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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Messaoudi, secrétaire général de l’union locale UGTA de Rouiba. Photo DR

Messaoudi, secrétaire général de l’union locale UGTA de Rouiba. Photo DR

"Il y a des marchés qui ont été octroyés à des entreprises privées pour des montants qui dépassent ceux proposés par les entreprises publiques»

Par Kebbabi Ramdane, 23 mai 2017. El Watan

Les syndicalistes de la zone industrielle de Rouiba ont tenu un point de presse, hier, pour exposer et dénoncer des cas de pratiques douteuses qui marginalisent les entreprises publiques. Des marchés auraient été ainsi retirés à des opérateurs publics, dont certains emploient des centaines d’ouvriers, pour être confiés à des privés sans moyens et sans qualifications.

Certains organismes de l’Etat fonctionnent aux antipodes des politiques et des orientations du gouvernement. «On nous gave de discours appelant au soutien et à la préservation des entreprises publiques par-ci, mais on fait le contraire par-là», s’est écrié hier M. Messaoudi, le secrétaire général de l’union locale UGTA de Rouiba, lors d’un point de presse. «Cette conférence a été tenue pour vous expliquer comment on asphyxie les entreprises publiques et les contraindre à compresser leurs effectifs. Il y a des marchés qui ont été octroyés à des entreprises privées pour des montants qui dépassent ceux proposés par les entreprises publiques», a-t-il dénoncé d’emblée.

Ainsi, malgré le contexte de crise financière que traverse le pays, de nombreuses entreprises publiques continuent, selon lui, à faire les frais «de pratiques douteuses et antinationales» de certains responsables de l’Etat. Des responsables qui, semble-t-il, éprouvent une aversion injustifiée à tout ce qui relève du secteur public. Le cas de l’Entreprise nationale de réalisation des grands travaux hydrauliques (Enrgth) de Annaba est illustratif à plus d’un titre.

Pratiques douteuses

Selon les documents présentés par les syndicalistes, cette entreprise qui emploie 2311 personnes a été privée d’un marché de plus de 4000 millions de dinars en février dernier, alors qu’elle remplissait toutes les conditions pour l’obtenir. Le marché porte sur la réalisation de travaux d’hydro-aménagement de la plaine de Skikda. Un projet chapeauté par l’Office national d’irrigation et de drainage (Onid).

Forte de son expérience dans le domaine et des moyens humains et matériels, l’Enrgth nourrissait de grands espoirs de «rafler le marché afin de respirer financièrement» et pouvoir payer ses employés qui restent sans salaires depuis deux mois à cause du manque de crédits. Hélas, le résultat était décevant. «Bien qu’elle ait présenté la meilleure offre financière estimée à plus de 4300 millions de dinars, le marché a été octroyé à une entreprise privée qui n’a aucune expérience dans le domaine», révèle M. Messaoudi avec des preuves à l’appui. Pire, lors de l’ouverture des plis le 28 décembre 2016, cette dernière était classée à la 3e place avec une offre de 4490 millions de dinars.

Elle était devancée par l’entreprise publique Hydo-aménagement de Rouiba. Celle-ci a soumissionné pour 4444 millions de dinars. «Mais tout s’est joué dans les coulisses. A la dernière minute, on a dit que l’entreprise privée a fait une lettre de rabais lors de l’ouverture des plis. Or, cette lettre n’a jamais existé et on l’a évoquée lors de l’attribution provisoire du marché le 28 février dernier. L’entreprise privée a réduit son offre de 220 millions environ. Ce qui lui a permis de se classer à la première place», informe un travailleur de l’Enrgth, joint au téléphone, dénonçant «la non-application des orientations du Premier ministre qui a toujours appelé à favoriser les entreprises publiques dans l’octroi des marchés». «Notre société est classée dans la catégorie 9. Nous avons réalisé de grands projets d’irrigation et d’AEP dans les wilayas de Annaba, Oum El Bouaghi, Chlef, Guelma, Tlemcen, Bouira, etc.

Aujourd’hui, on traverse une situation des plus difficiles. Il y a quelques jours, on a été contraints d’hypothéquer nos actifs pour obtenir un crédit auprès de la banque CPA pour payer les travailleurs avant ce mois de Ramadhan. On est asphyxiés. Si ça continue ainsi, on va se croiser les bras, car nous n’avons aucun plan de charge», a-t-il indiqué. Selon lui, il n’y a aucune raison justifiant l’octroi du projet à l’entreprise privée, précisant que celle-ci est spécialisée dans la fabrication de tuyaux. «Là où le bât blesse est qu’elle n’a aucune expérience dans le domaine de l’irrigation», s’indigne-t-il.

L’autre exemple qui suscite des interrogations est «la mésaventure» vécue par l’entreprise hydrotechnique de Rouiba. Une société étatique qui emploie 1800 travailleurs et qui détient plus de 3000 millions de dinars auprès de l’Etat. Elle aussi aurait été exclue, en février dernier, de manière sujette à soupçon, du marché portant viabilisation de la zone industrielle de Biskra et à laquelle elle a soumissionné «conjointement et solidairement» avec Official Prestation.

Dilapidation de deniers publics

Selon les documents en notre possession, le projet a été octroyé à une entreprise privée appartenant à un député d’un parti au pouvoir pour un montant de 4100 millions de dinars, alors que son offre financière dépassait de 250 millions de dinars celui du groupement constitué d’Hydrotechnique et Official Prestation. «Là aussi il y a eu dilapidation de deniers publics», estime un syndicaliste. Le groupement a proposé une offre s’élevant à plus de 3850 millions de dinars, mais il a été exclu au motif de «la non-conformité du protocole d’accord signé entre les deux entreprises».

«La commission interministérielle des marchés au niveau du ministère de l’Industrie n’a pas pris en considération leur recours. Il leur a été répondu que le groupement momentané d’entreprises est solidaire lorsque chacun des membres du groupement est engagé pour l’exécution de la totalité du marché. Alors que l’article 24 du protocole signé entre les deux entreprises est clair à cet effet. Il stipule que les deux parties constituent un groupement momentané d’entreprises conjointes et solidaires avec le client», explique-t-il.

Source: El Watan

À l’ère des dessous de table

Un éditorial de Liberté

Par Remouche Khaled, 23 mai 2017

La corruption est à la mode en Algérie. Elle “s’exprime”, aujourd’hui, à travers les dénonciations des syndicats de la zone industrielle de Rouiba. Documents à l’appui, ils dénoncent l’attribution de marchés à des sociétés plus-disantes, donc plus chères. Cette sélection prive leurs entreprises d’un plan de charge conséquent et risque de les enfoncer dans des difficultés de versement des salaires, de licenciement et, en bout de course, de faillite.

Au-delà des retombées sociales, la grogne à la zone industrielle est le signe de graves dérives dans la gestion actuelle du pays. En effet, jamais la corruption n’a fait aujourd’hui autant le buzz sur la Toile. Car jamais elle n’a été aussi flagrante. C’est qu’elle s’est aggravée à tel point qu’elle apparaît au grand jour. L’affaire révélée par les syndicats de la zone industrielle de Rouiba intervient juste après les accusations en direct sur une chaîne de télévision privée, relatives à l’attribution irrégulière de marchés liés à l’aménagement des parcs industriels de Béchar et d’Adrar. Le même procédé est utilisé, selon l’entrepreneur qui a dénoncé les faits : les entreprises plus-disantes remportent les marchés, au détriment des intérêts du Trésor public.

Ces deux cas illustrent le mode de gouvernance actuel. En fait, à la source de l’aggravation de la corruption est la grande ouverture à l’affairisme toléré par le système, l’argent sale, la “tchipa” et l’intrusion de ces phénomènes dans la gestion politique du pays. Ces sports nationaux ont été d’ailleurs encouragés par l’impunité qui règne aujourd’hui en matière de criminalité économique.
En fait, depuis la promulgation de la loi sur la corruption en 2006, le pouvoir a créé des institutions alibis de lutte contre la corruption qui n’ont jamais fonctionné, affichant ainsi sa mauvaise volonté à s’attaquer à ce fléau qui risque de gangrener tout le pays. Cela donne des ailes à une faune d’affairistes, officiant à tous les niveaux et même en haut lieu,
et désormais devenus dangereux pour la stabilité sociale et politique
du pays.

Source : Liberté

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