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Publié par Saoudi Abdelaziz

Chafaâ Bouaiche, chef du groupe parlementaire du FFS. Photo DR

Chafaâ Bouaiche, chef du groupe parlementaire du FFS. Photo DR

"L’insistance sur le fait que tous les plans d’actions des gouvernements appliquent le programme du président, même si les mesures sont changeantes ainsi que les méthodes et les Premiers-ministres, fait du président l’homme unique à posséder des solutions magiques. Le plus étonnant est que la même vision simpliste de la crise multidimensionnelle se retrouve chez ceux qui réclament seulement le départ du président comme solution magique à la crise.

Intervention de Chafaa Bouaiche, chef du groupe parlementaire du FFS au sujet du plan d’action du gouvernement Ouyahia.

Alger  19 septembre 2017

Azul Fellawen, Salam Aleikoum

Notre débat sur le plan d’action du gouvernement coïncide avec la date anniversaire du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne), victime d’un coup d’État et aussi avec l’anniversaire du FFS, le premier avait contribué à la libération du pays, le second à engager le combat pour la démocratie et le pluralisme en Algérie.

Cela fait cinquante quatre ans que les martyrs du FFS et ses moudjahidines attendent la reconnaissance. Nous ferons, pour la seconde fois, une proposition de loi et nous espérons que le bureau de l’assemblée ne le refusera pas, comme il l’a déjà fait.

Au lieu de cela, nous avons reçu des informations sur la candidature aux prochaines élections locales sur une liste d’un des partis du pouvoir, de Abdelmalek Amellou, le truand qui a assassiné, à Paris en 1987, Ali Mecili, le moudjahid, avocat et compagnon de route de Hocine Aït Ahmed. C’est un grand crime contre l’État de droit.

Monsieur le Président

Il ne peut y avoir  de développement et de prospérité quand la confiance entre gouvernants et gouvernés est absente, quand l’État de droit est prisonnier des textes et absent des pratiques institutionnelles, ce qui menace la stabilité du pays et met en danger l’unité nationale. Notre histoire nous a appris à en parler douloureusement.

Sans la faillite des politiques du régime, basé à cette époque sur le parti unique, les jeunes d’octobre 1988 ne seraient pas sortis dans les rues et le pays ne serait pas entrer dans l’engrenage de la violence et du sang pendant toute une décennie.

La crise est, d’abord et avant tout, politique; c’est une crise de confiance, une crise de gestion, une crise de gouvernance, une crise de système de pouvoir.

Preuve éloquente de cela: nous sommes ici, aujourd’hui, à débattre du plan d’action du gouvernement « Ouyahia » trois mois seulement après que l’assemblée ait adopté le plan d’action du gouvernement « Tebboune », lequel utilisait les mêmes vocables, les mêmes concepts et les mêmes ambitions sur la « mise en ouvre du programme du président, le renforcement de la stabilité et la relance de l’économie nationale et, et, et…

Si la stabilité était au coeur du projet du régime, il aurait commencé par l’instaurer en son sein. Tout ce que nous avons vécu au cours des trois derniers mois est une illustration éloquente de l’instabilité dans les arcanes de l’État et ses institutions.

En mai dernier, Sellal a signé des décisions que Tebboune a abrogées, puis Ouyahia est venu et il a révoqué les décisions prises par Tebboune.

Est-il possible après tout cela pour le citoyen avant le militant, pour le cadre avant le simple employé, pour le responsable dans les structures de l’État avant l’exécutant, de croire qu’il y a une vision stratégique et une démarche méthodique pour traiter la crise économique?

Est-il possible de résoudre la crise économique sans mobiliser la société, les acteurs économiques et sociaux et les forces politiques? Est-il possible de mobiliser en l’absence de la confiance, entre le gouvernant et les gouvernés, entre les citoyens et les institutions… Surtout quand des représentants du peuple adoptent un plan d’action du gouvernement trois mois après avoir adopté un autre plan…

Ils ont applaudit, ils ont félicité, ils ont apprécié et valorisé! N’est-ce pas là en soi un atteinte flagrante à la sincérité et à la crédibilité de la pratique politique?

Les gens de l’alliance présidentielle croient-ils que le secret, tout le secret, réside dans les propos magiques figurant dans les programmes des gouvernements successifs et ils sont au nombre de 19 depuis 1999 et qui tous disent appliquer le programme du président?

Monsieur le Président,

En vérité, nous sommes convaincus au FFS que les gouvernements successifs n’ont eu pour seul souci que la perpétuation du régime alors que la crise aiguë impose la recherche d’un consensus national garantissant la continuité de l’État à travers la construction des institutions, leur renforcement et en les mettant au service du pays et de la société et non au service des clans et des lobbies.

L’insistance sur le fait que tous les plans d’actions des gouvernements appliquent le programme du président, même si les mesures sont changeantes ainsi que les méthodes et les Premiers-ministres, fait du président l’homme unique à posséder des solutions magiques.

Le plus étonnant est que la même vision simpliste de la crise multidimensionnelle se retrouve chez ceux qui réclament seulement le départ du président comme solution magique à la crise.

Au FFS, nous sommes convaincus que l’État est plus grand que le président, plus grand que le gouvernement et plus grand que nous tous.  La perpétuation de la crise, son aggravation et les menaces destructrices qu’elle comporte, menacent la continuité et accélèrent l’effondrement du pays.

Au FFS, nous disons que la crise est réelle et elle exige des solutions réelles. Et la solution, c’est de construire un véritable consensus national global et sérieux, il faut en finir avec la gestion du statu quo  et c’est ce que font les gouvernements depuis des décennies.

La crise était présente quand l’Algérie a eu recours au rééchelonnement de sa dette extérieure dans les années 90 du siècle dernier, la crise était également présente à l’ère de l’aisance financière, une formule utilisée au nom de la mise en oeuvre du programme du président et qui a attiré toute une faune de voyous de l’import et de la corruption de tous les recoins du pays et du monde.  L’Algérie était ainsi évoquée dans les tribunaux d’Italie, d’Amérique et même de Blida…

La crise est toujours là à l’ère du financement non conventionnel. Est-il  étrange de voir que la lutte contre la corruption et la séparation de la politique et de l’argent n’est pas une des priorités du nouveau gouvernement?

Monsieur le Président

S’agissant de la crise économique proprement dite, il y aurait beaucoup à dire, mais on se contentera de souligner que la majorité qui dirige le pays depuis 1999 a échoué, elle n’est pas parvenue à changer la nature de l’économie algérienne restée prisonnière de la rente des hydrocarbures.

La diversification de l’économie, claironnée dans le nouveau plan d’action, était déjà depuis des années une des priorités proclamées par le régime à travers des discours et des promesses sans lendemain.

Sur le mécanisme de financement non-conventionnel, choisi quand on veut éviter l’endettement extérieur et interne et la baisse des dépenses publiques, les experts en économie, qualifiés par M. Ouyahia de théoriciens académiques, ont un avis différent, mais tous s’accordent sur les risques qui pèsent sur l’économie par le recours à ce type de financement.

Comment ose-t-on comparer notre fragile économie avec celles de pays industriels comme les États-Unis, le Japon ou le Royaume alors que la vraie comparaison doit être avec le Venezuela ou la Grèce?

En Algérie, après l’épuisement du fonds de régulation des recettes en février 2017 après l’échec de l’emprunt obligataire et de la mise en en conformité fiscale, le gouvernement a recours au financement non conventionnel comme solution au déséquilibre de la balance des paiements.

Comment faire confiance à une mesure qui est née de l’échec de deux gouvernements à attirer l’argent noir de la « chkara » dans les banques et l’échec de la mise en conformité fiscale?

La crainte est que la révision de la loi sur la monnaie et le crédit constitue un grave danger pour l’économie nationale en l’absence de mécanismes de contrôle effectif.

Que va financer le gouvernement à travers cette mesure? Va-t-il financer le budget de fonctionnement qui a grossi en raison d’une politique catastrophique d’achat de la paix sociale et de la paix chez les clientèles du régime?

Monsieur le Président

Au FFS, nous sommes convaincus que la richesse durable est le fruit de trois facteurs: qu’elle soit le résultat d’une valeur ajoutée d’une économie productive et non pas rentière, qu’elle conduise à un développement équilibre et fort et qu’elle soit portée par toutes les forces productives de la nation.

Croire que l’on peut résoudre la crise avec le document soumis à débat à notre assemblée par le Premier ministre pour trois jours relève d’une vision légère de la responsabilité, de la gravité de la crise, de la situation et du peuple.

Si les décideurs de ce régime avaient exploité les trois mois perdus entre les gouvernements Tebboune et Ouyahia pour ouvrir les portes du dialogue sérieux pour un consensus réel qui préserve le pays et les citoyens et insuffle de l’esprit patriotique, de l’espoir populaire et recrée une confiance dont aucune économie au monde ne peut se passer; si cette période, où des campagnes de presse avaient été menées aggravant la déprime au sein de la société et l’absence de confiance en la capacité des dirigeants à diriger les affaires du pays, avait été consacrée à l’organisation d’un débat national sur la nature de la crise avec la participation des tous les acteurs économiques, sociaux, politiques ainsi que l’expertise nationale, nous aurions pu tracer la feuille de route sur les moyens de parvenir à ce consensus qui manque au pays;

Que cesse donc l’arrogance dans l’exercice des responsabilités,  que cesse le mépris à l’égard de ce pays pour qui sont tombés un million et demi de martyrs parmi des meilleurs fils et les martyrs de la démocratie et les victimes du terrorisme.

L’entêtement du pouvoir et l’unilatéralisme dans la prise des décisions, son mépris de la consultation et du contrôle institutionnel et légal dans le cadre de l’État de droit, sont les principales causes des drames passés et actuels.

Faisons l’économie de drames à venir, anticipons pour une fois pour éviter au pays de nouvelles déconvenues. Vous en assumerez seuls la responsabilité.

L’Algérie est grande, plus grande que le bricolage que vous proposez comme alternative et comme politique économique.

Source : ffs-dz

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