Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Andreas Georgiou, la taupe. Photo DR

Andreas Georgiou, la taupe. Photo DR

Andreas Georgiou vient enfin d'être condamné par un tribunal athénien. Ce triste sire avait travaillé 20 ans au Fonds monétaire international avant d'être imposé en 2009 à la tête de l'Office des statistiques grec. Il s'était mis d'accord avec Eurostat (l’office européen de statistiques, dépendant de la Commission de Bruxelles) afin de grossir les chiffres du déficit et de la dette publique grecs pour l’année 2009. L'objectif était de faciliter la mise sous tutelle financière du pays, avec pour résultat le déclenchement, en 2010, du premier plan d’aide internationale à la Grèce – on en est au troisième, depuis août 2015.

En Grèce, Andreas Georgiou, l’ancien chef de l’office des statistiques grecques a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour "manquement au devoir". Derrière cette condamnation mineure se cache une affaire plus importante qui a beaucoup fait parler d’elle ces dernières années. Elle remonte aux origines de la crise financière qui a secoué la Grèce puis l’Europe.

Fin 2009, quand le gouvernement socialiste arrive au pouvoir en Grèce, les agences de notation abaissent la note du pays car elles estiment qu’il n’est plus capable de rembourser ses emprunts.

A ce moment-là, plus personne ne fait confiance aux chiffres publiés par la Grèce, car ils sont sous le contrôle du ministère de l’Economie, du gouvernement donc. On demande à la Grèce de mettre en place une autorité indépendante. Quelques mois après le premier plan d’aide à la Grèce accordé par les partenaires européens et le Fond monétaire international et à la tête de l’Office des statistiques grecques est nommé un ancien du FMI, Andreas Georgiou, qui y a passé vingt ans. A charge pour lui de calculer.

A l’automne 2010, Andreas Georgiou transmet ses résultats sur les «vrais» chiffres du déficit grec à Eurostat, l’office européen des statistiques qui les publie : avec un déficit de 15,4% du PIB, la Grèce bat tous les records de la zone euro, même celui l’Irlande. Les créanciers se trouvent donc confirmés dans leur stratégie de mise sous tutelle du pays.

Andreas Georgiou mis en cause par son conseil d'administration

Mais certains contestent ces chiffres. Aussi, pour vérifier les calculs des statistiques grecques, un conseil d’administration de sept membres est créé. Les relations entre Andreas Georgiou et ce conseil sont cependant difficiles voir inexistantes selon eux. Si bien que lorsque celui-ci est dissous et que ses membres sont remerciés, deux d’entre eux décident de témoigner contre leur ancien chef.

C’est le cas de Zoé Georgantou. Cette professeure d’université estime que Andreas Georgiou aurait gonflé les chiffres du déficit à dessein en y incluant par exemple les dettes des hôpitaux publics. En 2013, Andreas Georgiou est alors mis en examen pour avoir donné des chiffres erronés donc.

Mardi 1er août, c’est sur un aspect spécifique de cette affaire qu’Andreas Georgiou a été condamné. Il a été condamné pour « manquement aux devoirs », c’est-à-dire pour avoir omis d’informer le conseil d’administration des chiffres du déficit avant de les transmettre à Eurostat.

L’ancien chef des statistiques grecques n’était pas présent au procès car il vit désormais aux Etats-Unis. Depuis plusieurs années, il s’exprime régulièrement dans la presse pour dénoncer une « chasse aux sorcières ».

Il a reçu de nombreux soutiens, notamment de membres d’Eurostat. En 2016, Andréas Georgiou avait été publiquement défendu par Marianne Thyssen, commissaire européenne aux affaires sociales, qui a assuré que « les données sur la dette grecque pour la période de 2010 à 2015 ont été fiables et communiquées avec exactitude ».

Concernant l’accusation d'avoir trahi son pays en gonflant à dessein les chiffres du déficit, il a également été acquitté à deux reprises. Mais ce mois-ci, la procureure de la Cour de cassation a ordonné la réouverture de l'affaire. Cette possibilité est actuellement discutée par les juges de la cour d'appel.

Sources : RFI, Le Monde.fr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article