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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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Par Mhamed Mestiri, 6 Septembre 2017

La Tunisie est encore une fois absente du classement de Shanghai de 2017. Il s’agit d’un répertoire des 500 meilleures universités dans le monde qui parait chaque année mi-août. En cette période de rentrée, cet indicateur nous invite à penser les symptômes et les causes de la crise de l’université tunisienne.

Depuis l’année 2003 et l’apparition du Shanghai Ranking, aucune université tunisienne n’a réussi à se classer parmi les 500 meilleures universités au monde, contrairement à leurs homologues sud-africaines ou égyptiennes.

Ce classement prend en compte des critères qui s’articulent principalement autour de la recherche scientifique (nombre de publications, nombre de citations dans les publications, nombre de prix scientifiques…), et c’est là que le bât blesse. La Tunisie accuse un retard flagrant dans ce domaine, car aucun des gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays n’en a fait une priorité.

Exode des universitaires et austérité

Aujourd’hui, les universités tunisiennes sont en manque d’effectifs. Le nombre d’enseignants-chercheurs qui quittent le pays prend des proportions inquiétantes.

Selon le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Slim Khalbous, près de 1800 universitaires ont quitté la Tunisie au cours des trois dernières années pour s’installer dans les pays du golfe.

Structures de recherche vétustes et sous-équipées, manque de financement des programmes de recherche, salaires peu compétitifs dans un marché de travail mondialisé, absence de valorisation des travaux de recherche… Les autorités tunisiennes ont de plus en plus de mal à retenir les compétences face à la dégradation des conditions de travail. Leur exode affecte indéniablement le nombre de publications scientifiques.

Si en Tunisie les dépenses en recherche et développement peinent à atteindre 0,64% du PIB, la moyenne des pays de l’OCDE se situe à 2,38%. A titre de comparaison, le budget alloué à l’ensemble des structures de recherche scientifiques du pays (314 laboratoires, 324 unités de recherche, 40 centres, et 37 écoles doctorales) n’a pas dépassé les 90 millions de dinars en 2017, un montant comparable aux investissements effectués pour un seul grand centre de recherche en occident ou dans les pays du Golfe.

La détérioration de la qualité de l’enseignement

Pour acheter la paix sociale, le régime Ben Ali avait transformé les universités tunisiennes en fabrique à diplômés, au détriment des besoins du tissu économique du pays. Conséquence : le nombre de chômeurs-diplômés de l’enseignement supérieur a presque quadruplé en l’espace de de 12 ans, passant de 71.200 à 259.600 entre 2006 et 2017. Quant à la qualité de l’enseignement, hormis les programmes qui peinent à se développer en conformité aux récentes avancées technologiques et scientifiques, il y a une détérioration évidente des capacités de communication et de rédaction des candidats à l’emploi.  Une récente enquête sur la situation des entreprises allemandes en Tunisie révèle que le manque de personnel qualifié constitue l’un des cinq principaux handicaps de la Tunisie.

Symptôme de cette politique du diplôme au rabais, le grade d’ingénieur n’est plus réservé à une élite qui s’acharne au travail pour obtenir les meilleurs scores dans les écoles d’ingénieurs, il est désormais simplement tributaire d’un cursus dans une école privée. Peu importe si ces écoles échappent au contrôle du ministère de l’Enseignement.

Le dernier ministre qui a tenté de sanctionner celles qui n’ont pas respecté le cahier des charges établi par le ministère, s’est retrouvé au cœur d’une cabale médiatique avant de subir une motion de censure de la part d’une trentaine de députés Nidaa Tounes, sous la pression de l’UTICA. Le corporatisme et la collusion entre le monde des affaires et la politique ont finalement obtenu gain de cause au détriment de l’excellence académique. Jusqu’à ce jour, les infractions subsistent au sein des établissements privés, le directeur général de l’enseignement supérieur, Mahmoud Zouari, l’a récemment rappelé :

« parmi les problèmes relevés dans le secteur figurent notamment la difficulté d’évaluer la qualité de la formation et sa conformité avec les programmes approuvés en plus de la nécessité de réexaminer l’encadrement des étudiants en raison du manque de cadre enseignant ».

Cette absence dans le classement de Shanghai n’est que le reflet des politiques qui ont été menées en termes d’enseignement universitaire et de recherche scientifique. Si, depuis son indépendance, la Tunisie a été forcée de miser sur son capital humain, les efforts nationaux ont davantage été axés sur l’enseignement de base et l’enseignement secondaire. Pour les étudiants tunisiens comme pour leurs parents, partir étudier à l’étranger a toujours constitué l’option de choix, que ce soit pour ceux qui peuvent se le permettre ou pour ceux qui tentent de décrocher une bourse.

Source : Nawaat.org

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