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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Une étape a été franchie, l’exode n’est plus massif et irrésistible comme il l’a été. Ses principales routes ont été coupées par tous les moyens disponibles, y compris lorsqu’ils sont inavouables" note François Leclerc. De son côté Cléa Favre confirme : "Plus d’une année après la fermeture de la route des Balkans, un nouveau mur qui ne dit pas son nom se construit. L’Europe rend en effet peu à peu impraticable la voie migratoire qui va de la Libye à l’Italie en passant par la mer Méditerranée. Une stratégie qui implique de négocier avec certains acteurs peu recommandables et qui aura des répercussions majeures dans la région".

Réfugiés : LE RÈGNE DE L’HYPOCRISIE

Par François Leclerc, 10  septembre 2017

Le dispositif n’étant pas étanche, les arrivées de réfugiés en Europe se poursuivent malgré tout en Espagne, et même en Roumanie qui ne fait pas partie de l’espace Schengen. Mais une étape a été franchie, l’exode n’est plus massif et irrésistible comme il l’a été. Ses principales routes ont été coupées par tous les moyens disponibles, y compris lorsqu’ils sont inavouables. Au sud de la Libye, au Tchad et au Niger, où les trafics ont été de tout temps florissants (1), des largesses financières de substitution sont distribuées aux passeurs sous couvert de programmes d’aide économique locaux.

Le temps est venu pour Emmanuel Macron de parfaire le dispositif et d’annoncer en complément une « refondation complète de notre politique d’asile et d’immigration ». Avec comme prétexte avancé que « c’est le consensus républicain autour de notre tradition d’accueil et d’asile qui est remis en cause. Les seuls gagnants sont les extrêmes ». Tout l’art résidant dans le choix avantageux des mots, il faudrait donc durcir les critères d’obtention du droit d’asile pour le sauver, au lieu de l’élargir en l’adaptant à un contexte qui a changé depuis l’adoption de l’ordonnance gaulliste de 1945 qui en a défini le cadre. Car la détresse a de multiples visages qui ne peuvent être ignorés. C’est pourtant ce qui va se passer. Les réfugiés parvenant envers et contre tout sur le territoire français ne seront toujours pas au bout de leurs épreuves. Que devront-ils bientôt prouver pour obtenir l’asile ?

Éliminant tout doute sur ses intentions, Emmanuel Macron a confié l’élaboration d’une nouvelle loi au ministre de l’intérieur Gérard Collomb, qui s’illustre à Calais et à la frontière italienne. L’objectif poursuivi semble notamment être de mettre les pratiques policières scandaleuses qui se sont installées en accord avec la légalité, et pour cela de changer la loi et non ces conduites indignes.

Qu’entend le président français quand il souhaite que la future loi se rapproche du modèle allemand ? Fin juillet dernier, il proclamait « je ne veux plus d’ici la fin de l’année avoir des hommes et des femmes dans les rues, dans les bois. Je veux partout des hébergements d’urgence. » Aujourd’hui, il déplore que « nous reconduisons beaucoup trop peu » et laissons se créer « un no man’s land administratif. »

Afin de réaliser son premier vœu, il avait déjà été entériné le principe de « l’assouplissement » de la durée maximum de la « rétention » de 45 jours et celle de la « retenue » (16 jours). Pour parler clair : leur allongement.
On notera que, faisant preuve d’une délicatesse qui les honore, dans le but légitime de ne pas heurter les consciences ni d’écorner leur image, les autorités utilisent des termes choisis : « assouplissement » pour allongement, « rétention » et « retenue » pour emprisonnement, « retour vers les pays d’origine » pour expulsion, etc…

Suivre l’exemple allemand, comme préconisé, c’est accélérer les expulsions des réfugiés qui auront été déboutés de leur demande d’asile, une fois les critères d’admissibilité rendus plus exigeants. Et non pas à les admettre en masse comme cela a été fait en Allemagne ! Le projet de loi comportera « plusieurs dispositions pour permettre d’améliorer les retours vers les pays d’origine », a-t-il donc promis.

Toutefois, devant les difficultés de l’exercice, la priorité sera d’accélérer le transfert des réfugiés vers le pays européen où ils ont été enregistrés à leur arrivée, comme le prévoient les accords de Dublin. Violés par le rétablissement de frontières intérieures de fait, comme entre la France et l’Italie, ceux-ci restent toujours formellement en vigueur, en attendant les nouvelles propositions de la Commission et leur adoption. Pendant que les réfugiés restent coincés en Italie et en Grèce, car leur répartition au sein des pays de l’espace Schengen ne fonctionne pas, comme on le sait. Un sujet qu’Emmanuel Macron s’est bien gardé d’aborder.

Mardi dernier, il recevait à l’Élysée les représentants de quatorze ONG, promettant de renouveler régulièrement l’exercice. Mais seuls l’environnement et le développement étaient malencontreusement à l’ordre du jour. Nicolas Hulot et Jean-Yves le Drian y participaient, mais pas Gérard Collomb ! Un prochain rendez-vous sera-t-il consacré aux réfugiés ?

NOTE

(1) Lire le reportage de Jérôme Tubiana dans Foreign affairs (en Anglais)

 

Source : pauljorion.com

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Bruxelles érige un «mur» en Méditerranée

Par Cléa Favre, 14 août 2017

Après la route des Balkans en mars de l’année dernière, l’Europe ferme l’accès aux migrants par la Grande Bleue.

Plus d’une année après la fermeture de la route des Balkans, un nouveau mur qui ne dit pas son nom se construit. L’Europe rend en effet peu à peu impraticable la voie migratoire qui va de la Libye à l’Italie en passant par la mer Méditerranée. Une stratégie qui implique de négocier avec certains acteurs peu recommandables et qui aura des répercussions majeures dans la région.

COMMENT CE BARRAGE SE CONCRÉTISE-T-IL? Fin octobre 2016 déjà, Bruxelles a commencé à former des gardes-côtes libyens. Début juillet, la Commission européenne a encore approfondi cette coopération en adoptant un plan d’action visant à allouer 46 millions d’euros à Tripoli. De son côté, l’Italie a également conclu un accord bilatéral avec la Libye «contre l’immigration illégale et le trafic d’êtres humains» pour soutenir financièrement les gardes-côtes. Toujours appuyée par ses partenaires européens, Rome a en parallèle cherché à compliquer le travail des ONG organisant une partie des sauvetages en Méditerranée. Elle a édicté à leur adresse un «code de conduite», suite à des accusations de collusion avec les passeurs. Le gouvernement italien s’est enfin félicité de la décision de Tripoli intervenue la semaine dernière. À savoir la création au large de ses côtes d’une zone de recherche et de sauvetage interdite sans autorisation aux navires étrangers, et en particulier aux ONG. L’ensemble de ces manœuvres vise à empêcher les bateaux de migrants de franchir les eaux libyennes et intercepter les candidats à l’exil à temps pour les reconduire à leur point d’origine.

POURQUOI FERMER  LA ROUTE DE LA MÉDITERRANÉE? En première ligne aux frontières extérieures de l’Union européenne, l’Italie a appelé à de multiples reprises à la solidarité des autres États membres. Sans guère de succès. «Ces dernières semaines, son exaspération est montée d’un cran», explique François Gemenne, chercheur spécialiste des migrations à l’Université de Liège. «Elle a tapé du poing sur la table et a proféré des menaces de plus en plus inquiétantes pour Bruxelles, comme fermer ses ports aux migrants.» Ce sont ces tensions qui ont poussé l’Europe à réagir. Vincent Chetail, directeur du Centre des migrations globales, ajoute que cette réponse vise à satisfaire une demande supposée de l’opinion publique. «La migration est victime d’un débat politique totalement toxique. Les États prennent des décisions basées sur un biais: ils supposent que la population s’oppose à toute migration. Or la réalité est bien plus contrastée.»(...)

Texte intégral : Le matin du soir

Migrations vers l'Europe. Les principales routes sont coupées.

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