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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Un débat de plus qui mériterait d’être ouvert au plus grand nombre".

Libre Algérie, juillet 2017

Depuis quelques jours, par presse interposée, on glose beaucoup sur « l’industrie automobile nationale ». Telle qu’elle est, c’est-à-dire « embryonnaire et importatrice ». Telle qu’elle devrait être, c’est-à-dire « intégrée et exportatrice ». Avec un mot d’ordre : aller au plus vite vers l’intégration, avec son lot de sous-traitants et autres équipementiers pour mettre un terme aux « importations déguisées » que constituent les formes actuelles de fabrication, ou plutôt de montage, mises en place ces dernières années avec le concours, plus ou moins avéré, de plusieurs constructeurs internationaux.

S’il est vrai qu’en termes d’industrie, il vaut mieux, en général, plus d’intégration que moins, il n’en demeure pas moins que la vraie question est de savoir si l’on veut mettre en place une filière automobile intégrée du vingtième siècle, ou une filière automobile du vingt et unième siècle.

Ainsi, bien des pays ont annoncé la fin de la fabrication et de la vente des voitures à essence et diésel dans moins de deux décennies. Parmi ces pays, l’Allemagne, la Suède, la Hollande, la France, mais aussi l’Inde et la Chine. L’Inde a ainsi déclaré qu’elle mettrait un terme à la vente de véhicules non électriques dès 2030. Quant à la Chine, elle est déjà leader mondial en termes de véhicules électriques. Mieux encore, un grand constructeur, Volvo, racheté par les chinois, a même annoncé qu’il ne produirait plus de véhicules à essence ou diésel dès 2019 !

Dans cet horizon de deux décennies, qui verra l’Algérie construire une industrie automobile à essence et diésel, et les infrastructures qui vont avec, – alors que le pays sera en plein déclin en termes d’hydrocarbures -, le monde développé et émergent sera, pour l’essentiel débarrassé de cette industrie automobile du vingtième siècle et sera engagé dans une double révolution, celle de l’automobile électrique ou à hydrogène et celle de l’automobile numérique. C’est d’ailleurs une des raisons qui poussent les constructeurs mondiaux à accepter les délocalisations des fabrications « anciennes ». Comme on se débarrassa il y a quelques décennies de la sidérurgie, de la métallurgie et de bien des industries polluantes. Mais, au-delà des véhicules et de leur motorisation, pensons à toutes les formations, à tous les métiers et à toutes les infrastructures nouvelles que vont générer ces nouvelles motorisations numérisées, sans compter les effets en termes de dépollution et d’amélioration des conditions sanitaires des populations. Imaginons ce que seront les aires d’autoroutes sans pompes à essence et diésel, mais avec des bornes électriques ou des stations de remplacement des batteries. Imaginons ce que sera la qualité de l’air dans des villes et des routes débarrassées de leurs nuisances sonores.

Il est donc pour le moins incompréhensible de s’engager sur une industrialisation du vingtième siècle lorsque une grande partie du monde est sur le point de basculer dans l’après énergies fossiles.

Il est tout autant incompréhensible de le faire quand on sait que l’Algérie a pris des engagements en termes de développement durable dans le cadre de la COP21, et que le gouvernement a récemment présenté un programme d’actions visant, notamment, un objectif de mix énergétique à l’horizon 2030 dans lequel les énergies non fossiles participeraient à 40% dans l’approvisionnement national ;

Dès lors, au regard de tous ces bouleversements industriels et technologiques, la question est-elle simplement de savoir s’il y a plus ou moins d’intégration dans l’industrie de montage automobile en Algérie ? N’est-elle pas plutôt dans la place et le rôle que peut jouer le pays dans l’accès, le plus vite possible et dans le cadre de coopérations appropriées, à cette nouvelle révolution industrielle qui bouleverse déjà l’industrie automobile mondiale et ses alentours ? N’est-elle pas, pour l’Algérie, d’être à nouveau au cœur des combats du nouveau siècle ?

Un débat de plus qui mériterait d’être ouvert au plus grand nombre.

 Smail Goumeziane. Libre-Algérie

 

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