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Publié par Saoudi Abdelaziz

Carrière de marbre de Filfila. Photo DR

Carrière de marbre de Filfila. Photo DR

Daiboun-Sahel Farouk ancien cadre dirigeant de l'Enamarbre conclut ainsi sur ce qui apparaît comme le fiasco de cette entreprise publique :"Comment peut-on accepter qu’une entreprise qui renferme autant de richesses naturelles en soit réduite à être incapable de ne «rien produire» et ne «rien exporter» et à devoir laisser «tout»” importer pour que le secteur privé alimente son appareil de production ?" Dans une contribution publiée ce matin dans El Watan intitulée : "Depuis la nationalisation des mines en mai 1966. Le marbre algérien : quel bilan avec son atout à l’exportation", ce cadre à la retraite rappelle :

"La décision du 6 Mai 1966 portant nationalisation des mines a véritablement cristallisé la volonté de notre pays de disposer de ses richesses naturelles afin de les mettre au service du développement économique et social de la nation avec des perspectives prometteuses de réaliser un profil d’exportations". "

 

QUELQUES EXTRAITS

(...) La quantité importée en produits de marbre en évolution exponentielle mérite bien une réflexion (de plus de 34 millions de dollars en 2006 à plus de 64 millions de dollars/an en 2010 dont 25% concernant les granulats). Les 75% de la demande sont couverts par l’importation des pierres naturelles et à ce jour la demande explose et les importations ont pris une autre dimension.

En 2008, l’Italie a exporté du marbre vers l’Algérie pour plus de 21 millions de dollars, soit environ 90% du total des importations de marbre. Alors que l’Italie a réussi à placer quelques quantités de centaines de m3 de marbre rouge de Kristel (un indice viable) de la région d’Oran susceptibles d’être augmentées et inscrites dans la durée avec le potentiel appréciable qui regorge d’énormes ressources et réserves géologiques estimées à plus de 7 millions de m3 pour une totalité de plus de 26 millions de m3 que recèle, seule, une EPE du secteur minier en toutes variétés et couleurs confondues.

A ce potentiel s’ajoutent d’autres réserves dans plusieurs régions du pays, Aïn Témouchent, Tamanrasset, Jijel, Sidi bel Abbès, Constantine... qui sont très appréciées en Europe et dans les pays du Moyen-Orient.

S’agit-il d’un constat préoccupant qui reflète la vulnérabilité de l’économie et la fragilité de cette filière marbre en dépit de nombreuses mesures de soutien économiques et financières? Et pourquoi en est-on à ce point ? Nombreuses sont les entreprises qui disparaîtraient si les mesures de protection de la production nationale mises en œuvre étaient levées. Difficile de se prononcer en l’absence d’un réel diagnostic sans complaisance qui s’impose.

Du marbre algérien à la maison-blanche

Les marbres algériens auraient servi à orner plusieurs édifices aux Etats-Unis dont le marbre de la Maison-Blanche aussi aurait été produit en Algérie. Pour dire également qu’à cette époque le marbre du célèbre Chrysler Building de New York, un gratte-ciel de 319 mètres bâti en 1939, provenait de la carrière de marbre de Bouhnifia (w. Mascara), alors qu’il est étiqueté «marocco marble», confirmé par le docteur Annewies van den Hoek, professeur à l’université de Harvard, et le docteur John Herrmann, conservateur au Museum of Fine Arts de Boston, qui ont déjà séjourné en Algérie en 2006 et 2008.

Ils ont donné une conférence sur le négoce international des marbres algériens et ces deux chercheurs américains travaillent sur l’histoire et la géographie du marbre depuis l’Antiquité.

Mieux encore, des parements en marbre abondamment utilisés lors de la réhabilitation en 1814 des bâtiments de la Maison-Blanche à Washington portent les couleurs chatoyantes de l’onyx de Aïn Smara. Quant au marbre décorant le célèbre Rockfeller Center, il vient des carrières de Kristel (ouest du pays), soutient l’Asmosia dans son étude, faisant remarquer que les marbres de Filfila, de très grande notoriété, étaient recherchés pendant l’époque romaine pour leurs qualités exceptionnelles dans le domaine de la sculpture.

Quel bilan et où en sommes-nous avec cette filière?

Que représente ce segment des produits miniers ? Cette filière marbre a-t-elle conforté le niveau des réserves en renforçant sa capacité à satisfaire la demande et avec quel taux de pénétration dans l’économie nationale ? Avec quelle perspective et développement de promotion des produits éligibles à l’international ? Quels marchés à forts potentiels cibles ? Pour quels accompagnements avec quels acteurs ? Soit quel avenir pour cette filière marbre?

Des questions qui nous invitent à nous interroger sur le niveau de compétitivité en rapport avec les standards internationaux, une autre composition des exportations hors hydrocarbures au cœur de la problématique.

Comment peut-on accepter qu’une entreprise qui renferme autant de richesses naturelles en soit réduite à être incapable de ne «rien produire» (trop dit peut-être) et ne «rien exporter» et à devoir laisser «tout» importer pour que le secteur privé alimente son appareil de production ?

Trop d’interrogations devant certainement dominer les débats avec déjà un tableau de bord présentant des résultats très en deçà de ce qu’exige la situation de la filière marbre au potentiel gisement de marbre encore sous-exploité loin encore à développer une industrie marbrière susceptible de générer une dynamique compétitive avec la combinaison judicieuse de ses atouts distinctifs.

Bien entendu, nous ne questionnons pas les hommes, mais un système de gouvernance économique de cette filière marbre : c’est la structure et l’organisation du système de fonctionnement qui, à notre sens, piège la filière marbre dans un équilibre sous-optimal avec un manque de lisibilité et profondeur économique, en accusant même un retard avec le redoutable piège qui s’est bel et bien refermé sur elle-même.

Une équipe, cohérente dans son organisation, crédible dans la réputation de ses membres sur le plan interne de la filière, sera à même d’apporter avec rigueur et méthode les changements et les solutions aux difficultés réelles de la filière marbre pour que cette dernière apporte sa contribution à la diversification de l’économie nationale tant recherchée, loin d’un homme providentiel, à chaque fois, avec incapacité à faire adhérer un staff autour d’une vision, d’une ambition.

Trop d’effets d’annonce, mais de très loin par rapport à ce que la filière marbre aurait pu faire. Des produits de marbre bruts, semi-finis et finis sont jusqu’ici importés, avec la compétition de matériaux alternatifs qui se partagent le même marché et s’affirment de plus en plus à travers le développement de nouveaux produits en mettant en œuvre de technologies de fabrication avancées, un vrai débat même sur la pérennité de la filière marbre, soit des visions parfois différentes mais aussi des questions restent ouvertes.

Dans cet ordre économique, la fonction export de la filière marbre du secteur mines doit être réhabilitée avec un esprit d’entreprise pour un leadership et avec un réel positionnement marketing. En tout cas, un choix d’action s’impose et celui-ci est très difficile, surtout dans le contexte actuel d’une économie de plus en plus mondialisée. La stratégie «d’autosuffisance» a créé majoritairement des entreprises inefficaces parce qu’elles n’ont pas été exposées à la concurrence sur les marchés internationaux.

La stratégie des exportations actuelle de ce segment des produits miniers a-t-elle répondu à ce besoin et à travers quelle stratégie industrielle des entreprises de ce secteur et notamment celle de la filière marbre d’Algérie, en dépit des nombreuses mesures de soutien économiques, financières et juridiques apportées et au vu de l’importance de l’infrastructure géologique ?

Il nous semble nécessaire de décrire cette situation d’exportation actuelle hors hydrocarbures d’un segment de produit minier et autres ayant déjà une carte de visite et d’apporter brièvement quelques éléments et données statistiques sous forme d’éclairage pour se faire la meilleure idée possible sur cette prise en charge, en particulier la filière marbre.

Comment peut-on accepter qu’une entreprise qui renferme autant de richesses naturelles en soit réduite à être incapable de ne «rien produire» et ne «rien exporter» et à devoir laisser «tout»” importer pour que le secteur privé alimente son appareil de production ? Trop d’interrogations au tableau de bord présentant des résultats très en deçà de ce qu’exige la situation ayant bénéficié d’un programme de développement consommé mais loin de développer une industrie marbrière susceptible de générer une dynamique suffisamment compétitive avec la combinaison judicieuse de ses atouts distinctifs pour contribuer à la diversification de l’économie nationale.

La présente contribution ne prétend pas répondre à toutes les questions, mais elle a pour objectif de stimuler les débats sur les grands sujets du secteur des mines en donnant la lecture la plus correcte possible, documentée et objective avec une importance à souligner pour la filière marbre. C’est dans cette perspective que se place cette modeste contribution avec des débats contradictoires d’idées pour interroger cette filière du secteur des mines.
 

Texte intégral : El Watan

 

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