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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Point de vue sur un aspect de l’Appel au boycott du SILA

Par Smaïl Hadj Ali, 26 septembre 2017
 

Dans le texte-pétition d’appel au boycott du SILA, dont elle assume la rédaction, Mme S. Haïder, a tenu des propos graves et dangereux, sous couvert de la défense et de la promotion de la « liberté d’expression ». Prenant, à juste titre, prétexte des déclarations indignes et scandaleuses du Commissaire du SILA banalisant les violences faites aux femmes par leurs conjoints, elle considère néanmoins que le Commissaire a parfaitement le « droit » de penser ainsi, au nom de la « liberté d’expression ».

Extrait.

« Bien sûr, M. Messaoudi a tout à fait le droit de considérer qu’un coup « modéré » asséné à une femme est toujours mieux qu’une bastonnade ; il a le droit de faire sienne cette insoutenable légitimation d’un phénomène social dont on sait depuis toujours que les séquelles physiques sont de loin moins destructrices que les hématomes indélébiles laissés sur la dignité et l’estime de soi. M. Hamidou, l’homme, en a tout à fait le droit ».

Le texte poursuit : « J’irai même plus loin en disant que M. Messaoudi, le commissaire du SILA, en a également le droit ; le principe de la liberté d’expression », demeurant selon moi, inaliénable.

Ainsi donc « civiliser » [1] l’acte barbare, tout de lâcheté, qu’est le tabassage de son épouse, comme l’a déclaré M. Messaoudi, tout en défendant, comme il l’a fait, l’utilité d’un livre, que les pouvoirs publics auraient dû interdire pour incitation à la violence physique, et poursuivre l’auteur pour les mêmes motifs, relève, selon Madame Sarah Haïder, du droit, et plus encore du principe de la liberté d’expression, alors qu’un tel acte, quel qu’en soit le modus-operandi, relève du pénal.

Avec d’aussi graves et dangereuses confusions, ainsi revendiquées, le combat contre les violences, toutes les violences, faites aux femmes, prend un sale coup. Dorénavant encourager, ou faire l’apologie des violences [2] faites aux femmes devra, selon Madame S. Haïder, être considéré comme « un principe de la liberté d’expression », « principe inaliénable ».

Madame Haïder, serait-elle à ce point naïve pour ne pas savoir, ou oublier, que l’idéologie de la violence contre les femmes contenue dans le verbe et l’écrit prépare le passage à l’acte, et n’a rien à voir avec la « liberté d’expression » et « le droit » ?
A-t-on oublié que les assassins de la théocratie salafiste, ont été d’abord nourris et armés idéologiquement par le verbe et l’écrit liberticides et pousse-au- crime ?

Les discours et écrits légitimant et/ou banalisant les violences faites aux femmes ne relèvent ni du droit, ni de la liberté d’expression, mais de la justice pénale.

En vérité, de telles positions-confusions autorisent et encouragent, -même si nous ne voulons pas leur prêter pas cette intention-, un peu plus, le pire fait aux femmes en rapportant les propos du Commissaire aux registres du « droit » et de la « liberté d’expression », et au final légitimer ce livre-guide des violences contre les femmes, puis qu’il doit tout autant bénéficier du « principe inaliénable de la liberté d’expression ».

Question. Au vu de ces positions, pourquoi donc appeler au boycott du SILA ?

NOTES

[1“L’année passée, en raison d’un simple livre «  Comment battre une femme  », il y a eu beaucoup de bruit […] alors que dans certains cas, ce livre peut être utile”

[2“Parfois tu frappes ta femme et tu la regardes le lendemain, tu te dis qu’elle a été percutée par un camion  ! (avec ce livre) au moins si on frappe, on le fait avec douceur”

Source : Alger Républicain

L'écrivaine Sarah Haidar appelle au boycott du 22e SILA d'Alger

En signe de protestation aux déclarations misogynes du président du Salon du livre sur une chaîne de télévision Sarah Haidar a lancé une pétition appelant à boycotter le prochain Sila d'Alger.

"Parce que la survivance des outrages est toujours le fruit d’une accumulation de petits "détails" tolérés, négligés, minimisés. Parce que la femme algérienne a déjà trop d’ennemis, de bourreaux et de tuteurs pour fermer les yeux sur une énième banalisation des horreurs subies. Parce qu’écrire au-delà de l’interdit et des conventions implique forcément une certaine cohérence qui ne doit souffrir aucune relativisation ou coquetterie sémantique. Parce que les violences faites aux femmes n’ont pas besoin d’un coup de pouce supplémentaire, qui plus est, venant d’un haut-responsable culturel.

Parce que le Salon international du livre d’Alger traine suffisamment de tares, allant du non professionnalisme à la marchandisation vulgaire en passant par la censure et la prolifération du livre religieux. Parce que, enfin, Hamadache, Chamseddine, Benhadj ainsi que des milliers d’anonymes promoteurs de géhennes terrestres, n’ont pas besoin d’un renfort inespéré venu de ce qui devrait être le bastion de la liberté et de l’équité… Pour toutes ces raisons, je prends la décision de boycotter cette 22e édition du Salon international du livre d’Alger qui se tiendra du 26 octobre au 5 novembre 2017.

Rappel des faits : Lors d’une interview sur le plateau d’Ennahar TV, le commissaire de cette manifestation M. Hamidou Messaoudi, également directeur de l’ENAG, a évoqué la polémique soulevée l’an dernier par la présence, au SILA, d’un livre intitulé "Frapper son épouse : une solution pour les problèmes conjugaux ?" d’un certain Abdelhamid Ahmed Abou Souleiman. Sur un ton humoristique adipeux, le responsable du SILA estime qu’une telle controverse n’avait pas lieu d’être d’autant que ce "fascicule pourrait s’avérer utile pour modérer la violence conjugale. Car certaines épouses frappées par leurs maris, semblent avoir été percutées par un camion". Cette déclaration ne souffre aucune ambigüité : au lieu de massacrer son épouse, l’homme algérien devrait apprendre "l’éthique" coranique de la violence conjugale (Sourate Nissaâ).

Au moment où les prédicateurs téléportés du VI siècle dénoncent vigoureusement les lois algériennes qui condamnent cet acte et les considèrent, à juste titre et fort heureusement, en contradiction avec les Textes Sacrés, le premier responsable du SILA vient indirectement faire échos à leur propagande de la haine et de la violence, et comble de l’infamie, en fait une matière à rire.

Bien sûr, M. Messaoudi a tout à fait le droit de considérer qu’un coup "modéré" asséné à une femme est toujours mieux qu’une bastonnade ; il a le droit de faire sienne cette insoutenable légitimation d’un phénomène social dont on sait depuis toujours que les séquelles physiques sont de loin moins destructrices que les hématomes indélébiles laissés sur la dignité et l’estime de soi. M. Hamidou, l’homme, en a tout à fait le droit.

J’irai même plus loin en disant que M. Messaoudi, le commissaire du SILA, en a également le droit ; le principe de la liberté d’expression, demeurant selon moi, inaliénable. Et je n’appelle, ici, ni à son limogeage ni à des excuses publiques qui seraient, de toute façon, de la poudre aux yeux, comme à l’accoutumée.

Mais, nous écrivain(e)s, éditeur(trice)s, intellectuel(le)s, lecteur(trice)s, avons aussi le droit de déserter massivement ce 22e Salon international du livre en exprimant, sur toutes les tribunes qu’il nous sera possible d’occuper, les raisons morales et historiques qui nous poussent au boycott. Morales parce que la violence conjugale est tout simplement inacceptable, quel que soit "l’opinion" du Sacré à ce sujet. Historiques car, dans un passé pas très lointain, écrivains, intellectuels, journalistes et artistes ont pris part à la résistance citoyenne contre la terreur intégriste qui voulait imposer cette négation de la vie et de la dignité humaines.

Dans ce texte, le "je" est de mise mais il se transformera très vite en "nous" si d’autres acteurs du champ littéraire et éditorial estiment juste et nécessaire de boycotter cette manifestation et se retrouvent dans les arguments précités.

Le boycott sera une réponse à ce que nous considérons comme une atteinte aux principes fondamentaux du respect de la personne humaine, une insulte à des années de combat féministe et un crachat sur les tombes de toutes celles qui ont été égorgées, battues, violées, kidnappées, maltraitées ou détruites psychologiquement, parce que femmes."

Source : Le Matin-dz

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