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Publié par Saoudi Abdelaziz

23 mai 2017

Commentant pour les journalistes son ouvrage paru aux éditions Barzak intitulé Dans les arcanes du pouvoir, le général Rachid Benyelles conseille au chef d'Etat major, Ahmed Gaïd Salah, d'avoir "la sagesse de laisser les urnes parler et décider du prochain président de la république algérienne." Cette injonction, à l'heure où se profilent des luttes de clans féroces autour de la succession de Bouteflika, semble être la motivation principale de l'ouvrage. Voici ce qu'écrit le général en conclusion de ce livre:

"Le coup de force qui a porté Abdelaziz Bouteflika au pouvoir, constitue la septième intervention de l’armée dans la sphère politique depuis l’Indépendance, la première étant celle qui avait opposé l’État-major général de l’ALN au GPRA en 1962. Plus d’un demi-siècle après l’Indépendance, avec une population qui est passée de 12 à plus de 40 millions d’habitants, des besoins de plus en plus difficiles à satisfaire et un environnement international en pleine recomposition, il est à espérer que les nouvelles générations d’officiers sauront tirer les enseignements du passé et, à l’instar de leurs homologues en Amérique latine, prendre conscience que les interventions militaires dans la vie politique d’un pays ne sont plus tolérables."

Pourtant, dans son livre, le général Benyelles relate sans état d'âme sa participation zélée aux"interventions militaires" depuis l'indépendance.

QUELQUES EXTRAITS

Coup d'Etat du 19 juin 1965. Putschiste par "réalisme"

"Les préparatifs du coup de force furent confiés au Secrétaire général de la Défense, le commandant Abdelkader Chabou qui, dans l’après-midi du 18 juin 1965, nous reçut, Khaled Nezzar et moi en notre qualité de directeurs centraux par intérim du Matériel et de la Marine, pour nous informer de la décision de déposer Ahmed Ben Bella dans la nuit du 18 au 19 juin. Dans ce but, il avait confié, à chacun de nous, un secteur de responsabilité dans la ville d’Alger ; celui de Khaled Nezzar comprenait les quartiers de Belcourt et de Hussein Dey, proches du siège de la direction du Matériel qu’il dirigeait en l’absence de Hamou Bouzada, alors en stage à Moscou. Mon secteur comprenait les quartiers de Bab El-Oued et de la basse-Casbah, tous deux proches de l’Amirauté, siège de la Marine nationale que je dirigeais en l’absence de Mohamed Ben Moussa également en stage en URSS. En apprenant ce qui allait se produire dans la nuit, je n’étais certes pas surpris, puisque qu’il était de notoriété publique que le torchon brûlait, depuis quelque temps déjà, entre Ahmed Ben Bella et Houari Boumediene, mais de là à participer directement à un coup de force, c’était un pas que je ne pensais pas franchir un jour. Par principe, je réprouvais la prise du pouvoir par la force, mais par réalisme, j’approuvais l’action projetée contre un Président dont la démagogie et l’incompétence à gouverner, mettait le pays en danger. Pas la moindre démonstration de soutien au Président déchu n’a eu lieu dans les quartiers populaires de Bab El-Oued et de la basse-Casbah qui étaient sous ma responsabilité. Il en était de même dans les autres quartiers de la capitale ainsi que dans les autres villes du pays, à l’exception de Annaba où un petit groupe de manifestants s’était heurté à des militaires qui, pris de panique, avaient fait usage de leurs armes, causant ainsi la mort d’une dizaine d’adolescents ; un drame que les initiateurs du coup de force auraient bien voulu éviter. Indifférente au sort de Ahmed Ben Bella, la population ne manifestait ni hostilité ni bienveillance à l’égard de celui qui venait de le déposer ; un homme que très peu de personnes connaissaient en réalité."

Le général a-t-il la mémoire défaillante? Aucune allusion aux manifestants à Alger, (hors de son périmètre de la Casbah), à la place d'Armes d'Oran puis aux centaines d'arrestations d'activistes politiques, de journalistes, de syndicalistes hostiles au coup d'Etat, souvent sauvagement torturés, puis subissant de longues périodes de détention. Et les décennies de répression politique endémique qui suivront.

1983. Benyelles découvre l'article 120 ... dans les statuts du PCUS

Le général Benyelles, qui maîtrise la langue russe, raconte son rôle dans la confection du fameux l'article 120 visant à réserver au militants du FLN les responsabilités syndicales

"En novembre 1983, à un mois du Vème congrès du FLN, le Président Bendjedid qui avait l’intention non déclarée de briguer un deuxième mandat, voulait profiter des prochaines assises du FLN pour procéder à un réaménagement significatif des statuts du parti adoptés par le IVème congrès que son ex-rival, Mohamed Salah Yahyaoui, avait alors marqué de son empreinte. Il tenait notamment à avoir les coudées franches pour choisir les membres du Comité central et désigner ceux du Bureau politique, sans avoir à se soumettre à l’approbation des congressistes. C’est à un petit groupe de travail constitué de Mohamed Chérif Messaâdia, Salah Louanchi, Arezki Aït Ouazou et moi-même, qu’il confia le travail. Pour plus de discrétion, nos réunions se tenaient au siège de la présidence.

C’est en consultant les statuts du parti communiste de l’URSS que nous découvrîmes, de manière tout à fait fortuite, un article stipulant que les candidats à une fonction élective devaient être obligatoirement membres du parti. Estimant que cette disposition était dans la logique du parti unique, nous avions décidé de l’introduire dans les nouveaux statuts du FLN. C’est ainsi qu’était né l’article 120.

Aucun de nous ne se doutait du tollé qu’il allait soulever auprès des dirigeants du PAGS qui, depuis l’adoption de la charte nationale en 1976, s’étaient érigés en gardiens du temple socialiste en s’opposant vigoureusement à toute tentative d’ouverture. Estimant que cet article était de nature à remettre en cause la politique d’entrisme qui leur avait permis d’investir les organisations socioprofessionnelles, notamment la centrale syndicale, ils le combattront avec un acharnement incompréhensible pour nous. Craignaient-ils une épuration suivie d’une répression contre leurs militants ou avaient-ils tout simplement cédé à la panique ?"

Le 9 octobre 1988, Benyelles "amène" Chadli au multipartisme

"Son introduction à peine terminée (du président, ndlr), je pris aussitôt la parole pour dire, en substance, « qu’on commettrait une grave erreur d’appréciation si l’on considérerait que les troubles actuels étaient fomentés par une main étrangère manipulant en secret de jeunes délinquants, comme certains responsables le soutiennent. Les manifestants sont des adolescents, certes, mais à en juger par les youyous enthousiastes des femmes sur les balcons, et les marques de sympathie que leur témoignent les adultes, ils ont le soutien de la population ; et c’est là le problème. Il faut avoir le courage de reconnaître qu’une cassure est apparue dans les relations entre le peuple et ses dirigeants. En vérité, nous sommes en présence d’un mouvement social qui traduit une profonde lassitude des Algériens à l’égard d’un système politique à bout de souffle. Ayant atteint ses limites, il connaît des dysfonctionnements graves dans tous les domaines. Le Président n’a-t-il pas fait lui-même un constat de faillite en dressant un tableau des plus sombres lors de son intervention du 19 septembre dernier ? Par la sévérité de son jugement sur la situation, n’a-t-il pas involontairement poussé la population à sortir de sa léthargie et à réagir ? N’a-t-il pas laissé les médias ressasser son discours une semaine durant comme pour inciter les citoyens à passer à l’acte ? ».

Poursuivant mon intervention, j’avais déclaré que « le système politique mis en place au lendemain de l’Indépendance ne répond plus aux aspirations d’une société qui a depuis, profondément évolué. La cause véritable du mouvement de contestation est à rechercher dans la nature même de ce système qui doit changer radicalement, ce qui implique la remise en question du parti unique, un modèle totalement discrédité partout dans le monde. Les émeutes qui secouent actuellement le pays sont le résultat de nos échecs et nous en sommes collectivement responsables ». Pour finir, je m’étais adressé au Président pour lui demander de sortir de son silence et de s’adresser à la nation pour lui dire qu’il avait entendu son message, qu’il s’engageait à apporter les changements qui s’imposaient, que des sanctions seraient prises à l’encontre des responsables ayant failli à leur devoir, que des réformes politiques profondes seront rapidement initiées et que lui-même ne postulera pas à un troisième mandat.

Mon intervention terminée, un silence pesant s’installa autour de la table de réunion. Désarçonnés, le Président et les membres du Bureau politique ne savaient que penser de ce que je venais de dire, en particulier sur la nécessité de mettre fin au parti unique et sur le renoncement de Chadli Bendjedid à un troisième mandat ; des sujets tabous que personne n’avait osé aborder avant ce jour.

Rabah Bitat avec lequel j’entretenais des relations particulièrement chaleureuses pour le rôle qu’il avait joué dans le déclenchement de la lutte armée et pour la modestie dont il avait toujours fait preuve, m’avouera qu’il s’était posé la question de savoir si les propos que j’avais tenus, n’étaient pas suggérés par le Président lui-même".

Rabah Bitat n'est pas né de la dernière pluie...

POST-SCRIPTUM

Dans son livre, l'ancien chef de la Marine blanchit les "services". Ainsi, il nous assure que le colonel Saïd Abid et Mohamed Medeghri se sont suicidés. Les assassinats de Mohamed Khider et de Krim Belgakem ont été perpétrés par le Sdec ou le Mossad. Il écrit aussi : "En vérité, le pouvoir n’avait aucun intérêt à éliminer un homme de l’envergure de Kasdi Merbah" qui, bien qu’opposé à la politique du « tout-sécuritaire », restait un interlocuteur respecté par tous les responsables politiques en place et par tous les cadres de la Sécurité militaire".

Avant hier il confiait à  la presse : "La SM est un mythe, on lui a prêté plus qu'elle ne pouvait".