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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Ouyahia vient de nous installer dans la vraie communication de crise, la vraie communication de mobilisation", annonce le journal du pouvoir l'Expression. Le large débat pour engager la démarche consensuelle nouvelle  exigée par la situation est remplacé par des techniques de communication pour faire passer la pilule de l'austérité. Scénario.

Séquence n°1. Ouyahia annonce la catastrophe. Il lâche une petite phrase devant les chefs de partis : "On n'avait pas de quoi payer les salaires du mois de novembre prochain". Cette information sensée être confidentielle est reprise dans Le Soir d'Algérie, qui semble en voie de ravir à l'Expression la primeur des flashs venant d'en haut. La confidence du Premier ministre fait immédiatement la une des médias. "Une telle déclaration, rapportée certes sous le sceau de la confidence, a valeur d’une bombe" commente El Watan ( "Ça passe ou ça casse !" )

Séquence N°2. N'ayez pas peur les enfants. Le lendemain de la bombe, Ouyahia déclare solennellement  : «J’adresse aux Algériens un message d’espoir et de sérénité politique reposant sur des bases réalistes que nous aurons l’occasion d’expliquer ultérieurement».

Séquence N° 3. Les "bases réalistes ultérieures".

Rien de décisif n'a encore été annoncé. La menace vise principalement le pouvoir d'achat populaire. Car, les patrons un temps menacé d'être mis à contribution sont satisfaits du programme Ouyahia. Ali Haddad et les chefs des organisations patronales ont même signé une déclaration où ils " s'engagent à faire preuve de solidarité dans leurs démarches et à coordonner leurs actions avec le gouvernement pour garantir l'avancement des réformes, facteur décisif de la promotion et la concertation, instaurées par Monsieur le président».(Ouyahia obtient son chèque à blanc)

Le reste de la population, en particulier les salariés, les retraités, les jeunes diplômés chômeurs, sera sans doute obligée de "faire masse" pour défendre efficacement ses droits. Devant ce risque potentiel,  il faut s'attendre à une série de reprises en boucle des séquences 1 et 2 pour endormir la combativité et attendrir la viande des victimes de l'austérité annoncée.

De Churchill à Ouyahia.

Cette démarche de communication alternant annonce catastrophique et pommade antalgique est résumée dans l'éditorial du quotidien l'Expression intitulé De Churchill à Ouyahia. Pour cette comparaison historique audacieuse, Fattani sera félicité par qui de droit.

"Prenant ses fonctions de Premier ministre, le 13 mai 1940, Winston Churchill use de son art dévastateur et de son redoutable génie de la rhétorique pour mobiliser le peuple britannique face à «la peste nazie». Dans son discours, resté célèbre, prononcé devant les députés, il a asséné cette foudroyante formule: «Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur.» (...) Plus de soixante-dix ans plus tard, nous voilà à peu près dans la même problématique, celle qui consiste à user de l'éloquence des mots pour mobiliser une population, même si le contexte est totalement différent. Sollicitant la magie des mots, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a opté pour un triptyque fait d'espoir, de sérénité et de réalisme..."

Le vieil artisan Zouhir Mebarki  y trouve le filon des futurs ouvrages éditoriaux  : "Par son triptyque, Ouyahia vient de nous installer dans la vraie communication de crise, la vraie communication de mobilisation. un chantier est désormais ouvert. il lui faut ses artisans et ses orfèvres".

 

 

 

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