certains, y compris de la gauche espagnole , confondent avec le séparatisme), aussi bien durant qu'après la dictature. Ce ne fut pas le conservateur Pujol mais le socialiste Maragall qui a mené l' "Estatut" où s'est cristallisé la reconnaissance de la Catalogne comme nation (et tout ce que cela comporte). Et ce fut le PP, le nationalisme espagnoliste, qui a mis son véto.

Le mouvement contestataire face au PP et l'Etat central est nécessaire et positive.

Il n'est pas besoin de dire que l'existence d'un mouvement contestataire face au gouvernement central est un fait très positif qu'il faut soutenir. Mais son instrumentalisation par le gouvernement Junts Pel Si, dirigé par la droite, est négative, car elle laisse de côté la majorité de la population catalane et la grande majorité des classes populaires, sans lesquelles on ne peut garantir qu'une nouvelle Catalogne soit la Catalogne progressiste et social dont on a besoin.

A l'opposition au gouvernement Rajoy, il faut ajouter l'opposition au gouvernement Puigdemont, ce qui ne veut pas dire qu'on doit les mettre sur le même pied d'égalité, comme on pourrait malicieusement l'interpréter, car Rajoy reste le principal problème.

Cela dit, il faut s'opposer à une tentative délibérée d'aggraver le conflit entre l'Espagne et la Catalogne. Il est évident que les deux nationalismes, l'Espagnoliste et le Catalaniste, ont besoin l'un de l'autre et s'alimentent mutuellement. Les dirigeants de ces nationalismes tentent de maintenir cet affrontement car il leur sera d'une grande utilité lors des prochaines élections. Leur affrontement fait partie d'une stratégie électorale pleinement réussie. Mais elle nous éloignera de la solution du problème social et national.

Pour résoudre les deux, il faut se centrer sur la question sociale pour mobiliser les classes populaires dans la tentative de résoudre le problème national. Et pour cela, un gouvernement de gauche en Catalogne, et un autre, de gauche également, en Espagne, sont essentiels.

lien article original : http://www.vnavarro.org/?p=14254

 

*Vicenç Navarro López, 80 ans. Professeur d'économie appliquée à l'Université de Barcelone, actuellement professeur de sciences politiques et sociales à l'Université Pompeu Fabra , professeur à l'Université Johns Hopkins à Baltimore. 

Quelques uns de ses ouvrages des dernières années

2000. le néolibéralisme et l'État-providence . Madrid, Ariel Económica. Mondialisation économique, pouvoir politique et État providence . Madrid, Ariel Económica.

2002. Insuffisance du bien-être, Démocratie incomplète. Ce qui n'est pas parlé dans notre pays . XXX Prix d'essai. Barcelone: ​​Anagram.

L'économie politique des inégalités sociales. Conséquences pour la santé et la qualité de vie .

2003. L'État providence en Espagne .

L'Etat providence en Catalogne .

2004. Déterminants politiques et économiques de la santé et du bien-être des populations . Baywood (avec C. Muntaner).

2006. Le sous-développement social de l'Espagne: causes et conséquences . Barcelone: ​​Anagramme.

2011. Il existe des alternatives (avec Juan Torres López et Alberto Garzón ) Editorial Sequitur & Attac Espagne.

2012. Les maîtres du monde. Les armes du terrorisme financier . Avec Juan Torres López

 

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