Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

Photo DR

Refusant d'engager, avec les forces vives du pays, une réelle évaluation des causes de l'échec industriel algérien, le pouvoir algérien semble décidé à poursuivre la fuite en avant consistant à imiter le modèle centré sur l'industrie automobile, mis en place au Maroc, sous la supervision de multinationales de l'automobile.

Faisant le bilan de cette stratégie engagée en 2009 au Maroc, le responsable de la Bank Al-Maghrib constatait, le 2 avril 2016  son impact sur l'ensemble de l'industrie : «L’emploi dans le secteur s’est inscrit sur une tendance baissière depuis 2009. Sa part dans le PIB a baissé de 17% entre 2000 et 2007 à 15,5% sur la période 2008-2014 et de 12,8% à 11,9% dans l’emploi ». (Lire :  Industrie : L’Emergence ratée du Maroc)


Le nouveau ministre algérien de l'Industrie "ne conteste pas la stratégie",  automobile de son prédécesseur Bouchouareb, "stratégie tracée par le président de la République" . Il confiait hier à TSA-Algérie : "Je l’avais approuvée en tant que député et je la soutiens toujours aujourd’hui en ma qualité de ministre".

Il ajoute plus loin : "Son excellence le président de la République a toujours encouragé les investisseurs, mais certains constructeurs n’ont pas suivi cette dynamique. C’est le moment de le faire. Les concessionnaires n’ont pas d’autre choix que de respecter le cahier des charges."

Le gouvernement va-t-il prendre le temps avant de poursuivre dans la voie de la priorité automobile ? Le ministre n'a pas d'état d'âme : "Nous allons continuer à discuter avec Ford, Peugeot, Nissan et d’autres. Bien au contraire : nous voulons travailler avec les grands constructeurs".

La veille de cette interview, l'association des concessionnaire automobile avait décidé de jouer son rôle dans le psychodrame médiatique en cours et s'était fendu d'un communiqué où elle "confirme son support le plus actif aux orientations de développement structurel de l’industrie automobile en Algérie ».

"Nous ne sommes pas là pour bloquer les constructeurs automobiles" leur rétorque gentiment le nouveau ministre. Nous leur demandons de respecter leurs engagements et aller de l’avant dans les taux d’intégration". Et il ajoute compréhensif :  "Néanmoins il est demandé plus d’efforts de la part des concessionnaires dans ce domaine afin de réduire sérieusement ces importations de véhicules qui se font de manière déguisée." Plus d'effort?

"Que se passe-t-il au niveau du complexe d’El Hadjar ?" lui demande le journaliste.
Le ministre de l'industrie botte en touche : "Ce n’est pas la faute à l’État, Il y a un problème de management. Il y a un groupe de travail qui étudie la situation sur place. On verra par la suite les solutions dégagées".

Encore quelques petits boucs émissaires et "la partie continue la même et la pareille"?

Les Algériens refusent l'industrialisation de pacotille

Par Saoudi Abdelaziz, 27 mars 2017

Pour contourner les mesures de restriction des importations instaurées depuis une année par le gouvernement, les multinationales de l'automobile mettent les bouchées doubles. Dans un épais brouillard.  Quelle retombées en fabrication de pièces, en transfert de technologie, en formation de main d'oeuvre qualifiée? En un mot quelle valeur ajoutée? Car, c'est critère central d'une industrialisation authentique. L'affaire du présumé vrai-faux assemblage par un Tahkout, sorti du "droit chemin", indique que des groupes de pression rentiers se livrent un combat acharné pour tirer à eux et leurs clans, les bénéfices de l'industrialisation de pacotille conduite par Bouchouareb. Avec au loin, le mirage de la sous-traitance...

 La valeur ajoutée reste en Europe

La diffusion des images, vraies ou arrangées de l'usine Tahkout, exprime la méfiance profonde des Algériens à l'égard de cette industrialisation de pacotille. La "stratégie" mise sur l'intégration de l'Algérie dans une division  mondiale du travail, où les activités les plus rentables, à haute valeur ajoutée sont réservée aux métropoles capitalistes, et où notre pays est cantonnés dans le rôle d'assembleur-consommateur-réexportateur. L'obligation faite aux concessionnaires d'assembler les voitures en Algérie ne pose aucun problème aux multinationales. Ils sont d'accord pour donner une part du gâteau aux oligarques locaux, via les concessionnaires, en échange de la garantie de performances de ventes.

"L’Europe se tertiarise et se robotise. Et les délocalisations ne partiront plus en Chine", leur assurait début février à Alger un théoricien de la co-localisation qui ajoutait : "Elles vont venir en Afrique du Nord. La volonté de diversification des productions et des exportations rencontre la volonté des compactages des chaînes de valeur des grandes entreprises européennes qui, par nécessité pour réduire les coûts de transport, pour contrôler la qualité et pour éviter les brusques variations de taux de change, relocalisent leur activité dans les pays émergents proches".

On le sait, pour les multinationales, la standardisation des procédés de fabrication fait que la seule production comporte peu de valeur ajoutée. Exit l'activité de recherche-développent, où se trouve la plus grande valeur ajoutée dans l'industrie. C'est la raison pour laquelle les multinationales choisissent de "compacter les chaînes de valeur" en pratiquant partout les délocalisations de la fabrication de bagnoles là où cela revient moins cher. Délocalisations qui ont suscité en faveur de Trump le vote des ouvriers de l'automobile. la fabrication automobile ayant été délocalisée au Mexique. Au Maroc, on efforce de copier le modèle mexicain, bâti sur les facilités offertes par le traité de l'Alena aux investisseurs américains. Le Maroc fait mieux que le Mexique :  il offre des zones franches où les investisseurs sont dispensés de respecter les lois sociales et les règles fiscales marocaines.

Et une de plus!

L'obligation faite aux concessionnaires d'assembler les voitures en Algérie ne pose aucun problème de principe aux multinationales. Annonçant pour 2016 des bénéfices record pour le véhicule Seat du groupe Volkswagen, le directeur de Seat, Luca de Meo a annoncé qu'à compter du second semestre de 2017, "tous les modèles Ibiza vendus en Algérie seront produits à Martorell dans la province catalane", mais ajoute-t-il dans un journal espagnol, pour rassurer ses compatriotes : "Seul l'assemblage final aura lieu en Algérie dans la nouvelle usine de l'importateur." 

Car, l'accord signé le 27 novembre dernier, sous le regard satisfait de Bouchouareb, n'engage en effet que le concessionnaire de Volkswagen. Comme c'est la cas aussi pour le fameux Tahkout, concessionnaire d'une autre multinationale. "Et une de plus!" écrira à cette occasion, le journal français La Tribune en annonçant la nouvelle usine d'assemblage de voitures du groupe Volkswagen, sensée produire quatre fois plus que Renault.

Des grandes personnalités françaises sont annoncées à Alger pour défendre le projet d'implantation de Peugeot...

Moncef Wafi, dans un éditorial du Quotidien d'Oran, région où se concentreront ces usines d'assemblage, est assez réservé : "Oran, Tiaret, Relizane ou encore Mostaganem seront dorénavant les centres névralgiques de l'industrie automobile algérienne. Ou plutôt un immense hangar pour la délocalisation des logos puisqu'en fin de compte il n'est question que de montage malgré tous les discours rassurants du gouvernement sur les taux d'intégration et la mise en place d'un bassin de sous-traitance automobile. L'urgence de l'Etat étant de réduire drastiquement la facture d'importation de véhicules avec pour objectif de la ramener à moins d'un milliard de dollars. Dans le sillage, des avantages fiscaux faramineux offerts en guise de cadeau de bienvenue et l'assurance d'un quasi-monopole de fait qui oblige les Algériens à consommer une voiture qui n'a de locale que le discours des officiels".

Commenter cet article