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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les luttes sociales et les manigances des Haddad et Rebrab

Alors que l'aggravation des conditions sociales dans le monde du travail, poussent à la mobilisation dans plusieurs secteurs, les oligarques continuent d'utiliser les circuits obliques pour accumuler leurs possessions, au détriment de la production nationale, des finances publiques et de l'emploi salarié. Alger Républicain fait le point.

Grève à Air Algérie

19 mai 2017

Les 750 techniciens de la maintenance des avions de la compagnie Air Algérie se sont mis en grève mardi 14 mai pour appuyer des revendications socio-professionnelles. La trafic à partir des aéroports algériens a été complètement paralysé jusqu’au début de l’après-midi quand la direction d’Air Algérie a accepté d’ouvrir des discussions avec les représentants des grévistes.

Ils exigent la révision de la hiérarchie des postes qui les défavorise au regard de leur niveau de compétence. Le personnel des mécaniciens de la maintenance est composé pour l’essentiel de techniciens et d’ingénieurs. Il est classé en dernière catégorie après celles des pilotes et des stewards et hôtesses de l’air.

Les syndicalistes dénoncent une grille des salaires construite en contradiction avec la convention collective d’Air Algérie et non conforme à « la hiérarchisation des salaires et métiers, décrite dans les standards internationaux et appliquée dans les diverses compagnies aériennes ». (Quotidien d’Oran du 17 mai).

La grève a été suspendue après la constitution d’une commission composée des responsables de la compagnie et des représentants du Syndicat national des techniciens de la maintenance d’Air Algérie (SNTMA). La commission aura à examiner leurs revendications. Selon les syndicalistes, le directeur général par intérim de la compagnie a mis en avant les difficultés financières d’Air Algérie pour demander un délai d’un an avant prise de décisions.

Marche et sit-in des syndicalistes de la zone industrielle de Rouiba

19 mai 2017
 

Le mécontentement des travailleurs monte avec la dégradation de leur pouvoir d’achat sous l’effet de la hausse des prix des biens de consommation. Leur inquiétude est de plus aggravée au vu de l’amoncellement des problèmes financiers pour les entreprises du secteur de la construction que l’Etat n’arrive pas à payer, ses recettes fiscales ne couvrant pas les dépenses. Une situation qui n’augure rien de bon. L’horizon est assombri par les licenciements à venir.

Les travailleurs observent que le gouvernement ne fait rien contre les trafiquants et les riches fraudeurs du fisc et de la sécurité sociale. Les signes de richesse sont étalés sans honte. On en voit même sur les autoroutes où les propriétaires de rutilantes voitures de type « Jaguar » à 50 millions de dinars narguent les citoyens. Par contre, il est plus facile pour le gouvernement de s’en prendre au régime des retraites.

A Rouiba, les responsables de l’union locale UGTA ont pris les devants. Comme d’habitude, aux premiers signes de montée de la colère, ils déclenchent la soupape de sécurité pour tenter de faire baisser la pression. Ils organisent de petites manifestations sur des voies bien balisées, font des discours enflammés sur les injustices que subissent les travailleurs et adressent au gouvernement des mises en garde théâtrales sans lendemain. Avant dispersion, ils invitent les représentants des travailleurs à reprendre le travail en leur assurant que la centrale UGTA a « pris en charge » leur revendications et va taper sur la table (...).

Le quotidien Liberté a rendu compte de cette manifestation dans son édition du 16 mai :

Plus de 500 syndicalistes affiliés à l’union locale UGTA de Rouiba ont observé, lundi 15 mai, un rassemblement au milieu de la zone industrielle de Rouiba pour dénoncer, entre autres, l’avant-projet du code du travail, le non-paiement des salaires, la nouvelle loi sur la retraite, l’érosion du pouvoir d’achat … Les syndicalistes, dont ceux de la SNVI, ont menacé de paralyser la zone industrielle si les pouvoirs publics ne mettent pas fin au marasme dans lequel se trouvent les travailleurs et leurs entreprises. Pour Mokdad Messaoudi, secrétaire général de l’union locale de Rouiba, cette manifestation n’est qu’un premier message adressé aux décideurs pour les éclairer sur la situation désastreuse que vivent certaines entreprises publiques, dont les milliers de travailleurs qu’elles emploient ne sont pas payés, faute de crédits de paiement. Et il cite l’exemple de l’entreprise publique Hydrotechnique qui détient plus de 300 milliards de créances non honorées par l’État, alors que ses travailleurs n’ont pas touché leur salaire depuis plus de deux mois.

“En plus, cette entreprise comme tant d’autres se trouve dans l’incapacité de poursuivre ses missions et honorer ses engagements envers les maîtres d’œuvre.”

En clair, dit M. Messaoudi, c’est l’asphyxie totale pour ces entreprises abandonnées à leur triste sort et qui subissent encore une concurrence déloyale par certaines entreprises du secteur privé.

“Nous avons des dossiers qui attestent que certaines entreprises privées ont été largement favorisées dans l’attribution de marchés publics au détriment de ces entreprises publiques”, ajoute-t-il.

L’autre grief concerne la mouture du code du travail vivement contestée par les syndicalistes, lequel code, selon M. Messaoudi, “fait des travailleurs une simple marchandise”. “Un patron peut licencier un travailleur pour un mégot jeté par terre ou pour un mauvais regard, puisque c’est le patron qui définit, selon ce nouveau code, la nature de l’infraction”, révèle l’orateur.

Les syndicalistes affichent leur détermination à ne pas accepter un tel règlement qui, selon eux, porte atteinte à la dignité des travailleurs et qui met en danger leur poste de travail et le devenir de leur famille. L’autre point développé lors de ce rassemblement est lié à la nouvelle loi sur la retraite, et les syndicalistes demandent carrément “son retrait”.

Pour M. Messaoudi,

“la caisse de la CNR souffre beaucoup plus des entreprises qui ne déclarent pas ou sous-déclarent leurs employés à la Cnas, des députés qui prennent une retraite complète pour une main constamment levée et des milliards de dollars liés à la mauvaise gestion de l’argent public”, dénonce-t-il."

Haddad chouchouté et Alfapipe sous la menace de disparaître purement et simplement

18 mai 2017

L’entreprise publique Alfapipe Annaba et Ghardaïa risque de fermer ses portes. Cette entreprise doit sa renommée à sa spécialisation dans la fabrication de produits de tubes en acier soudés destinés au transport du gaz et du pétrole. Ses tubes sont également très utilisés dans le transfert de l’eau des barrages.

Elle devait achever le 15 mai la livraison de 339 km de pipeline. Après quoi, l’entreprise se retrouvera sans commandes publiques. 1800 travailleurs risqueront d’être mis à la porte. Et avec eux c’est un précieux savoir-faire industriel qui se volatilisera. Son marché est représenté par l’Etat et deux grosses entreprises publiques , Sonelgaz et Sonatrach, pour les besoins desquelles Alfapipes avait été créée à la fin des années 1960. Elle joue depuis sa création un rôle important dans l’intégration industrielle du pays.

Alfapipe est « le seul fournisseur algérien de Sonatrach en matière de gazoducs et oléoducs, allant de 16 à 64 pouces. Alfapipe alimente également les projets hydrauliques de transfert d’eau. Elle a prouvé par le passé qu’elle est concurrentielle et respecte rigoureusement les délais de ses contrats ». (Informations recueillies auprès de cadres et de syndicalistes par le correspondant d’El Watan du 15 mai).

Mais lors du long règne de Khelil à la tête du ministère de l’Energie, Sonatrach s’est réorientée vers l’importation des produits que l’industrie nationale lui fournissait, des biens d’équipement de qualité supérieure et certifiés aux normes internationales.

Les travailleurs sont convaincus que l’absence de plans de charge entre dans le cadre d’une opération de sabotage pour favoriser les intérêts des importateurs. Pourtant les équipements de l’entreprise ont bénéficié d’un plan de rénovation avec l’acquisition de deux machines à souder de dernière génération. Un investissement de 8,3 milliards de dinars a été mis en place. Tout cet argent va partir en fumée avec la décision de lui fermer l’accès aux marchés publics.

Les syndicalistes sont scandalisés par la promesse faite par Sellal, le chef du gouvernement, d’accorder le marché de la fourniture de tubes à une filiale de Haddad, le nouvel oligarque surgi du néant dans les années 1990 par la grâce du pouvoir et devenu son préféré depuis les années 2000, Rebrab ayant été relégué à la deuxième place des chouchous de la libéralisation. Haddad est aussi président du FCE, organisation patronale. Comble de tout, l’usine que Haddad a lancée pour produire ces tubes est encore au stade du montage ! Mais elle est dores et déjà assurée d’exercer son pouvoir absolu sur ce secteur juteux, l’Etat se chargeant de liquider ses propres entreprises industrielles pour faire place aux sociétés des petits copains et leur permettre de faire de gros profits. Conséquence : un capital productif public de grande valeur est transformé en ferraille. Une partie de ces profits alimente leur comptes offshore grâce au système de la surfacturation des importations.

Le nom de Haddad vient d’être cité ces jours-ci dans le lot des révélations du Panama Papers (lire « Surfacturations et dissimulation de fonds dans des sociétés étrangères bidon, après Rebrab, Haddad à son tour sous les projecteurs du Panama Papers »). Il a fait importer par une société turque 90 km de tubes d’acier dans le cadre des marchés publics que le gouvernement lui a octroyés. 90 km de tubes d’acier qu’Alfapipes aurait pu produire à Annaba et Ghardaïa !

C’est cela le « nouveau modèle de croissance économique » que vient de pondre le gouvernement pour faire croire qu’il a un programme économique. Rien d’étonnant qu’il ait été accueilli par les vifs encouragements de la Banque mondiale dont la raison d’être est de faire progresser partout la domination des grands capitalistes par la destruction des assises économiques des Etats tentés d’échapper à leur emprise.

Surfacturations et dissimulation de fonds dans des sociétés étrangères bidon : après Rebrab, Haddad à son tour sous les projecteurs du Panama Papers*

18 mai 2017

Dans le quotidien français « Le Monde » du 16 mai 2017, on peut lire cette information, signée du journaliste algérien Lyas Hallas, sur les trafics d’un des oligarques algériens. Les archives du cabinet Mossak Fonseca révèlent que le patron des patrons algériens est le bénéficiaire d’une compagnie immatriculée aux îles Vierges britanniques.

Par Lyas Hallas (contributeur Le Monde Afrique, Alger)

Extraits de http://www.lemonde.fr/afrique/artic...

Des tubes en acier surfacturés par un fournisseur turc

Pour honorer les gros contrats qu’il n’a pas la capacité d’exécuter, le groupe ETRHB Haddad a eu recours à la sous-traitance, notamment par l’intermédiaire d’entreprises espagnoles et turques. En la matière, les « Panama papers » sont instructifs. Ainsi, selon les documents obtenus, la sous-traitance d’une partie des prestations liées au raccordement de la station de dessalement de Tafsout Honaine au réservoir de Lalla Setti, dans la wilaya de Tlemcen, et au projet de dérivation des eaux de l’oued Al-Harrach, dans la wilaya d’Alger, a donné lieu au transfert de plusieurs millions de dollars à l’étranger.

Pour les besoins des deux projets, un contrat à 10 millions de dollars (environ 9,2 millions d’euros) a été signé avec l’entreprise turque Erciyas Celik Boru, que dirige Ahmet Kamil Erciyas, pour la fourniture de 90 km de « tubes en acier soudés en spirale avec revêtement époxy » de diamètres variant entre 800 mm et 1 400 mm. Or le fournisseur turc a surfacturé ce matériel. Sachant que la masse linéaire d’un tube rond en acier d’un diamètre de 1 200 mm est de près de 180 kg/m et que le prix de la tonne était en moyenne de 350 dollars, cela aurait dû donner un prix autour de 5,5 millions de dollars pour l’ensemble des tuyaux fournis par l’entreprise turque. C’est un peu plus de la moitié de ce qui a été payé dans le cadre de cette transaction.

* Le titre est de la rédaction d’Alger républicain.

Consulter notre article du 21 août 2016 Rebrab à son tour rattrapé par un nouvel épisode du « Panama Papers ». Voir : http://www.alger-republicain.com/Re...

Source : Alger-Républicain

Alfapipe menacée de disparaître. Photo DR

Alfapipe menacée de disparaître. Photo DR

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