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Publié par Saoudi Abdelaziz

L'arrestation de Mohamed Tidjini, le jeune "fanatique".

L'arrestation de Mohamed Tidjini, le jeune "fanatique".

On sait comment a évolué la célébration officielle du 14 juillet. Ce jour de 1789 où le peuple de Paris a pris la Bastille deviendra l'occasion d'étaler la puissance militaire de l'empire. Parmi les Français, cette perversion militariste de la journée révolutionnaire n'est pas unanimement acceptée. Ecoutons la chanson de Georges Brassens:

"Le jour du 14 juillet je reste dans mon lit douillet, la musique qui marche au pas cela ne me regarde pas".

Ecolier en pleine Guerre d'Algérie, je me souviens de ces commémorations du 14 juillet à Jijel où les collégiens étaient obligé de chanter en chœur la Marseillaise, au cours d'un défilé en tenue sportive dans les rues de la ville. Nous marmonnions des propos inintelligibles, plus ou moins orduriers, à la place des beaux vers de Rouget de Lisle. 

Il y a 59 ans, à l'heure où étaient engagés les bombardements et les ratissages de l'opération Jumelles, l’emblème national avait été brandi devant les tribunes officielles, lors du défilé des Champs-Elysées, par un groupe de très jeunes Algériens, aux cris de «A bas l’Algérie française, Tahia El Djazaïr».

Ces jeunes gens font ainsi avorter l'opération montée par le colonel Godard, du 5ème bureau de l'Armée française, chargé de "l'action psychologique" visant à montrer les résultats de «la fraternisation», en mobilisant  "4000 amis" indigènes. 

Le porte drapeau, Mohamed Tidjini , un jeune algérois de Belcourt  ("le fanatique" de la photo),  rejoindra ensuite les maquis de la wilaya IV et tombera au champ d'honneur à la fin de l'année 1961, dans la région de Lakhdaria. Sur la préparation de l'action des "fanatiques", nous avons le témoignage de Ammar Layachi, un des acteurs de l'évènement qui rejoindra la wilaya V. 

Cela s'est passé en 1958 sur les Champs Elysées

Un drapeau algérien au défilé du 14 Juillet

Par Djoudi Attoumi, 14 juillet 2013

Qui se souvient du défilé du 14 Juillet 1958 sur les Champs Elysées? Ce jour-là, le jeune Mohamed Tidjani brandit le drapeau algérien devant la tribune officielle!!!!

A l'occasion du défilé traditionnel du 14 Juillet 1958 sur les Champs Elysées, le 5ème bureau de l'armée française, chargé de l'action psychologique et dirigé par le colonel Godard, avait réuni 4000 Algériens pour participer aux festivités à Paris. Il promettait de montrer à l'opinion internationale les résultats de «la fraternisation».

Le 14 Juillet, fête de la Révolution française de 1789 est donc célébré chaque année. Au programme, un défilé militaire de tous les corps d'armée, celui de l'Armée d'Afrique, comme les tirailleurs algériens, sénégalais, les harkis, celui de la jeunesse et aussi la masse des notables représentant les colonies. Devant la tribune officielle, il y avait les membres du gouvernement français à sa tête le général de Gaulle, les «officiels» des territoires d'Outre-mer», des personnalités de différents horizons et aussi du corps diplomatique accrédité à Paris. Comme à l'accoutumée, le défilé militaire débutait avec fanfare sous un soleil de plomb. Depuis la tribune et des deux côtés du parcours, les Parisiens applaudissaient. Dans le ciel, la patrouille de France, formée de plusieurs escadrilles, laissait derrière elle, des panaches de fumée tricolore ou formait la Croix de Lorraine, le symbole de la Libération.

Ce fut le tour des 4 000 Algériens; les officiels français étaient fiers «de montrer à la face du monde» que les Algériens sont du côté de la «mère patrie» et que les «égarés de la montagne ne représentent qu'eux-mêmes». Ils ont voulu que le message soit clair, comme ils l'espéraient pour les diplomates présents et surtout pour l'opinion internationale qui s'éloigne du camp de la France et qui exprime sa sympathie pour le peuple algérien en guerre pour son indépendance.
Ce fut le cas notamment du sénateur Kennedy, des pays de l'Europe de l'Est, des pays non alignés, des pays arabes...

Mais lorsqu'ils arrivent devant la tribune officielle, il y eut un coup de théâtre! Un jeune en culotte courte et chemisette blanche, sortit des rangs et s'approcha de la tribune officielle, en brandissant au nez des officiels présents le drapeau algérien! Quel courage! Il savait que ce geste pouvait lui coûter la vie, mais pour l'Algérie il était prêt au sacrifice suprême.

Une onde de choc envahit les occupants de la tribune officielle et les spectateurs. Le drapeau algérien est exhibé pour la première fois au défilé des Champs Elysées!
Le service d'ordre est aussitôt intervenu, empoignant le jeune homme pour le conduire loin de la foule et peut-être pour le remettre «aux services concernés» qui le soumettront à la torture.
Pendant qu'il est conduit de force, des agents commençaient à le maltraiter. C'est à ce moment là qu'un haut responsable de la Croix-Rouge internationale est venu es-qualité à son secours afin de convaincre les agents de ne pas lui infliger des sévices.

Ce fait héroïque sera rapporté par des agences de presse françaises et étrangères. Nous apprendrons et le monde aussi en même temps que nous qu'il s'agit du jeune Tidjini Mohamed âgé de 17 ans (né en 1941 à Belcourt) qui a bravé le pouvoir colonial devant des officiels français et étrangers, ainsi que des centaines de milliers de spectateurs. Un tel acte a eu alors beaucoup plus de retentissement qu'une action militaire d'envergure de l'ALN dans les djebels. Il a permis, depuis la capitale française, de faire entendre la voix du peuple algérien en lutte pour son indépendance par l'intermédiaire de l'un de ses jeunes patriotes.

Les autorités militaires françaises ne pouvaient que libérer le jeune Tidjini, puisque des témoins l'ont vu lorsqu'il fut «embarqué» par la police. Il sera relâché quelques jours après. Et Tidjini Mohamed ne pouvait rester à Alger, car il risquait d'être repris et assassiné.
Et puis, il ne pouvait résister à l'appel de la montagne pour aller rejoindre ses frères.
Mohamed Tidjini a intégré les rangs de l'ALN dans les maquis de la Wilaya IV. Il ne survécut pas à la guerre comme des milliers de jeunes de son âge. Il est tombé au champ d'honneur vers la fin de l'année 1961 dans la région de Lakhdaria.

Source: L'Expression

Le Témoignage de Ammar Layachi

Le  14 juillet 2014

Je suis né le 16 décembre 1940 à Bône. Je voudrais apporter mon témoignage et raconter comment le 14 juillet a été pour moi – et pour d’autres jeunes de mon âge — la date d’entrée en clandestinité contre le colonialisme français. En l’occurrence je voudrais raconter ma première action dans les rangs du FLN. Comment celle-ci avait été préparée et organisée une semaine avant.

En 1958, ce qu’on appelait “les événements d’Algérie” avait fait revenir au pouvoir le Général de Gaulle. Cette année-là, pour le traditionnel défilé du 14 Juillet, les autorités avaient décidé de faire venir en France 4 000 anciens combattants musulmans ainsi que 3 000 jeunes, pieds-noirs et “Français musulmans”. La France voulait ainsi glorifier et justifier aux yeux du monde le bien-fondé de la colonisation.

Nous étions de jeunes sportifs de 16 à 17 ans qui, le 7 juillet 1958, faisaient pour la première fois la traversée de Bône à Marseille par bateau. Jusqu’ à notre arrivée à Marseille, nous croyions naïvement que ce voyage était une sorte de colonie de vacances organisée par nos clubs. Nous ne savions pas encore que nous venions pour le défilé du 14 Juillet, pour crier “Algérie française !”.

Une fois à Paris, nous avons été pris en charge dans un camp de toile militaire situé à Maison Laffitte en banlieue parisienne. Malgré l’interdiction de quitter le camp, nous avons trouvé le moyen de “faire le mur” pour aller à Paris : notre but était de fuir et d’entrer en contact avec des responsables FLN de la fédération de France.

Il était impensable en effet de défiler en scandant «Algérie française !». Cependant, comment faire pour établir un contact. Où chercher ?

Nous avons alors marché dans le quartier latin, découvrant la ville, à la fois émerveillés et perdus. Des militants FLN, étonnés de cette inflation subite de jeunes musulmans dans les rues de Paris, nous ont abordés. Après avoir écouté nos explications, ils nous ont demandé de les suivre dans un établissement, “Le Tam-Tam” pour discuter plus tranquillement. Ledit établissement était tenu par le père de la grande diva algérienne Ouarda el Djazaïria.

Nous étions impressionnés par ces hommes déterminés et de toute évidence très bien organisés. Ils nous parlaient de leur engagement et nous voulions leur prouver que nous étions des leurs. Nous leur avons dit que nous n’irions pas défiler, que nous allions fuir. Ils nous ont écoutés. Puis ils nous ont dit qu’ils avaient une meilleure idée : il fallait au contraire participer, mais en donnant une autre tournure à l’évènement. Semer le trouble en brandissant l’emblème national algérien. Ils nous donnèrent des instructions très précises : les drapeaux qu’ils nous remettraient devaient absolument être brandis devant la tribune officielle. Ni avant ni après.
Le jour venu, le défilé a commencé normalement. Arrivés devant la tribune officielle et comme prévu, nous avons brandi les drapeaux algériens en criant et en répétant : “A BAS L’ALGÉRIE FRANCAISE ! A BAS L’ALGÉRIE FRANCAISE !”, “VIVE L’ALGÉRIE LIBRE ET INDÉPENDANTE !”,”TAHIA EL DJAZAIR !”.

L’effet de surprise a été total : les autorités françaises étaient tétanisées à la vue de l’emblème national. Cependant, pris de panique, certains camarades sont sortis des rangs. Ils ont été repérés et arrêtés par la police. Ils étaient facilement repérables avec leur tenue kaki.
Mon groupe était composé de 10 jeunes. Nous n’avions pas été arrêtés parce que, contrairement aux autres, nous n’avions pas quitté les rangs durant la cohue. Rentrés au camp, nous avons vite changé de tenue vestimentaire et pris la fuite pour rejoindre nos contacts FLN.
Trois mois plus tard nous étions acheminés clandestinement dans différentes directions : pour certains au Maroc, pour les autres en Tunisie. Nous allions grossir les rangs de l’ALN, accomplir notre devoir : lutter contre le colonialisme.

A peine sortis de l’enfance, nous venions de franchir un pas lourd de conséquences. Subitement, la conscience d’avoir laissé sur les quais du port d’Annaba une vie qui, désormais, appartenait au passé ; de ne peut-être plus jamais retrouver nos familles et nos repères.
Ce témoignage me donne enfin l’occasion de rendre un vibrant hommage à mes frères de la fédération de France qui, au péril de leur vie, nous ont hébergés, nourris, protégés et conseillés. Dans cet exil moral et géographique, durant cette épreuve d’entrée en clandestinité, nos frères à Paris ont été notre seule famille. Merci mes frères !
*Ammar Layachi est un ancien membre de la Wilaya V historique.

Source: Le Soir d'Algérie

 

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