Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Même en l'absence de rebondissements, l'affaire reste une aubaine pour les éditorialistes, et les commentateurs et pour leurs rédacteurs en chef en mal de copie estivale. Les déboires de l'oligarque mis à la porte du sérail font travailler les cellules grises de deux professionnels qui s'appuient  l'un sur une "connaissance même aléatoire de la structure hyperconcentrée de la décision politique dans le système algérien", et l'autre sur des "interlocuteurs" et autres "sources" anonymes.
 

Arezki Metref

(...) Sur qui, sur quoi s’appuie donc cet impavide ou inconscient Premier ministre pour placer dans son viseur celui à qui la vox populi, souvent crédule, prête une sorte d’invincibilité puisée dans la proximité immédiate avec la présidence de la République.
Dans ces instituts d’analyse politique informels et spontanés que sont nos cafés, la réponse est vite trouvée.
Pour se permettre d’ébrécher la puissance oligarchique, réunissant dans la même prépondérance affaires et pouvoir politique, il faut compter sur plus puissant encore.
Il s’adosse vraisemblablement au «pouvoir supérieur», c'est-à-dire au président de la République ou à son immédiate proximité, c'est-à-dire son conseiller et néanmoins frère, Saïd Bouteflika.
Cette analyse, si c’en est une, découle de l’observation de simple bon sens de l’architecture du pouvoir en Algérie.

Nul ne peut s’autoriser à nettoyer les écuries d’Augias, qui ne sont dans l’état où elles sont que parce que le pouvoir n’a rien fait pour empêcher qu’elles le soient, sans avoir l’autorisation ou la mission de le faire. Et cette autorisation vient du sommet du pouvoir politique. Une connaissance même aléatoire de la structure hyperconcentrée de la décision politique dans le système algérien fonde cette observation.
On voit mal quiconque entreprendre quoi que ce soit, a fortiori donner un coup de pied dans la fourmilière, sans qu’il soit mandaté par la force décisionnaire et arbitrale unique et incontestée qu’est le président de la République.
Ceci n’enlève, évidemment, rien aux mérites du Premier ministre qui semble déterminé à poursuivre une œuvre de salubrité politique et économique saluée comme un geste salvateur par toutes les forces politiques et citoyennes qui placent l’intégrité et le respect des lois au-dessus de toutes les autres marques de patriotisme. Cela fait un bail que le brouillage des repères politiques dans ce pays a globalement effacé les marqueurs conventionnels pour ne laisser plus que deux camps transversaux distinctement reconnaissables, le camp minoritaire de l’intégrité et celui, plus nombreux et naturellement plus puissant, de l’affairisme et de la déprédation qui tient non seulement les rênes du pays sur les plans économique et politique mais qui, en plus, s’est octroyé des moyens de communication (télés et journaux) à travers lesquels est définie et imposée une image dégradée de l’Algérie. La récente affaire de caméra cachée qui a piégé l’écrivain Rachid Boudjedra est un des symptômes de la profondeur de ce mal.
Il est de notoriété publique que l’entrepreneur propulsé boss du FCE n’a connu cette ascension que parce qu’on lui a tendu l’échelle.
Donc, Tebboune, dans son opération de nettoyage, est en train de marcher sur les pas de Mohamed Boudiaf. Cependant, on ne peut imaginer une seule seconde que, à l’instar de ce dernier, il parte en solitaire dans cette bataille. S’agit-il de l’énième épisode d’une guerre de clans si coutumière à nos latitudes ?

Le Soir d'Algérie

Salima Tlemçani

(...) Des sources bien informées parlent «d’un retour de manivelle en haut lieu, de décisions importantes et de rééquilibrage dans les relations avec les lobbys qui gravitent autour du cercle présidentiel, notamment les hommes d’affaires affiliés au FCE….».

Et d’expliquer : «Cela a commencé bien avant les législatives, dont les résultats ont accéléré le processus. La théorie du complot au centre duquel se trouvait l’ex-Premier ministre, Abdelmalek Sellal, est une réalité et certains membres du FCE y ont joué un rôle.

Pas tous, bien sûr. Ils sont un peu plus d’une dizaine, à leur tête le président, à ne pas avoir su séparer le politique de l’argent. Ils ont profité de leur position de proximité avec le cercle présidentiel, qui les a mis sur rails, pour bénéficier de crédits colossaux, sous couvert d’investissements, pour acquérir des biens personnels, surtout à l’étranger. Depuis plus de 5 ans, ils n’ont pas remboursé le 1/10e de ce qu’ils ont pris. Certaines banques publiques risquent de mettre les clés sous le paillasson si jamais elles ne récupèrent pas leur argent durant le 1er semestre 2018. Pour le cercle présidentiel, ces hommes d’affaires ont franchi la ligne rouge. Il fallait les éjecter du système...».

La décision, notent nos interlocuteurs, n’était pas difficile à prendre. «Elle a même été accélérée par les résultats du scrutin du 4 mai, qui marquaient un tournant assez grave en raison du taux d’abstention et de bulletins blancs des corps constitués.

C’est une réponse politique qui dénote du sentiment  de rejet. Le remplacement de Sellal par Abdelmadjid Tebboune, le débarquement de nombreux ministres très controversés a sonné le glas pour le lobby financier qui entourait le cercle présidentiel. Une réunion restreinte a regroupé le Président, avec, entre autres, le tout nouveau Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, le ministre de la Justice, Tayeb Louh, celui de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, et le chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, le général de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, où des directives ont été données pour se démarquer des hommes d’affaires du FCE, impliqués dans le complot et l’enrichissement illicite, à commencer par le président, Ali Haddad, qui a multiplié les propriétés, dont la dernière serait une banque acquise en Espagne, alors qu’il peine à rembourser les nombreux crédits accumulés ces dernières années auprès des banques publiques...», révèlent encore nos interlocuteurs. Pour eux, le Premier ministre agit au nom du Président.

«Dans sa feuille de route, il est question d’éjecter ces hommes d’affaires présents dans de nombreux marchés publics des secteurs du BTPH, de l’agriculture, de l’hydraulique et autres. La majorité de ces projets n’ont pas vu le jour ou accusent des retards de plusieurs années, causant des préjudices financiers énormes. La rupture entre le cercle présidentiel et ces hommes d’affaires est consommée et  Tebboune a été chargé de l’exécuter sur le terrain. Il a commencé par se démarquer de ce lobby, en évitant tout contact public avec lui, et en passant au peigne fin tous les contrats de partenariat (public-privé) et les marchés dont il a bénéficié»,  soulignent nos interlocuteurs, précisant plus loin : «Lors de l’inauguration du siège de l’Ecole supérieure de la sécurité sociale, Ali Haddad n’a pas été chassé, mais plutôt invité à ne pas être dans le 1er cercle du comité d’accueil.

Ce qu’il a refusé. Il a préféré quitter les lieux. Le problème n’est pas avec le FCE en tant qu’organisation, mais avec un peu plus d’une dizaine de ses membres qui ont mis à mal les banques publiques pour ériger des fortunes à l’étranger. Il est certain que les enquêtes actuellement en cours risquent d’aboutir à des décisions assez lourdes (...).

Mais, peut-on croire à cette «ligne de démarcation», aux «enquêtes» ouvertes sur les richesses de ces «suspicieux» hommes d’affaires sachant que ces derniers sont la création même du cercle présidentiel, qui en a fait ses interlocuteurs, au point de les substituer aux institutions de l’Etat ? En effet, n’a-t-on pas vu Ali Haddad et les membres de son bureau sillonner le pays pour ouvrir des antennes dans les 48 wilayas, recevoir des ambassadeurs de pays étrangers et faire partie à chaque occasion des visites à l’étranger de l’ex-Premier ministre ? El Watan

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article