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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les travailleurs du complexe céramique de Guelma attendent l'arrivée du ministre du travail. Photo DR

Les travailleurs du complexe céramique de Guelma attendent l'arrivée du ministre du travail. Photo DR

Mourad Zemali, le ministre n'a pas daigné les recevoir. Ils sont sans salaires depuis plus de 6 mois et leur entreprise en cessation d’activités. Dénommé ETER depuis la privatisation en 2006, le complexe de Guelma qui portait le nom de Entreprise Céramique Vaisselle de l'Est (ECVE) était un fleuron de l’industrie algérienne.

Il faudrait comme pour la Sonipec qu'un cadre de cette entreprise publique puisse raconter de l'intérieur l'apogée et le déclin de ce complexe industriel qui employait au cours des années fastes, plus de 1 600 employés. Et qui en compte moins d'une centaine aujourd'hui.

La descente aux enfers commencé sous la présidence de Chadli, se poursuivra durant la décennie noire, époque où la production avait fortement baissé et des centaines de travailleurs licenciés. En 2006, la boucle fut bouclée. Le complexe fait partie du millier d'entreprises déclarées privatisables par le gouvernement Ouyahia V.

Elle est reprise par un "investisseur" italien, Graziano Giacobazzi -soutenu par des amis entrepreneurs algériens- et qui affichait la réputation d’un industriel hors pair. Il s'avèrera plus tard que le sire Graziano ne dirigeait en Italie qu’un simple bureau de trading, une Sarl transformée en Société par actions (SPA), pour la reprise de l’Entreprise de Guelma. (quid des services de renseignements algériens...)

Toujours est-il qu'en novembre 2014, pour faire face à l'effondrement de l'entreprise, l’Etat reprend 30% du capital. Un an plus tard, en novembre 2015, B. Salah-Eddine raconte les péripéties de l'arnaque dans dans le quotidien régional l'Est républicain.

EXTRAIT.

Une arnaque à l’italienne 

15 novembre 2015. par B. Salah-Eddine

(...) Le choix de ce repreneur italien n’était pas fortuit, M. Giaccobi Graziano affichant et prenant une allure d’un industriel hors pair et ayant fait ses preuves dans le secteur à travers sa société ETER Spa Italie garantissait un véritable et réel transfert de technologie et de savoir-faire. Ainsi,  il a su gagner la confiance aveugle des institutions algériennes chargées du dossier, en l’occurrence : la Société de Gestion des participations de l’Etat - SGP EST, les Domaines, la Direction de l’industrie… ainsi que les ministères concernés.

Il s’est avéré par la suite, fait vérifiable à souhait qu’ETER Italie n’était qu’un simple bureau d’affaires et de trading au statut de SARL, transformé la veille de la reprise de l’Entreprise ECVE en Société par actions (SPA) pour rentrer dans la cour  des grands. C’est ainsi qu’il a pu rentrer par la grande porte.

Un montant d’investissement de l’ordre de 3 millions d’euros a été fixé au  départ pour le renouvellement et l’acquisition d’équipements. Rien de cela n’y fit sinon que les propriétaires d’ETER Algérie ont contracté un crédit-bail (leasing) avec BNP Paribas, une dizaine de contrats, pour importer des équipements non seulement obsolètes mais hors d’usage voire de la ferraille pure et simple qui n’ont jamais pu être mis en marche malgré de nombreuses interventions de pseudo techniciens et autres experts italiens appelés pour la circonstance et payés à prix fort et hors du commun.  

Ces équipements ont été acquis auprès de sociétés, toutes italiennes et fictives, entre autres : EUROTEC, GRANISER, KEOS, OFFICINE MECANISHE GALETTI…  Notons au passage la dissolution du fournisseur de fours KEOS quelques semaines après la concrétisation de la transaction avec ETER Algérie et BNP Paribas Algérie.  Le montant de la dette BNP Paribas s’élève à plus de 300 000 000 DA. 

ECVE-Guelma, une cession gratuite 

Le repreneur italien et ses acolytes ont obtenu la cession des actifs d’ECVE patrimoine de la SGP EST pour un montant de l’ordre 125 000 000 de DA qui n’ont jusque-là pas déboursé 1 DA. Pire que ça, le repreneur a démantelé ces équipements composés de deux fours tunnels et deux fours à réverbères, vendus en pièces détachées (Brûleurs, briques réfractaires…) aux enchères publiques et à leur profit personnel. En effet, la SGP a obtenu il y a quelques jours un jugement définitif et a diligenté un huissier de justice pour opérer des saisies.

Des apports non libérés depuis 2007   

Les  apports des actionnaires qui devaient se faire à la création de la SPA ETER Algérie au capital social de 300 185 000 DA n’ont jusqu’à ce jour été libérés que partiellement attendu que M. Graziano Giacobi représentant d’ETER Italie élu président du conseil d’administration avec sa position majoritaire détenant 52 % !!!

Des actions d’ETER Spa Guelma n’ont  jusque-là effectué aucun apport sinon qu’une dette ECVE de 78 000 000 DA qui revient dans tous les bilans et reste inexpliquée tant par les responsables gestionnaires d’ETER Guelma que par le commissaire aux comptes susnommé.

Un bilan d’ouverture falsifié et un bail impayé 

A l’élaboration du bilan d’ouverture d’ETER Spa Guelma en 2007, le compte 31 (Stocks pièces de rechange) a été sciemment omis et vendu aux enchères publiques pour un montant de 8 800 000 DA. À leur profit… La conversion d’une dette en créance avec la complicité du fournisseur italien GRANISER pour rendre le bilan 2010 positif et échapper à la faillite attendu que c’est le troisième bilan négatif d’ETER Guelma avec la complicité prouvée du commissaire aux comptes.

Par ailleurs, avec la promesse de concession de 99 ans après mise à l’épreuve, il a été établi par les domaines un bail de 20  ans au profit du repreneur pour un montant annuel de l’ordre de 14 000 000 DA.  A ce jour, le repreneur n’a encore rien réglé, en découle une dette de 85 000 000 DA.

Défaut  de paiement des cotisations sociales et redevances fiscales 

Un dette de plus 130 000 00 DA en matière de cotisations sociales et fiscales non encore réglée à la CNAS bien que cette dernière a obtenu un jugement et a diligenté récemment un huissier de justice pour opérer des saisies. A cela, il faut ajouter une redevance fiscale de l’ordre de 30 000 000 DA non réglée bien que l’administration fiscale ait  consenti au repreneur un échéancier. 

Détournement des biens sociaux de l’entreprise Réalisation d’un bâtiment de production sur le compte d’ETER GUEMA financé par la banque AGB au profit de l’associé HYPPOCAMPE CERAMIQUE BOUISMAIL – Tipaza pour un montant de 60 000 000 DA. Une mise en demeure à été notifiée par AGP, il y a une semaine.

Absence de certificat de conformité 

Le complexe ETER Guelma ne dispose pas à ce jour de Certificat de conformité bien qu’interpellés de nombreuses fois par les services concernés. Les malversations sont encore nombreuses, défaut d’assurance des installations et de l’usine avec la CAAT, défaut de paiement des quittances Sonelgaz, ADE… transactions douteuses avec la Trust Bank et ses filiales Briqueteries, surfacturation de fournitures, à titre d’exemple un néon domestique d’une valeur de 200 DA facturé par le fournisseur italien Graniser à 99 Euros… , et ne sauraient toutes être énumérées dans cet écrit. Pour rappel, le repreneur Italien ETER-Italie a repris le complexe ECVE (Entreprise céramique et vaisselle de l’Est) en octobre 2007(cette cession a été entérinée par résolution du CPE en 2006).

Le repreneur Italien avait bénéficié d’importantes facilités dans le cadre de cette cession en contrepartie de son engagement à redresser la situation financière de l’entreprise et son engagement à procéder à des investissements lourds pour assurer la mise à niveau technologique nécessaire pour la production et la création de nouveaux emplois. 

Or, au jour d’aujourd’hui, force est de constater que le repreneur Italien a failli à ses engagements contractuels, mais, pire encore l’entreprise est au bord de la faillite sous le regard impuissant des pouvoirs publics.

Source :l'Est Républicain

Lire aussi cet article paru dans El Watan ce matin : Démantèlement de l’usine de céramique de Guelma. Qui agit au nom de qui ?

 

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