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Publié par Saoudi Abdelaziz

Aissa Manseur, expert agronome. Photo DR

Aissa Manseur, expert agronome. Photo DR

16 septembre 2017. Maghreb Emergent

Le plan d’action du nouveau gouvernement  a été plus  ‘’généreux’’ avec l’agriculture que le modèle de croissance économique version Tebboune. Il lui consacre deux pages entières ! Plusieurs aspects ont été abordés, des aspects déjà mentionnée dans les divers programmes de développement agricole conçus par les ministres de l’agriculture qui se sont succédé ces dernière années sans pour autant qu’ils soient satisfaits.

Ainsi le plan d’action du nouveau gouvernement exhume une politique agricole déjà entreprise, une politique pour laquelle il faut donner un nouveau souffle, un nouveau sang et une application correcte et rigoureuse, la volonté politique en est pour beaucoup ! Le plan d’action du gouvernement consacre la poursuite du développement agricole, rural et halieutique. Ainsi dans le domaine agricole, le gouvernement abordera plusieurs aspects, à mettre en œuvre et à développer

Le maintien de l’ensemble du programme de soutien à l’agriculture mis en place par le Chef de l’Etat en 2009  

 Ce programme de soutien a été élaboré pendant l’embellie financière qu’a connue notre pays en cette période, pouvons-nous le réaliser actuellement avec le déficit budgétaire enregistré depuis la chute des prix du baril ? Même si c’est le cas on ne pourra pas continuer à soutenir l’agriculture de façon anarchique. Il est primordial de changer la forme du soutien.

Le soutien massif et aléatoire a montré ses limites, on a tout soutenu et n’importe comment ! Il est temps de se focaliser sur la formation, assurer des sessions de formation technique pour les  personnes éligibles au soutien.

 L’extension des surfaces agricoles irriguées pour les porter à un million d’hectares

 Je ne sais pas s’il s’agit d’une mauvaise compréhension ou d’une confusion ? En réalité le programme table sur un million d’ha de terres irriguées supplémentaires pour les porter à 2 millions à l’horizon 2019.

Le programme date de 2013, le Ministère des Ressources en Eau été chargé d’équiper 376 000 ha, seulement 66.500 ha ont été livrés (entre 2013 à 2016), de sa part le  Ministère de l’Agriculture du Développement rural et de la Pèche a été chargé d’équiper 624 000 ha et n’a pu livrer que 79.500, l’extension des surfaces irriguées n’a été que de 146 000 ha soit 15% de l’objectif tracé,

le retard enregistré dans la réalisation du programme est du, selon les responsables, aux problèmes de financement  liées aux restrictions budgétaires, avec cette cadence l’objectif ne sera pas atteint de sitôt ! 

La poursuite du développement de l’agriculture saharienne par la création de nouveaux périmètres de mise en valeur

La mise en valeur dans le milieu saharien et la steppe a été consacrée par la loi 18/83 relative à l’accession à la propriété  foncière agricole, c’est une opération qui date depuis plus de 30 ans et les résultats restent toujours à désirer ! Plusieurs périmètres ont été abandonnés, la majorité des projets de mise en valeur n’ont pas été réalisés et les superficies non travaillées n’ont pas été restituées conformément à la loi soit  5 ans après attribution et non réalisation du projet.

Durant la période des grandes attributions APFA entre 1985 et 1989, l’État a dépensé près de 350 millions de dinars et La Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR) a accordé aux agriculteurs plus de 7 milliards de  dinars au cours de la même période.

Jusqu’à 2004, la grande mise en valeur dans les wilayas d’Adrar et Tamanrasset a programmé une superficie totale de 280 502 ha, la superficie attribuée n’a pas excédé 64 423 ha soit 23%, la superficie mise en valeur était inférieure à celle attribuée, les terres cultivées ne représentaient que 6 % en 2003 et 4,5 % en 2005 de la superficie totale attribuée.

Le différentiel mesuré entre superficies programmées et réellement cultivées donne un aperçu des limites et des insuffisances de ce projet de développement

Il est indispensable de procéder à un audit sérieux pour déceler les problèmes qui empêchent le bon déroulement de la mise en valeur dans le sud et son échec avant la création de nouveaux périmètres. 

La mise en valeur des fermes pilotes par le biais de leur concession à des investisseurs sur la base de cahiers des charges  

 L’attribution des fermes pilotes telle qu’elle était rendue publique par les organes de presse montre des irrégularités, la plus part de ces fermes ont été concédées à des personnes qui n’ont aucune relation avec l’agriculture, l’opération étant gelée par l’ex Premier ministre en attendant la suite des événements.  

Les fermes pilotes doivent être concédées à des personnes qui peuvent vraiment apporter un plus, des personnes qui ont le savoir-faire et la volonté de produire, des personnes qui ne peuvent détourner ces concessions à des activités hors agriculture. Le ‘’statut social ‘’ de l’acquéreur n’as aucune importance.

Des Ingénieurs en Agronomie et autres spécialistes dans le domaine trouvent toutes les peines du mode à avoir des terrains agricoles pour exercer ‘’ leur passion ‘’, ces amoureux de la terre étaient contraints de louer des terrains pour y investir. Il est temps de considérer ces compétences, de leur donner une chance et les intégrer dans les divers programmes de développement agricole.    

La mobilisation de partenariats entre des investisseurs nationaux et étrangers pour le développement d’une agriculture intensive et moderne, dans les domaines animal et végétal, notamment dans le sud du pays et les hauts plateaux ;

 Cela confirme l’option de création des mégaprojets agricoles dans le sud avec des partenaires étrangers, déjà entreprise, avec tous les risques et périls pouvant affecter l’agriculture paysanne, les petits exploitants agricoles et les petits éleveurs, je pense que cette option ne peut apporter le développement souhaité à notre agriculture, au contraire elle peut nuire considérablement à la composante actuelle du secteur agricole. Je veux bien être optimiste comme certains personnes qui défendent bec et angle cette nouvelle approche qui instaure l’agrobusiness dans le sud du pays, mais l’échec des  expériences antérieures dans d’autres pays et même dans le nôtre (cas de la CAAS de Adrar) m’empêche de l’être et enfonce ma conviction quand à l’échec, à long terme de ces projets !

Le développement de notre agriculture ne pourra jamais se faire sans nos petits exploitants et nos petits éleveurs pour lesquels  on doit porter une intention particulière, les former en leurs donnant des outils techniques, les soutenir et les accompagner. 

 Le renforcement de la protection sanitaire et phytosanitaire, le développement de la mécanisation agricole, ainsi que le développement et l’utilisation de semences à haut potentiel productif. 

 Pour le renforcement de la protection sanitaire et phytosanitaire, ainsi que le développement et l’utilisation de semences à haut potentiel productif , il existe déjà des instituts techniques qui doivent se charger de cet aspect, ces instituts qui ont été transformés, au fil des ans, a des organismes administratifs par excellences, les compétences techniques dont recèlent ces instituts sont réduits également a un personnel administratif  par manque de moyen et par manque de motivation.

Le développement de la mécanisation agricole est primordial pour le développement du secteur tout entier, l’acquisition du matériel et équipements agricoles est très coûteuse, les petites exploitations qui dominent le paysage agricole algérien ne peuvent s’équiper en matériels nécessaires à l’exercice des différentes activités agricoles,

la solution ne peut être qu’a travers l’encouragement , par des mesures incitatifs, à la création de sociétés de prestation de service, des société qui louent le matériel agricole pour les exploitants, ces sociétés doivent avoir une répartition géographique selon la production dominante des différentes régions, pour un exploitant, il n’est pas nécessaire d’avoir tout le matériel,  mais de pouvoir le trouver même en location, au moment voulu.

Développement des industries agro-alimentaires à l’effet d’assurer en aval un marché plus large pour la production agricole en croissance continue, et cela par la transformation, et par la promotion des exportations. 

 Il est incompréhensible de voir les pouvoirs publics faire la sourde oreille quand à la création des agropoles à l’instar de ce qui se réalise chez nos voisins, les agropoles peuvent être un moyen efficace de développement des filières agricoles. C’est un espace dans lequel se réalisent toutes les opérations afférentes à une filière donnée, d’opérations en amont et en aval du processus de production telles que la commercialisation, le stockage, le conditionnement et même l’exportation. Ces espaces peuvent être crées, viabilisés par les pouvoirs publics et concédés à des investisseurs avec des mesures incitatives.

Au lieu de penser à créer un pôle agroalimentaire dans une zone donnée, il est peut être plus judicieux de créer des agropoles dans les zones potentielles de production agricole.

 Appui au renforcement des capacités de stockage y compris celles en froid, ainsi qu’à la modernisation et à l’extension des unités d’abattage. 

 Un tissus important d’unités de stockage sous froid à été réalisé au cours de l’application du plan national du développement de l’agriculture financé par le FNRDA (Fonds national de régulation et de développement agricole)  puis par le  FNDIA (Fonds national de développement de l’investissement agricole), ces chambres froides ont étés réalisées dans le but de régulation du marché par le renforcement de l’offre de différents produits durant les périodes de pénurie, d’ailleurs c’est au tour de ces unités de stockage qu’a été crée le SYRPALAC (système de régulation de la production agricole de large consommation).

Malheureusement ces entrepôts de stockage frigorifiques financés par le soutien de l’Etat, n’ont pas joué le rôle souhaité, devenus un outil de stockage entre les mains  des spéculateurs qui ont investi les marchés de produits agricoles et agissent comme bon leurs semble ! L’anarchie indescriptible qui règne dans nos marchés en est la meilleure preuve. En l’absence de contrôle et de rigueur, il est inutile de renforcer ces capacités.  

Les capacités de stockage des céréales (silos) font également défaut, les infrastructures existantes ne répondent pas aux exigences techniques requises pour un stockage adéquat, une bonne partie des céréales (jusqu’à 20%) se perd grâce aux mauvaises conditions de stockage, le développement de la filière céréales doit être accompagné impérativement par celui des silos de stockage  

Concernant les unités d’abattage, trois grands abattoirs industriels ont été inscrit pour réalisation dans trois régions différentes ( Hassi Bahbah dans la wilaya de Djelfa, Bougtob dans la wilaya d’El Bayadh et Ain M’lila dans la wilaya de Oum Bouag)  et ce pour améliorer la régulation en matière de viandes rouges, le premier a couté au trésor public  900 millions de dinars avec une capacité annuelle  de 168 000 t  de viandes rouges, a été réceptionné en 2014, mais n’a pas encore fonctionné jusqu’à présent d’ailleurs c’est  ce qui a fait ‘’ énervé ‘’le Ministre de l’Agriculture dans sa dernière visite a Djelfa, les (03) trois complexes programmée depuis 2010 et ne sont pas encore en activité.

 Il faut rendre opérationnels  les unités déjà réalisées avant de penser à leurs extensions !

Les filières stratégiques (lait, céréales, pomme de terre, tomate industrielle, légumes secs…) continueront elles aussi de faire l’objet d’un soutien et d’un suivi par le Gouvernement.  

 A quoi sert de soutenir l’acquisition des équipements d’irrigation pour les céréales si les agriculteurs ne respectent pas l’itinéraire technique des cultures ?

A quoi sert de soutenir l’acquisition des génisses et les équipements de traite pour les éleveurs qui ignorent les techniques d’élevage notamment le bien être et le confort de la vache laitière afin qu’elle puisse ‘’mettre en valeur ’’ toutes ses capacités productives ?

Pour ces deux filières stratégiques dont l’importation alourdi la facture alimentaire du pays, il est impératifs de procéder a des cessions de formation techniques avant de ‘’déclencher ‘’ le soutien, les résultats seront nettement plus meilleurs avec cette façon et à court terme on peut réduire les importations de ces produits pour arriver à Zéro importation a moyen terme

Le ministère de l’Agriculture a déjà projeté le ‘’zéro’’ importation pour la poudre de lait et le blé dur en 2019, c’est de l’utopie !

 Et les statistiques agricoles ?

 C’est tout le monde qui est conscient  de la défaillance du système des statistiques notamment agricoles, système vétuste, traditionnel et inefficace, mais personne ne pense à le perfectionner et le rendre un outil indispensable et nécessaire pour l’élaboration des programme de développement, en l’absence de ces données pouvons nous redresser la situation et apporter des correctifs a des programmes déjà lancés mais qui peinent a être réalisés ? Notre problème c’est de lancer des projets et les clôturer quelque soit le résultat sans pour autant établir des bilans corrects et les bilans corrects ne peuvent se faire qu’avec des chiffres corrects ! Le manque n’est pas dans l’élaboration des programmes mais dans l’inefficacité à les réaliser

Sans être ‘’ pessimiste’’ je dirai qu’il reste beaucoup à faire pour mettre à niveau notre agriculture !

 

 Référence

Bilan spatialisé de la mise en valeur agricole au Sahara algérien

Mythes, réalisations et impacts dans le Touat-Gourara-Tidikelt

Revue européenne de géographie   2013

Source : Maghreb Emergent

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