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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Grâce au capital acquis, les corrompus et autres voleurs acquièrent par la suite – eux ou leur progéniture qui fréquente les meilleures écoles internationales – respectabilité, compétence et capacité de reproduction du capital" écrit un chercheur algérien à propos de l'émergence du capitalisme en Algérie. Et rattraper la "philosophie de l'entreprise" de l'Europe où, selon un anthropologue belge, l'objectif de l'ultra-libéralisme est de "reconstituer un système de type féodal fondé sur l’argent. Reconstituer un système purement et simplement hiérarchique à partir de la capacité à créer de l’argent qui est considéré comme une équivalence du talent".

Capitalisme moral?

"Il convient surtout de ne jamais oublier que dans l’Algérie des quatre dernières décennies, la corruption a représenté une nécessité historique impérieuse devant laquelle les lamentations morales s’avèrent impuissantes quand ce n’est pas hypocrite. La corruption, comme la colonisation avant elle, l’esclavage, le commerce inéquitable, la rapine… constituent des formes typiques de l’accumulation primitive du capital privé.

A l’encontre du mythe entretenu par ceux qui récusent le qualificatif de bourgeoisie à nos corrompus, sous prétexte que le capitalisme serait moral, compétent et se reproduirait par des moyens strictement économiques, il convient de rappeler que l’accumulation initiale représente partout et toujours une dépossession de biens qui appartenaient auparavant à la collectivité.

 Grâce au capital acquis, les corrompus et autres voleurs acquièrent par la suite – eux ou leur progéniture qui fréquente les meilleures écoles internationales – respectabilité, compétence et capacité de reproduction du capital. A l’échelle de l’histoire, cette métamorphose fait oublier le crime originel. Qui s’intéresse encore aux origines coloniales des grandes fortunes françaises dont les représentants aujourd’hui sont béatement affublés du titre pompeux de « capitaines d’industrie » ?

Or nous avons la chance et la malchance d’observer directement, comme dans un laboratoire de sciences expérimentales, les deux phases de l’émergence de cette bourgeoisie algérienne privée. Sa phase primitive délinquante et le début de sa transformation en classe respectable. On ne peut arbitrairement opposer ces deux phases car les deux aspects délinquance/respectabilité sont par définition consubstantiels.

On peut même aller plus loin en relevant le fait que la phase de respectabilité ne signifie pas toujours ni forcément la fin de l’aspect délinquance. Il n’y a qu’à regarder les affaires de corruption qui éclatent chaque jour sur les Vieux et Nouveau continents et même au respectable Pays du soleil levant, sans rien dire du modèle saoudien…(...) Ramdane Mohand Achour. Libre-Algérie

L'homme loup pour l'homme?

Ce n’est pas par hasard, je crois, que le milieu des affaires est tellement fasciné par le darwinisme parce que c’est une tentative, je dirais presque délibérée, de réintroduire une logique de « l’homme loup pour l’homme », de guerre de chacun contre tous, délibérément comme étant une utopie d’extrême droite, pour remplacer ces solidarités naturelles qui existent dans les sociétés humaines. Il faut savoir que ces solidarités ne se font pas, je dirais, nécessairement dans un cadre entièrement pacifié. Les solidarités sont souvent imposées par les sociétés avec un système de répression derrière. Mais beaucoup de sociétés fonctionnent avec des principes de solidarité inscrits dans leurs règles mêmes de fonctionnement.

Mais on essaye de nous présenter comme étant simplement une « philosophie de l’entreprise », ce qui est en réalité un « programme politique ». Et un programme politique extrême. Bien entendu, les gens qui tiennent le discours ultralibéral, ont une tendance à présenter leurs conclusions et leurs prescriptions comme étant dans la nature de l’homme. Il y a tout ce discours qui consiste à dire : « c’est comme ça que nous sommes, avec l’homme rationnel, l’homo oeconomicus, etc, etc. » Mais en fait il faut bien voir – à l’échelle d’une analyse des représentations, des modèles idéologiques de nos sociétés – c’est une tentative bien particulière. C’est une tentative particulière dont on connaît les auteurs et, leur projet, c’est un projet relativement simple : c’est de remplacer le système féodal qui était de créer une aristocratie fondée sur la possession de la terre, sur la propriété terrienne, de reconstituer un système de type féodal fondé sur l’argent. Reconstituer un système purement et simplement hiérarchique à partir de la capacité à créer de l’argent qui est considéré comme une équivalence du talent. Quelle est la justification quand on demande à un dirigeant de banque pourquoi il reçoit 22 millions, il dit : « Mais, parce que ça reflète mon talent ! ». Voilà !

Ça, c’est la représentation… donc tout ça renvoie à une donnée de type naturel. De la même manière que, dans ce même cadre, quand vous dites : « lutte des classes » on vous dit : « mais non ! il n’y a pas de lutte de classes. Il y a simplement une division sociale du travail qui est un processus naturel et, ceux qui ne comprennent pas ce processus croient qu’il y a des classes et croient que ces classes sont en lutte ! » C’est-à-dire que c’est tout un discours de naturalisation, en disant : « Ce n’est pas une idéologie que nous défendons, c’est la manière dont l’homme est par nature. » Et la tradition, elle, remonte jusqu’au XVIIIe, même jusqu’au XVIIe siècle, dans cette voie là.

Ce qu’il faut faire, c’est dénoncer cela. Ça n’a rien à voir avec une représentation de type biologique ou de type sociologique de nos sociétés, c’est un projet de société, bien particulier. Et, c’est un projet de société – à l’intérieur des idées telles que nous avons développées – qui est un projet d’extrême-droite. C’est carrément ça. Quand on nous dit « Oui mais la Commission européenne à Bruxelles… », quand on nous dit : « la Banque Centrale Européenne… », quand on nous dit « Le Fonds monétaire international… », il faut bien dire que ce sont les représentants d’une idéologie bien particulière : une idéologie d’extrême-droite qui a un projet de société. Et c’est un projet de société qui est facile à définir : c’est la reconstitution d’un système féodal avec une aristocratie de l’argent. Paul Jorion, économiste anthropologue

 

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