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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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Un reportage du journaliste Maurice Lemoine

(...) Tandis que des pneus crament sur la chaussée, une petite foule d’opposants au président Nicolás Maduro stationne sur la place Francia du quartier bourgeois d’Altamira (Est de Caracas).

« J’ai 57 ans, j’ai vécu diverses périodes présidentielles et, bien qu’il y ait toujours eu de la pauvreté et de l’insécurité, il y avait une bonne qualité de vie, nous explique une aimable femme à la discrète élégance. Hélas, depuis [Hugo] Chávez, la situation a bien changé… » Quelque peu perplexe, elle fixe l’épais nuage de fumée qui s’élève, à cent cinquante mètres de là, à proximité de la Torre Británica : « Des jeunes ont monté une barricade, la Garde nationale est arrivée et il y a eu une grande confusion. Un autobus a été incendié, mais cela n’a pas été provoqué par les manifestants, il a brûlé (elle cherche ses mots) … spontanément. » Autour d’elle, malgré l’évidence de la situation, la paranoïa rôde, instillée jour après jour par les médias : « C’est des “colectivos” infiltrés qui ont fait ça. » Les supposés paramilitaires du « régime », systématiquement accusés de tous les maux. Notre interlocutrice, elle, nous fixe avec gentillesse : « Vous êtes seul ? Faites attention à vous, il y a des délinquants qui pourraient vous voler vos appareils photos. »

Casqués, masqués, nerveux, très agressifs, ceux qu’elle évoque à demi-mot s’activent autour de la carcasse métallique du bus calciné qu’ils dépècent afin d’en utiliser les débris pour ériger de nouvelles barricades. Pendant ce temps, recueilli par la police municipale de Chacao, le chauffeur du véhicule expose les faits : ce sont bien six individus extrêmement menaçants qui, au nom de la lutte contre le « chavisme », ont incendié son outil de travail après l’avoir séquestré et détourné de son trajet.

A la mort de Chávez, et afin de neutraliser définitivement la révolution bolivarienne, les secteurs radicaux de la Table d’opposition démocratique (MUD) ont entrepris d’empêcher à n’importe quel prix son successeur Maduro, bien qu’élu démocratiquement, de consolider son pouvoir. Se référant de façon subliminale aux « révolutions de couleur », jouissant d’un fort appui international – un décret de Barack Obama faisant du Venezuela une « menace (...) inhabituelle et extraordinaire (...) pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis », » et l’arrivée à la tête de l’Organisation des Etats américains (OEA) d’un individu totalement inféodé à Washington, l’uruguayen Luis Almagro –, ils ont lancé une violente offensive de guérilla urbaine en 2014 sous le nom explicite de « la salida » (la sortie) et, en l’absence de résultat tangible (hormis un tragique bilan de 43 morts et plus de 800 blessés !), intensifié une « guerre économique » destinée à déstabiliser le pays. S’estimant menacées par le « socialisme » (rebaptisé « castro-chavisme »), les grandes entreprises nationales et les multinationales organisaient déjà depuis 2013 une pénurie programmée et sélective de biens du quotidien – aliments, médicaments et produits de première nécessité – à travers l’altération des mécanismes de distribution.

L’intensification de cette offensive « à la chilienne » va se traduire par un succès certain. Durement affectée par les difficultés de la vie quotidienne pour s’approvisionner, les queues interminables et une augmentation spectaculaire des prix provoquée par le recours forcé au « marché noir » (le « bachaqueo »), une partie des électeurs du « chavisme » sanctionne le pouvoir, rendu responsable du chaos, en permettant, plus par abstention que par adhésion, une victoire circonstancielle de l’opposition lors des législatives de décembre 2015.

« En 2016, ils m’ont tout fait, pourra plaisanter le chef de l’Etat le 12 mai dernier, devant un groupe de sympathisants. Ils m’ont même destitué trois fois ! »

Lors de son installation à l’Assemblée, le 5 janvier 2016, alors que beaucoup espèrent de la MUD un projet positif pour le pays, celle-ci n’annonce en effet avec fracas qu’un seul objectif, fort peu en phase avec la Constitution : renverser Maduro en six mois ! (...)

Texte intégral du reportage illustré : Mémoire des luttes

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