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Publié par Saoudi Abdelaziz

N° du 12 au 18 septembre 2001

N° du 12 au 18 septembre 2001

En 2000, après le recul décisif de la fitna dans ma région natale, j'avais décidé de créer un hebdomadaire local dans ma ville natale à Jijel. Emigré en France depuis 1984, j'avais surtout travaillé dans la presse locale ( radio locale et journaux de villes du Val de Marne). Ayant perçu une consistante indemnité de licenciement je pensais pouvoir démarrer avec cette mise de fonds et j'ai donc créer la société Jijel-Editions.

Entre la demande de récépissé déposé auprès du procureur de la république et la réponse positive de la justice, il a fallu attendre interminablement, avec enquêtes approfondies et les fréquentes convocations de police pour préciser tel ou tel point de mon "dossier'. Excédé, au bout de dix mois, je me suis mis à l'affichage sauvage, puis j'ai engagé une campagne de pétition, très réussie, qui sera couronnée par un meeting public devant le siège du journal situé dans la maison familiale, rue Abdelhamid Benbadis.

La réponse positive de la Chancellerie est venue tout de suite après cette action de masse.

Flanqué de caméras, le ministre de l'Information de l'époque est venu au journal, pour récupérer l'initiative. La rédaction était accueillante, mais réservée.

Le journal était imprimé à Constantine par l'imprimerie publique de l'Est. On ne nous faisait pas de cadeau, ni même les habituels arrangements commerciaux.  On nous obligeait de payer à l'avance le tirage de Jijel-infos. Le feu vert au tirage n'était donné que lorsque notre administrateur, le regretté Mokhtar Zine, faisait parvenir à Constantine, par fax, la copie du virement bancaire.

Pour le premier numéro, la DGSN nous avait proposé de payer grassement un reportage journalistique de complaisance à l'occasion de la fête de la Police. Nous avons décliné l'offre et proposé de publier une pub normale.

Du côté de l'ANEP, après une ou deux petites pubs, sans doute pour tâter le terrain, on avait refusé à Jijel-Infos cette petite pub régulière qui aurait permis d'éviter l'asphyxie. Les annonces publiques concernant la région de Jijel nous étaient refusées. Flanqué de caméras, le ministre de l'Information de l'époque est venu au journal, pour récupérer l'initiative.

Le colonel Fawzi qui supervisait l'ANEP était pourtant un Jijélien de souche. Il faut dire que je n'ai pas eu l'occasion de le rencontrer. Voilà se qu'en dit sur TSA Benchicou, un des patrons de presse choyés de la décennie noire, après l'éviction de l'influent colonel  : "Chez lui, à Ben Aknoun, dans le ventre du DRS, l'on prenait le thé et les instructions, moyennant une éligibilité à une part du butin publicitaire. Gardien des lieux saints de la connivence et guichetier attitré de la prébende publicitaire, le colonel F. organisait discrètement, à l'intention d’une certaine presse, chez qui l'avidité tient lieu d'ambition, ces pèlerinages d'où l'on revenait toujours moins dévot mais toujours plus riche. Le colonel F. assurait protection et fortune aux dirigeants de la presse qui prêtait allégeance".

Le seule exception notable au boycott de pub est venue d'un haut fonctionnaire de la wilaya, aficionados du journal, qui est intervenu pour que la mairie de Jijel nous accorde la publication sur plusieurs pages des listes d'attributaires de logement.

Pendant ces sept mois intenses et féconds, notre équipe a maintenu le cap d'un journalisme d'information localier refusant jusqu'à la mort finale les interférences et les sollicitations politico-sécuritaires.

De ce point de vue nous avons sauvé l'honneur.

Mais, c'est ainsi que disparut, par sélection algérienne des espèces, l'hebdomadaire Jijel-Infos à cause de son ignorance des cyniques règles de survie auxquels sont astreints les journaux algériens, règles régies par "l' alchimie pour tous", rappelée en 2014 par le patron du Quotidien d'Oran.

 

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