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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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Les cadres algériens qui ont aujourd'hui entre 50 et 60 ans savent ce qu'est la fameuse "fiche bleue", confectionnée par la Sécurité militaire (SM). Cette fiche conditionnait toute nomination dans l’administration publique civile et militaire. Saad Ziane écrit : "Elle a inexorablement tué l’intelligence, fabriqué des exécutants aveugles et fait fuir une armée de gens formés qui refusaient d’insulter leur intelligence". L'action de la SM a conduit à "la transformation des cadres formés par l’Algérie indépendante en eunuques politiques ou en exilés (y compris intérieurs)".

La SM pour les élites, ce n’était pas un mythe

C'est l'intertitre de la conclusion de l'article de Saad Ziane paru le 26 mai dans Libre-Algérie, sous le titre  L’Algérie, l’Université, la SM : les « visiteurs » se préparent a l’ombre de l’air vicié de la « famiglia »

(...) C’est bien pour cela que les résidus de résistance qui existent dans le pays ne doivent pas baisser les bras, ni se tromper de diagnostic. Les « visiteurs », pour reprendre le titre de la célèbre série télévisée, sont dans la mondialisation affairiste. Ils sont déjà là, ils ne sont pas les plus nombreux mais ils s’installent déjà comme des « héritiers » à l’ombre d’une « familiglia » en décrépitude qui détient les leviers de l’Etat résiduel.

Leur mission se devine et peu leur importe que cela va donner, de manière inéluctable, des explosions en chaine menant à l’effondrement généralisé. On n’a pas encore lu le livre du général Rachid Benyelles mais ses propos sur le poids démesuré prêté au rôle de la SM est contestable au plus haut point.

Rachid Benyelles a affirmé que la Sécurité Militaire est « un mythe » et qu’on lui a « prêté plus qu’elle ne pouvait » et que les « services de l’armée avaient des lacunes dans le renseignement opérationnel extérieur, mais aussi intérieur. » C’est un diagnostic de quelqu’un de « l’intérieur » de la maison, tellement « dedans » qu’il n’arrive pas à observer la terrible mécanique qui a fait qu’une des plus grandes révolutions du 20ème siècle soit en définitive piégée, enfermée et vidée de sa substance, dans la médiocrité clanique.

On peut lui concéder que la SM (et ses épigones jusqu’à DRS) avait des « lacunes » dans le domaine « classique » du travail des services de renseignement. Mais il y a bien une mission qui a été réalisée avec une réussite suicidaire pour le pays : la transformation des cadres formés par l’Algérie indépendante en eunuques politiques ou en exilés (y compris intérieurs).

La « gestion des cadres » via les multiples moyens dont la célèbre « fiche bleue » a été un désastre. Elle a inexorablement tué l’intelligence, fabriqué des exécutants aveugles et fait fuir une armée de gens formés qui refusaient d’insulter leur intelligence. Si aujourd’hui, les Algériens n’arrivent plus à « formuler » les questions et à faire les diagnostics, c’est bien un effet de cette désastreuse fonction de « police politique » qui a ciblé en particulier les élites nouvelles, leurs « têtes » et leur indépendance d’esprit.

La minimisation du poids de la SM dans l’affadissement ou la perte des élites est erronée, les Algériens formés qui ont cinquante ou soixante ans peuvent expliquer au général Benyelles à quel point elle a pesé sur leur manière de ne plus penser et de ne plus agir.

Il n’y avait pas nécessairement intention de nuire mais dans l’histoire des régimes totalitaires ou autoritaires, il n’a pas manqué d’idées en apparence nobles qui se transforment en désastre. On part du postulat de la défense de la stabilité et cela se transforme en appareil de défense du régime qui, pour réaliser son but, en arrive à appauvrir l’intelligence collective en organisant la soumission des élites ou leur dispersion.

Le résultat est aujourd’hui édifiant : il n’y a plus d’élite qui pense, il n’y a plus d’espace institutionnel où l’on pense. Il n’y a plus que des onomatopées violentes d’autodénigrement qui déferlent dans les réseaux sociaux. Et il est certain qu’il n’y a pas l’ombre d’une « idée » ou d’une « réflexion » dans le changement de gouvernement. La famiglia gère les apparences et du vent.

Les Algériens subissent les effets lourds d’un terrible accident de l’histoire qui a commencé à l’aube de l’indépendance et qui continue à s’accomplir. Il n’est pas inéluctable cependant que les « visiteurs » finissent par prendre les rênes d’un pays menacé par la perte de sens et qui doit retrouver les moyens de recréer, au temps présent, le consensus révolutionnaire fondateur de l’Algérie. Rien n’est donné, c’est un combat à mener, dans le réel et non pas dans le virtuel.

Texte intégral : Libre-Algérie

 

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