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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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30 août 2017

Le chef spirituel des Ahmadis a été arrêté. Ces dernières années, cette communauté subit une véritable entreprise de harcèlement judiciaire. Ces dernières décennies, l’Algérie a beaucoup régressé dans le domaine de la liberté de culte et de conscience. Un droit constitutionnel maintenu à l’état théorique.

À la faveur de la guerre terroriste islamiste, l’intégrisme a progressivement étendu son emprise sur les esprits. En gage de bonne volonté politique, le pouvoir a, entre autres concessions, abandonné la société au conditionnement idéologique de l’islamisme. Dans son coup de main à l’entreprise d’administration et d’uniformisation des consciences, l’État ne s’est pas arrêté là : il a prêté main forte à l’intégrisme dans la répression des comportements pas conformes à la doxa islamiste et en ouvrant l’école et les médias à l’éloge exalté de l’intolérance.

Cette disposition des forces politiques conservatrices à soutenir l’hégémonie mentale de l’islamisme ne découle pas d’une évolution dans leurs convictions. Elle est le fruit d’une adaptation tactique d’un pouvoir qui, malgré sa victoire militaire sur le terrorisme islamiste, reste conscient de son illégitimité et de sa précarité politiques.

Nos pouvoirs successifs n’ont jamais conçu de projet national pour le pays. Ils peuvent donc endosser toute idéologie que les circonstances géopolitiques et les calculs populistes leur commandent. Ils sont, tour à tour, socialistes, libéraux, autoritaristes, démocrates, islamistes ou un peu de tout cela à la fois ! En fonction des circonstances.

C’est ainsi que, ces deux dernières décennies, notre liberté de culte et de mœurs a été donnée aux islamistes en gage de… “réconciliation”, en guise de preuve que le pouvoir ne s’oppose pas à l’idéologie, mais juste à son bras armé !

Par rapport à cet engagement pour la promotion de la religion, le pouvoir vit comme en constante mise à l’épreuve : il doit faire la promotion de la religion au sens où l’entendent les islamistes militants, un islam rigoriste dans sa version salafiste wahhabite. C’est cette unicité doctrinale autoritaire qui fait que le ministre des Affaires religieuses, parlant du chiisme, le classe dans la catégorie des sectes.
 

Que dire des Ahmadis, dont notre inculture nous cachait, récemment encore, jusqu’à leur existence ? Et ne renvoyant pas à une tutelle politique, ils sont plus aisément répressibles. Car, in fine, tout est question politique.

C’est aussi politique si, par exemple, nos concitoyens de confession non musulmane ne pouvaient pratiquer paisiblement leurs cultes. Chrétiens, juifs ou autres sont contraints à une vie religieuse clandestine pour ne pas se confronter à l’intolérance banalisée.

Sous couvert de chasse au prosélytisme, les Ahmadis sont réprimés. Pourtant, comme l’a expliqué leur chef, il n’est plus besoin de faire du prosélytisme au sens missionnaire du terme : au temps de la communication sans frontières, une télévision suffit. Le Daech nous fait la leçon tous les jours : en 2017, la propagande de l’activiste virtuel est mille fois plus efficace que le prêchi-prêcha apôtre pérégrin.

Ce n’est pas le prosélytisme qu’un pays doit craindre ; c’est l’inculture de son peuple et l’archaïsme de ses dirigeants qu’il faut prévenir.

Source : Liberté

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