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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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29 septembre 2017

Chronique de mauvaise humeur cette semaine dans El Watan. El Kadi Ihsane en mode éruptif devant l’affirmation de Ahmed Ouyahia « l’économie algérienne est diversifiée ».

Les réponses du premier ministre aux députés au sujet de son programme d’action ont été une occasion d’isoler le gène responsable de l’entropie algérienne.

(...)

Ahmed Ouyahia vit dans le temps de ses exposés à l’école nationale d’administration. Son univers mental a manqué quatre décennies de mise à jour. Pendant lesquelles les compartiments domestique-monde se sont dilués  à très vive allure. Une filière d’activité qui ne peut rien exporter ne diversifie rien du tout. Elle gagne du temps. Tout comme le gouvernement algérien. La substitution à l’importation est un sas intermédiaire qui nulle part dans le monde, depuis l’accélération de la globalisation il y’a trente ans,  n’a construit une performance économique décisif.

Si une filière d’activité peut résister durablement sur son marché domestique à la concurrence mondiale, après la fin des aides et des protections publiques, c’est qu’elle a le potentiel pour aller conquérir une part de marché à l’extérieur.  Il n’y a donc d’économie diversifiée qu’économie dont les exportations sont diversifiées. Cette structure « sophistiquée » des exportations témoigne en arrière plan de tous le reste : compétitivité industrielle, efficacité des services financiers, niveau des infrastructures, qualité de la formation.

Ahmed Ouyahia n’en est pas à sa première sortie archéologique sur un thème contemporain. En 2008, voulant critiquer les assises de l’industrie organisées par Abdelhamid Temmar – le ministre « libéral » égaré dans le suivisme politique du président Bouteflika – Ahmed Ouyahia avait affirmé que le choix des activités à prioriser dans la stratégie de l’Etat ne nécessitait pas une telle prise de tète, et qu’il était simple : « celles qui ont un plan de charge ». Neuf années plus tard le premier ministre algérien n’est pas sorti de l’économie municipale.

Substitution aux importations même dans le tourisme

Les Algériens le savent. Il n’y aura donc pas d’avancées significatives vers la diversification des exportations sous le gouvernement Ouyahia. Une illustration supplémentaire ? Le tourisme. Le premier ministre reconnaît du bout des lèvres le potentiel de ce secteur pour qu’il devienne «peut être dans le futur »,  le poste de revenus en devises de rechange pour le pays. Mais aussitôt il se heurte à son plafond de compétence pour retomber dans la pensée domestique qui borne son horizon.

L’Algérie a opéré un spectaculaire rattrapage dans les infrastructures hôtelières depuis dix ans. Les chantiers ouverts dans la filière demeurent importants. « Mais cela ne suffit pas » reconnaît Ouyahia. Il y’a aussi le management de l’activité. Pour la rendre utile au pays. Et  là il attaque les agences de voyage qui ont le tort d’emmener les Algériens à l’étranger et de ne pas ramener d’étrangers en Algérie.  Le premier ministre ne dit pas un mot sur les politiques publiques qui construisent une grande destination touristique en dix ans. Au dessus du plafond.

Exportation de services par l’attraction de millions de touristes étrangers ?  Trop complexe. Plus simple de faire de la substitution aux importations  de services en taxant fortement les sorties à l’étranger des algériens. Economie de devises et captation de marché. Par l’autorité administrative.

Ahmed Ouyahia a déboulé en politique en ponctionnant les fonctionnaires en 1996.  21 ans plus tard, il n’a pas changé sa vision de l’action publique. Il n’a pas appris à créer de la richesse en interaction avec le monde. Il sait ponctionner celle de ses concitoyens avec le sentiment qu’au fond c’est à lui et à la rente pétrolière souveraine qu’il la doive.

Le paradigme du pouvoir politique algérien n’est pas différent de celui de son premier ministre. Il est soudé sous un sarcophage idéologique fissuré, pour retarder l’ouverture sur la dangerosité du monde.  Lorsqu’on a construit 30 000 nouveaux lits en moins de dix ans dans l’hôtellerie et qu’on en attend 70 000 autres dans les cinq prochaines années on lance une politique de destination comme celle de l’Azerbaïdjan, une économie pétrolière qui veut se diversifier. Et dans ce cas on ne taxe pas ses citoyens qui veulent voyager, on rend gratuit un visa, délivrable en 5 jours aux étrangers qui veulent visiter l’Algérie.

« Cinéma » industrie à huis clos

Le ministre de la culture a laissé entendre plus d’une fois qu’il était favorable à la mise en concession des salles de cinéma gérées par les APC dans les grandes villes d’Algérie. Les bonnes intentions de Azzedine Mihoubi commencent à dater.  Sans effets. Une nouvelle génération de films algériens, fruit de coproductions internationales, arrive en phase d’exploitation en salle.  Elles ne trouvent pas de réseau de distribution domestique en Algérie. Salles détenues par les APC et pour la plupart fermées. Une trappe à valeur ajoutée. Confortée par la gestion décennale hyper étatiste de Khalida Toumi (plafond de compétence) qui a empêché l’émergence d’un réseau de multiplex lié à celle des hypermarchés. Les Algériens ne dépensent pas assez en loisirs et cultures. Circulez, rien à taxer.

Le lancement jeudi dernier à la salle Ibn Zeydoun à Alger du long métrage de Karim Moussaoui,  « en attendant les hirondelles »,  repose la question de  la filière distribution de l’industrie du film en Algérie. Celui là tient la promesse de réconcilier la production algérienne avec son univers intime. Mais pas de salles pour faire carrière. Qui est responsable ?  Le logiciel de l’économie municipale. Il fait tourner les salles de cinéma fermées et le palais du gouvernement bétonné.

 

 

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