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Publié par Saoudi Abdelaziz

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"Historiquement la vocation de l’Algérie est d’être plus proche de l’Iran que de l’Arabie Saoudite. Cependant elle ne peut pas jouer son rôle de non-aligné, de contrepoids à l’alliance israélo-saoudienne, en raison de l’évolution du régime algérien qui a perdu son ingénierie tout en conservant sa résilience".

Extrait de l'interview accordée par l'ancien gouverneur (1989-1992) de la Banque centrale d'Algérie Abderrahmane Hadj Nacer au journal  Al Akhbar.

 (...) Le Maroc est doté du meilleur système financier du monde arabe C’est comme s’il possédait d’énormes paquebots mais qui ne servent à rien. Car en dehors de ces méga-paquebots très bien pensés, le Maroc n’a que des tissus et des épices pour remplir ses containers. Privé de route, il est contraint de faire du cabotage pour acheminer ses produits en Afrique.

Il faut souligner, que son concurrent économique, l’Algérie, après 60 ans de bureaucratie, maintient un système qui n’encourage pas les investissements. Pourtant, le secteur privé en Algérie n’est pas le Makhzen marocain. Son potentiel est autrement plus important. A côté de l’argent sale, le secteur privé est dynamique avec des entrepreneurs qui optent pour la légalité même si leur capital est d’origine floue. Prenez un homme d’affaire comme Issad Rebrab, qui en dépit du cadre légal contraignant, est devenu l’un des plus important acteurs mondiaux dans la production et l’exportation de sucre. Il incarne l’alliance de l’ascenseur social algérien et des compétences formées des années 1960 à 1980. Ceci explique que dès lors qu’une ouverture vers l’Afrique est amorcée, Condor s’y implante aussitôt et Rebrab exporte son sucre. Aujourd’hui nous aurions donc besoin des paquebots marocains, je pense principalement au système bancaire et d’assurance, pour financer le potentiel d’exportation de l’Algérie.

Historiquement, la stratégie du Maroc en Afrique consistait à récupérer l’ancien empire Almoravide qui regroupe la Mauritanie, une partie du Mali, le Sénégal, la Guinée jusqu’en en Cote d’Ivoire, mais cela ne correspondait pas à une politique africaine. Or, brusquement le Maroc a changé de politique. Il a développé une stratégie d’influence dans des régions pour lesquelles il n’a aucune aptitude, notamment l’Ethiopie et le Rwanda.

Si l’on analyse différemment, on s’aperçoit que la stratégie actuelle du Maroc en Afrique répond plutôt à la volonté saoudo-israélienne. L’Afrique est maintenant prise en tenaille, grâce à l’ingénierie israélienne, entre Riyad, Tel Aviv et Rabat. Dans cette configuration, l’absence de l’Algérie sur le continent est dramatique. Même les pays pro-marocains réclament une présence forte de l’Algérie afin d’être soutenus dans leurs échanges avec le Maroc. Cette stratégie saoudo-israélienne a non seulement comme horizon le rôle que pourrait jouer l’Afrique dans le futur, mais répond également à des préoccupations immédiates.

Les Libanais, particulièrement les Libanais de confession chiite, ont incroyablement investi le continent. Il faut donc réinterpréter tout cela à l’aune des évolutions régionales et globales. Nous sommes dans un conflit qui n’est pas seulement économique. Il prend aussi les contours d’une guerre d’occupation du terrain.

Historiquement la vocation de l’Algérie est d’être plus proche de l’Iran que de l’Arabie Saoudite. Cependant elle ne peut pas jouer son rôle de non-aligné, de contrepoids à l’alliance israélo-saoudienne, en raison de l’évolution du régime algérien qui a perdu son ingénierie tout en conservant sa résilience.

Texte intégral : http://www.comiteactionpalestine.org/word/lafrique-est-prise-en-tenaille-entre-riyad-tel-aviv-et-rabat-interview-de-a-hadj-nacer/

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