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Publié par Saoudi Abdelaziz

La fausse Révolution verte sera-t-elle imposée à l'Algérie?

«Le ministère de l’Agriculture favorise des projets qui vont à l’encontre de l’agriculture équilibrée et réfléchie" affirme ce matin le chercheur Ferhat Aït Ali à propos du soutien apporté par l’Etat aux méga projets pour l’exploitation dans le sud du pays d’une surface de 600 000 hectares. Ce projet s'inspire de toute évidence de la Révolution Verte qui a eu son heure de gloire  en 1970 lorsque Norman Borlaug baptisé "père de la révolution verte" reçut Le prix Nobel de la paix. Il avait mis au point une nouvelle semence de blé encourageant l'utilisation de pesticides et d'engrais azotés à forte dose et d'engrais azotés. Sur la photo s'affiche la connivence entre la recherche scientifique et les multinationales.

 "D'autres voies peuvent nourrir le monde"

C'est sous titre que 40 ans après l'attribution de ce Prix Nobel, Stéphane Hessel et Robert Lion, administrateur et président d'Agrisud dresse un bilan dans une tribune publiée dans Le Monde.fr. "Stoppons le productivisme agricole" s'écrient-ils.

"Et voici qu'on veut lancer, à grande échelle, la nouvelle révolution verte. Nous crions : casse-cou !(...) La FAO reconnaît l'échec : "Nous sommes maintenant conscients d'avoir payé cher le gain de productivité dû à la révolution verte." Sur le plan des capacités agricoles et après quarante années d'"une agriculture qui ne peut produire sans détruire". (...) Alors, une nouvelle révolution, surfant sur la croissance verte, nouveau mot d'ordre pour l'économie mondiale, ça sonne bien, mais de quoi parle-t-on ?

Un greenwashing de façade avec, dans les faits, la même domination des grandes industries amplifierait la catastrophe : écoulement forcé des semences transgéniques et des intrants chimiques - tant que le pétrole est là ! -, diffusion de modèles alimentaires insoutenables, déshumanisation de l'agriculture, épuisement des sols.

Le poids des bailleurs de fonds publics s'affaiblit, faute d'argent. Des fondations prennent la relève, animées par des esprits généreux, tels Kofi Annan ou Bill Gates. Malheureusement, ces fondations affichent leurs complicités avec les multinationales de l'agrochimie... Messieurs les grands mécènes, ouvrez les yeux, cassez ces alliances !"

Vous le savez bien : d'autres voies peuvent nourrir le monde. Elles ne sont pas révolutionnaires : elles marquent le retour à des modèles de bon sens, dont, sans appel au pétrole ni aux OGM, on sait aujourd'hui augmenter les rendements.

Agroforesterie, agroécologie ou agriculture biologique, schémas culturaux diversifiés, refus de la standardisation planétaire des produits, association - comme jadis - de la culture et de l'élevage, soutien de l'agriculture bocagère et des exploitations à taille humaine, appel aux savoirs et aux traditions, maintien de l'emploi agricole dans les zones rurales, respect des terroirs et de la diversité.(...)

Halte au feu ! Ce feu mortifère que stimulent les multinationales avides de débouchés. Comme le dit Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, "l'agroécologie peut mieux garantir la sécurité alimentaire du monde sur le long terme". Il faut aller vite en ce sens, sans attendre que l'épuisement du pétrole ne nous force, de toute manière, à revenir à la raison".

Vandana Shiva : "L’agrochimie sème la guerre"

Vous avez déclaré, en présence de Pierre Rhabi, que certains conflits — notamment en Syrie — sont à envisager sous l’angle de la souveraineté alimentaire, retirée aux peuples et les rendant dès lors plus fragiles…

Vandana Shiva … Tout à fait. C’est le cas, comme dans toute la zone du lac Tchad. C’est ce que nous avons montré dans notre manifeste Terra Viva, disponible sur notre site. Partout, on peut voir l’éruption de conflits suite au lancement d’une « révolution verte » [politique de transformation productiviste des agricultures des pays en « développement », ndlr] — à l’image de ce qui est arrivé dans le Penjab, projet pilote en Inde3.

Les graines de ces conflits ont été semées par ces politiques agricoles : il est plus confortable de les présenter en convoquant l’incapacité des agriculteurs à gagner leur vie ou en repeignant le tout en affrontements religieux.

C’est ce qui s’est passé au Penjab : alors qu’il s’agissait de luttes de paysans, elles ont été dépeintes comme le fruit de l’extrémisme sikh. Jusqu’à l’invasion du Temple d’or d’Amritsar… Dans l’histoire qui nous était décrite, on remplaçait la critique d’un modèle, qui n’est effectivement pas soutenable, en un problème que l’on disait religieux. La même chose est arrivée au Nigéria et en Syrie. Au Nigéria, le lac Tchad, d’une surface de 22 000 km², a vu ses eaux détournées afin d’irriguer le modèle de production intensive imposé par la Révolution verte, tourné vers l’export et le profit. 80 % des eaux n’allaient plus dans le lac ; il a donc séché, telle la mer d’Aral, à cause du coton. Ce modèle d’agriculture chimique intensive tournée vers le profit implique une sur-consommation qui assèche les ressources en eau, et génère des conflits.

Ce modèle de culture provoque d’autres problèmes, en particulier lorsqu’il existe un intérêt global. L’agrochimie sème la guerre : l’industrie militaire a encore beaucoup à gagner, financièrement, à transformer chaque conflit en guerre. Elle participe à la perpétuation de deux types de guerre. La première est la guerre du génétiquement modifié, qui passe par l’agrochimie — elle désertifie les sols, épuise les ressources en eau et détruit les moyens de subsistance. Et lorsque les conflits commencent, elle vend des armes à nouveau.

C’est ce qui s’est passé en Syrie. Le pays a été obligé de pratiquer le même type d’agriculture que celle qui détruit le Penjab. Les paysans n’étaient même pas autorisés à utiliser les variétés locales d’herbes ! Ils devaient utiliser celles instaurées par la Révolution verte. Le Centre international pour la recherche sur l’agriculture en zone sèche, un espace de stockage de semences basé près d’Alep, a été bombardé. Mes amis qui y travaillaient m’ont dit qu’ils n’avaient pas le droit de distribuer les semences indigènes ! Les industriels se sont accaparés les semences des fermiers pour donner, en retour, des variétés pleines de parasites qui demandaient des produits chimiques et beaucoup d’eau. Celle-ci a manqué lors de la sécheresse extrême en 2009 : des millions de paysans sont allés vers les villes et… ce fut la base du conflit.

Tous attendaient en coulisses pour transformer la situation en une nouvelle guerre. Ils ont commencé à parler des sunnites contre les chiites… Rappelons qu’il n’y avait pas de conflit entre ces derniers avant que les Britanniques ne le créent en Inde, de manière à diviser pour mieux régner, après la rébellion indienne de 1857.

Mais n’y avait-il pas aussi des conflits culturels, politiques, idéologiques ?

Si, bien sûr, mais les gens ne s’entretuaient pas. Si vous prenez par exemple les confiscations de terre, qui constituent un gigantesque problème à l’heure actuelle, cela ressemble à une guerre contre les peuples et la terre. Nous vivons dans une guerre qui prend des formes diverses. Le colonialisme a commencé comme une guerre, tristement, et l’économie capitaliste dont il a accouché est une économie de la domination. C’est très clair pour nous : la Compagnie des Indes orientales a été créée comme une société dont le but était d’envahir l’Inde par la violence. Nous ne sommes dès lors pas mystifiés par ces sociétés multinationales, ni par leur origines. Nous savons qu’elles viennent pour se saisir de nos ressources, pour détruire nos économies, pour nous voler notre commerce et nous commander. Texte intégral : Ballast.fr

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