Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Thomas L. Friedman. Photo DR

Thomas L. Friedman. Photo DR

Son auteur, Thomas L. Friedman a reçu 3 fois ... le prix Pulitzer. Voici ce qu'il écrivait en 1999 à propos du Kosovo :

« Que cela vous plaise ou non, nous sommes en guerre contre la nation serbe (les Serbes quant à eux en sont convaincus) et les enjeux doivent être clairs : pour chaque semaine où vous martyrisez le Kosovo, nous ferons reculer votre pays d’une décennie en vous réduisant en miettes. Vous voulez la situation de 1950 ? Nous savons faire 1950. Vous voulez 1389 ? Nous savons faire 1389 aussi »»

Voici ce qu’il écrivait en 2003, soutenant l’invasion de l’Irak :

« La position française est complètement incohérente : Les inspections n’ont rien donné, déclare M. de Villepin, parce que Saddam refuse de coopérer, et nous devrions donc envoyer trois fois plus d’inspecteurs. Mais l’échec des inspecteurs n’est pas dû à un manque d’effectifs. Il est dû à un manque de coopération de la part de Saddam, comme les Français le savent très bien. Pour obtenir d’une brute comme Saddam qu’il coopère, il ne s’agit pas de tripler le nombre d’inspections mais de tripler la menace d’une intervention des forces de l’ONU s’il refuse de s’exécuter. » Son hostilité envers la France, qui cherche à prévenir la guerre, s’exprime notablement dans un éditorial paru dans le New York Times du 18 septembre 2003, intitulé “Notre guerre avec la France” (“Our War with France”), où il écrit : « Il est temps que les Américains se rendent à l’évidence : la France n’est pas seulement un allié embarrassant. Pas seulement un rival jaloux. La France est en train de devenir l’ennemi de l’Amérique. »

Et il est toujours là à donner son avis…

Pourquoi Trump se bat-il contre Daesh en Syrie ?

Par Thomas L. Friedman, 12 avril 2017

L’équipe chargée de la politique étrangère de Trump a parcouru toutes les solutions possibles sur ce qu’il convient maintenant de faire en Syrie – renverser le régime, intensifier l’aide aux rebelles, répondre aux nouvelles attaques contre des civils innocents. Mais une fois interrogée, il n’y a qu’une seule raison qui fasse l’unanimité : « la défaite de Daesh », comme le secrétaire d’État Rex Tillerson le souligne.

Eh bien, laissez moi ajouter une simple question à leur embarras : Pourquoi ?

Pourquoi notre objectif devrait-il maintenant être de vaincre l’État islamique en Syrie? Bien sûr, Daesh est détestable et doit être éradiqué. Mais est-il vraiment dans notre intérêt de nous concentrer uniquement sur la défaite de Daesh en Syrie en ce moment ?

Recourons à la logique : il existe en fait deux représentations de Daesh.

L’une est le « Daesh virtuel ». Il est satanique, cruel et insaisissable ; il diffuse son idéologie par internet. Il a des adhérents à travers l’Europe et le monde musulman. À mon avis, ce Daesh est la principale menace pour nous, car il a trouvé des moyens de vampiriser habilement l’idéologie djihadiste sunnite qui inspire et donne licence à ces musulmans marginaux qui se sentent humiliés – de Londres à Paris jusqu’au Caire – de rétablir leur dignité par le meurtre d’innocents faisant les grands titres.

L’autre incarnation est le « Daesh territorial ». Il contrôle encore les poches dans l’ouest de l’Irak et dans de grands secteurs de la Syrie. Son objectif est de vaincre le régime de Bashar al-Assad en Syrie — plus ses alliés russes, iraniens et du Hezbollah — et de vaincre le régime chiite pro-iranien en Irak, en remplaçant ces deux derniers par un califat.

Défi n° 1 : Non seulement le Daesh virtuel, qui a des cellules dans le monde entier, ne disparaîtra pas même si le Daesh territorial est vaincu, mais je crois que le Daesh virtuel deviendra encore plus virulent pour dissimuler le fait qu’il aura abandonné le califat territorial à ses ennemis jurés : l’Iran chiite, le Hezbollah, les milices pro-chiites en Irak, le régime pro-chiite d’Assad à Damas et la Russie, sans parler de l’Amérique.

Défi n° 2 : l’objectif de l’Amérique en Syrie est de créer une pression suffisante sur Assad, la Russie, l’Iran et le Hezbollah afin qu’ils négocient un accord de partage du pouvoir avec des musulmans sunnites modérés ce qui pousserait également Assad à quitter le pouvoir. Une façon pour faire cela serait que l’OTAN créée une zone sécurisée interdite aux avions autour de la province d’Idlib, où de nombreux rebelles anti-Assad se sont rassemblés et où Assad a récemment lâché son gaz toxique contre des civils. Mais le Congrès et le public américain se méfient clairement de cela.

Alors, que pourrions-nous faire d’autre ? Nous pourrions augmenter considérablement notre aide militaire aux rebelles anti-Assad, en leur fournissant suffisamment de missiles antichar et antiaériens pour menacer les hélicoptères russes, iraniens, du hezbollah et syriens et les avions de chasse afin de les en faire baver suffisamment pour les pousser à ouvrir des négociations. Moi, ça me va.

Quoi d’autre? Nous pourrions simplement refaire la lutte contre le Daesh territorial en Syrie et mettre la faute sur l’Iran, la Russie, le Hezbollah et Assad. Après tout, ce sont eux qui se sont rendus en Syrie, pas nous. Faites-les combattre une guerre à deux fronts – les rebelles modérés d’un côté et Daesh de l’autre. Si nous battons le Daesh territorial en Syrie maintenant, nous réduirons seulement la pression sur Assad, l’Iran, la Russie et le Hezbollah et leur permettrons de consacrer toutes leurs ressources à écraser les derniers rebelles modérés dans Idlib, sans partager le pouvoir avec eux.

Je ne comprends pas. Le président Trump propose de vaincre Daesh en Syrie gratuitement – et ensuite fait demi-tour en renforçant les rebelles anti-Assad modérés. Pourquoi ? A quand remonte la dernière fois où Trump a fait quelque chose gratuitement ? A quand remonte le dernier contrat immobilier où Trump s’est engagé à nettoyer une décharge toxique – gratuitement – avant de négocier avec le propriétaire le prix du terrain de golf à côté ?

C’est le moment pour Trump d’être Trump – totalement cynique et imprévisible. Daesh en ce moment est la plus grande menace pour l’Iran, le Hezbollah, la Russie et les milices iraniennes pro-chiites – parce que Daesh est un groupe terroriste sunnite qui joue un jeu aussi sale que l’Iran et la Russie.

Trump devrait vouloir vaincre Daesh en Irak. Mais en Syrie ? Pas gratuitement, pas maintenant. En Syrie, Trump devrait laisser Daesh être une migraine pour Assad, l’Iran, le Hezbollah et la Russie – de la même manière que nous avons encouragé les combattants des Moudjahidines à attaquer la Russie en Afghanistan.

Oui, à long terme, nous voulons écraser Daesh partout dans le monde, mais la seule façon d’écraser Daesh virtuellement et sur le terrain est d’avoir des sunnites modérés en Syrie et en Irak qui seraient capables et disposés à le remplacer. Et ceux-ci n’émergeront que s’il existe de véritables offres de partage des pouvoirs en Syrie et en Irak – et cela ne se fera que si Assad, la Russie, l’Iran et le Hezbollah se sentent forcés de partager le pouvoir.

Et pendant que j’y suis, où est le flux RSS de Trump lorsque nous en avons besoin ? Il devrait tweeter chaque jour ce message: « La Russie, l’Iran et le Hezbollah sont devenus les protecteurs d’un régime syrien qui utilise du gaz toxique sur les bébés ! Bébés ! Russie, Iran, Hezbollah, Assad – générateurs de gaz toxiques. Triste. »

Ne les laissez pas tomber ! Nous devons leur faire savoir ce qu’ils sont devenus – facilitateurs d’une Syrie qui utilise du gaz toxique sur les enfants. Croyez-le ou non, ils n’aiment pas être étiquetés de cette façon. Trump doit utiliser stratégiquement son flux Twitter mondial. Barack Obama n’a jamais joué cette carte. Trump doit taper du poing tous les jours. Cela influence.

La Syrie, ce n’est pas du tricotage. Tout le monde joue salement, sournoisement et sans pitié. Où est ce Trump quand on a besoin de lui ?

Source : New-York Times, Thomas L. Friedman

Lien : Les Crises.fr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article