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Publié par Saoudi Abdelaziz

Quatre algériens vont à l'essentiel en quelques mots : Saïd Djaafer et Maâmar Farah, journalistes, Lahouari Addi, professeur de sociologie politique et  Chemseddine Chitour, professeur à l'Ecole polytechnique.
Mis en ligne le 3 juillet 2016

Saïd Djaafer, journaliste éditeur de presse électronique

 "Le mouvement national algérien a arraché la société algérienne à la négation et c'est pour cela que la révolution avait pour but la libération de l'Algérie, ce qui est encore plus ambitieux que la seule indépendance.

Et quand c'est l'Etat indépendant qui verrouille les libertés, il prend le risque majeur de faire perdre le sens de l'espace nation. Ne fermons pas les yeux, les affrontements inter-communautaires de Ghardaïa et toutes les logiques tribales ou houmistes qui se remettent en marche, sont les signaux cliniques de la fermeture de l'espace nation.

La régression vers le petit et la petitesse s'accompagne d'une destruction de la valeur et des valeurs. L'Etat algérien d'aujourd'hui est trop petit pour incarner cet objectif modeste, humain et ambitieux de la révolution : faire de l'Algérie un pays libre pour des femmes et des hommes libres avec des institutions solides et sérieuses - oui, on a besoin de sérieux - pour défendre les libertés.

Le monde bouge vite. Des nations se sont effondrées, des Etats ont été démembrés, d'autres sont en cours de dislocation. Le régime en tire des mauvais arguments pour justifier l'immobilisme alors que le message d'alerte qu'envoient ces effondrements est qu'une nation, comme un jardin, s'étiole quand elle n'est pas irriguée et entretenue".

Texte intégral : Algérie, 5 juillet 1962-2015 : "Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie...."

 Source: HuffPost-Algérie

Lahouari Addi, professeur de sociologie politique

"Quel bilan pour l'Algérie après cinquante-trois ans d'indépendance ? Il y a eu bien sûr des avancées notables par rapport au système colonial de l'indigénat, dans le domaine de la santé, de la scolarisation, de la dignité... La société a été profondément transformée sociologiquement. Cependant, les changements quantitatifs n'ont pas été accompagnés par les changements qualitatifs, notamment dans l'éducation. L'école de l'indépendance n'a pas formé les jeunes avec la conscience historique, ce qui a permis l'éclosion de la mythification du passé que les jeunes générations rêvent de reconstruire. La leçon à tirer de l'expérience algérienne, mais aussi égyptienne, syrienne, irakienne, libyenne et yéménite, c'est que les hommes d'État et les projets de modernisation ne sortent pas de l'armée. Ils proviennent toujours des partis, des syndicats, des corps intermédiaires dans le climat de la liberté d'expression".

Texte intégral: 53 ans après : Que reste-t-il de l'Algérie révolutionnaire ?
Source : L'Orient le jour

Chemseddine Chitour, professeur à l'Ecole polytechnique

En définitive, rien ne peut se faire sans une société apaisée . La situation du pays impose un consensus politique sur les grands défis qui seront là quels que soient les pouvoirs en place mais qui risquent s’ils ne sont pas pris en charge rapidement d’être de plus en plus difficiles à gérer. La transition énergétique, le sauvetage du système éducatif ne doivent souffrir de mon point de vue aucun calcul politicien, il y va de l'avenir de ce pays et en cet anniversaire, nous ne devons pas nous cacher la réalité des choses, parler vrai à cette jeunesse en panne d'espérance est un devoir, le meilleur hommage que l'on puisse rendre à nos martyrs est d'aller vers la science du parler vrai et d'inciter les jeunes à l'effort, à l'endurance et à la performance au lieu de les abrutir dans des concerts sans lendemain des matchs de football avec une équipe off shore dans la plus pure tradition des empires sur le déclin avec le fameux panem et circenses , des pains et des jeux de cirque. L’Algérie du million de martyrs vaut mieux que cela.

Texte intégral : 1962-2015 : Avons vous un plan B pour sauver l'Algérie

Source:  http://chemseddine.over-blog.com

POST-SCRIPTUM

Roule et écrase!

Par Maâmar Farah, 7 juillet 2015

Je n'aime pas ce gars qui sort d'une villa cossue, monte dans une bagnole à près d'un milliard, peste contre les enfants et madame qui ont mal garé leurs voitures, et qui, au premier débat sur le pays, vous balance : «Quel triste bilan pour le pays depuis 1962 !» Comme si, avant 1962, il pouvait se rapprocher d'une villa ou utiliser un autre mode de transport que l'âne pelé de son grand-père !
L'indépendance, si décriée aujourd’hui, a donné à la majorité ce que leurs parents n'auraient jamais rêvé avoir ! Interrogez les tombes, remuez la terre des douars perdus, allez simplement à La Casbah et fouillez la mémoire encore debout au fond des patios : elles vous diront les immenses privations, les inégalités, les injustices, l'esclavage, les enfumades, la torture, les massacres, les maladies, les épidémies, l'analphabétisme, les poux... Et tu as le culot de parler de bilan ?
Si les martyrs revenaient cette semaine, ce n'est pas le bilan de 53 années d'indépendance qu'ils trouveraient non conforme à leurs vœux, mais les tournants libéral, puis ultralibéral, qui ont redonné vie aux inégalités et injustices d'antan en installant une nouvelle oligarchie à la place des anciens colons, malgré des programmes sociaux rescapés de feu le socialisme.
Alors roule et écrase. Tu auras tout le temps d'ouvrir ta gueule quand tu seras là-bas.Tu auras tout le temps de cracher dans la soupe. Tu vois, moi, l'Algérie indépendante m'a tout donné : sous la colonisation, je n'aurais jamais pu écrire dans un journal et vous aurez été majoritairement incapables de déchiffrer ce que j'aurais écrit. Je n'aurais jamais pu m'exprimer aussi librement : le mérite premier en revient à Ben Boulaïd, Abane, Didouche, Ben M'hidi, Hassiba et à tant d'autres... Sans eux et leur sacrifice, le gars qui roule vers l'aéroport — ou son père, son grand-père — aurait continué à porter les couffins de ces dames et aurait sauté de joie à l'annonce d'un poste de bonniche pour sa Fatma !
Source :
Le Soir d'Algérie