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Publié par Saoudi Abdelaziz

Pouvoir d’achat entre libéralisme et protection sociale, par Noureddine Bouderba

Extrait de la communication de l'expert social Noureddine Bouderba lors de la Journée d'étude sur le pouvoir d'achat des algériens, organisée par l'intersyndicale le 17 juin 2017.

(...)Les inégalités en termes de revenus monétaires primaires (avant redistribution) sont importantes partout dans le monde. C’est grâce à la redistribution par le biais de prélèvements fiscaux progressifs et des transferts sociaux que les écarts de revenus des populations sont réduits. La redistribution divise par deux (02) le rapport entre le niveau de vie des riches et des pauvres (entre les 20 % des ménages les plus aisés et les 20 % des ménages les moins aisés). Cette réduction des écarts est encore plus grande aux extrémités de la distribution des revenus. Le rapport entre les déciles (10 % de la population) extrêmes est divisé par trois (03). La contribution des transferts sociaux à la réduction des inégalités des revenus primaires avoisine les deux tiers (2/3).

En Algérie, les salaires sont très bas et les transferts sociaux dont les subventions jouent un rôle important dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté. Ils représentent une part importante dans le revenu disponible des algériens (revenu disponible = revenu primaire +transferts sociaux – cotisations et impôt). C’est une composante majeure de la protection sociale des populations, car les prix internationaux élevés pour la nourriture, de l’énergie et des soins sont hors de portée des revenus de la population (...).

Les salaires en Algérie

En 2011 le PIB par habitant en Algérie s’élevait 5 447 $/hab et le salaire national minimum garanti est fixé à 15 000 DA. Une enquête de l’ONS, sur « les dépenses de consommation et le niveau de vie des ménages – 2011- » a estimé Le nombre des travailleurs salariés à 6.7 millions dont 49.8 % employés dans le secteur privé. Selon les résultats de cette enquête le revenu salarial moyen net moyen des travailleurs (tous secteurs confondus) s’élève à 36 000 DA. Par secteur le Salaire moyen est de 42 800 DA/mois pour la fonction publique, 30 600 DA/mois pour le secteur publique économique et 22 800 DA/mois pour le secteur privé. L’analyse des résultats de cette enquête montre que :

1- Que le salaire mensuel médian était estimé à 24 468 DA. Ce qui signifie que la moitié des salariés algériens, soit 3.35 millions avaient un salaire inférieur à 1.6 fois le SNMG.

2- Que 5 470 000 travailleurs (tous secteurs confondus), soit 82 % du total des salariés, touchent moins que 40 000 DA par mois. Or selon une enquête menée par l’UGTA durant la même année une famille avec 04 enfants avait besoin de 40 000 DA / mois pour subvenir à ses besoins vitaux.

3- Que le salaire moyen de 2 409 000 travailleurs d’exécution du secteur privé (60.3 % des travailleurs du privé) s’élève à 18 100 DA. Ce qui ne représente que 1.2 fois le SNMG et à peine 55 % la valeur du PIB/habitant.

4- Que 1 043 000 travailleurs (soit 15.6 % du total des salariés) perçoivent moins de 15 000 DA c'est-à-dire moins que le SNMG.

Il ressort que les salaires en Algérie sont bas. Et ceci est valable en particulier pour la majorité des travailleurs du privé et les basses catégories du publique. Dans le secteur privé le salaire mensuel net moyen représente à peine 1.5 fois le SNMG contre deux (2) fois pour le Maroc et la Tunisie. Pourtant en équivalent dollar courant le SNMG algérien est égal au SMIC en Tunisie (200 $/mois) et est largement inférieur au SMIC marocain (276 $/mois)).

Faut il souligner qu’en 2011, avec 5 447 dollar/habitant, le PIB par habitant en Algérie représente 1.3 fois le PIB/hab tunisien et 1.7 fois celui marocain.

C’est en Algérie que les travailleurs bénéficient le moins de la répartition des richesses créées dans chaque pays. Le salaire mensuel net moyen perçu par un travailleur algérien du secteur privé en 2011 représente à peine 69 % le PIB/habitant en Algérie contre 110 % pour la Tunisie et 212 % pour le Maroc.

Même pour la fonction publique les travailleurs algériens sont moins payés que les fonctionnaires tunisiens et marocains. En 2011 le SMM des fonctionnaires algériens représentait à peine 129 % le PIB/habitant contre 224 % pour la Tunisie et 338 % fois du marocain. Cette situation est le résultat de la politique des salaires menée durant la dernière décennie et qui a été soumise à la loi des rapports de force sans que l'état ne joue pleinement son rôle de régulateur social dans ce domaine en ajustant les salaires par le biais du SNMG et en encourageant et en encadrant les négociations salariales. Cela pour contenir les salaires dans le secteur privé ou les travailleurs en l'absence de syndicats n'ont pas une capacité de négociation suffisante pour arracher des salaires de la dignité.

Au résultat nous avons des discriminations à plusieurs niveaux :

• Entre les cadres supérieurs de l'état et le reste des travailleurs.

• Entre les cadres dirigeants des entreprises publiques dont les salaires et les primes sont indexés sur le SNMG et le reste des travailleurs dont les salaires sont bas à cause de ce SNMG. C'est dire que ce dernier remplit une fonction contraire à sa raison d'être.

• Entre les travailleurs de la fonction publique et les travailleurs du secteur économique.

• Entre les différents secteurs de la fonction publics eux même en fonction de leur capacité de négociation.

• Entre les travailleurs du secteur public et les travailleurs du secteur privé.

• Entre les cadres et les travailleurs de maitrise et d'exécution de tous les secteurs (les salaires des corps communs dans la fonction publique et d'exécution du secteur privé qui gravitent autour du SNMG sont les plus bas du bassin méditerranéen).

Un pouvoir d’achat faible

Aujourd'hui le montant journalier du SNMG qui n'a pas été révisé depuis 05 ans ne permet pas d'acheter 500 grammes de viande. Même avec les subventions et la protection sociale le pouvoir d'achat des travailleurs algériens est faible. En 2014 le salaire net moyen mensuel global a été de 37 800 DA (source ONS) et la durée hebdomadaire de travail est de 40 heures. Une comparaison du pouvoir d’achat des algériens, concernant certains produits essentiels à la consommation, avec celui des français nous donne pour l’année 2014: (Etude comparative faite par l’auteur sur la base du salaire mensuel de l’année 2014 donné par l’ONS et de l’article UFC-Que choisir –France 2014)

• A titre de comparaison, en 2014 le prix d'un litre d'essence super à la pompe représentait le salaire moyen de moins de 05 minutes de travail pour un français alors qu’à la même année un algérien devait travailler 6 minutes 20 sec pour s'acheter un litre d'essence (9 min en 2017).

• Pour se procurer un litre de lait Il faut 30 secondes de travail à un français contre 7 min à un algérien • 14 minutes à un français contre 40 min à un algérien pour un litre d'huile • 5 min contre 6 heures 25 min pour un kg de viande de bœuf.• Pour s'acheter une chaussure à bas prix il fallait 1 heure de travail à un français contre 10 heures à un algérien. • Et enfin pour consulter un médecin généraliste un français devait travailler 1 heures 24 min alors que l’algérien devait le faire pendant 5 heures.

Cette comparaison en matière de pouvoir d'achat concerne 2014 c'est à dire avant la dévaluation du Dinar, l'envolée des prix et des montants des différentes taxes induits par la Loi de finances complémentaire LFC 2015 et LF 2016 et 2017.

Les salaires en Algérie sont très bas. Dans la plupart des pays dans le monde la part des salaires dans le PIB est supérieure à 50 % atteignant même 75 % pour certains d'entre eux alors que pour l'Algérie elle est à peine égale à 27,0%. Même dans les pays voisins ou comme on vient de le voir le ratio PIB/habitant est inférieur à celui de l’Algérie la part des salaires dans le revenu national est supérieure à celle de l’Algérie et dépasse les 30 %.

La décennie noire a été aussi une période noire pour les salaires. En application des conditionnalités du PAS imposé par le FMI et l'article 87 bis qui a servi à les contenir la part des salaires dans le PIB a baissé de 34.7 % en 1993 à 19-20 % en 2000, soit une perte de plus de 40 %.

Et ce n’est pas un hasard si les experts libéraux et le patronat prennent l’an 2000 comme année de référence pour nous démontrer qu’entre 2000 et aujourd’hui les salaires ont évolué plus rapidement que le PIB. Parce que ces experts savent que si effectivement la part des salaires dans le revenu national a augmenté de 07 points entre l’an 2000 (20 %) et aujourd’hui (27 %) elle n’a toutefois pas atteint son niveau de l’année 1993 (34.7 %) et encore moins celui des années 1980 (40 %).

Texte intégral :

https://www.fichier-pdf.fr/2017/06/...

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