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Publié par Saoudi Abdelaziz

2 mai 2003. Mort de Mohamed Dib, l'écrivain discret

«l’usage de la langue française ne te fait pas rencontrer la communauté française mais aller au devant de toi-même – et de ta solitude».
 

Mohamed Dib est mort en France à 82 ans, le 2 mai 2003, trois mois après la publication de son dernier livre Simorgh qui marquait le retour de l'inspiration du pays natal, 50 ans après La Grande Maison.

Né le 21 juillet 1920 à Tlemcen, Mohammed Dib perd son père à l’âge de dix ans et sera élevé par sa mère. Devenu instituteur à dix-huit ans, il exercera ensuite la profession de comptable, puis de traducteur avant de tâter du journalisme à Alger Républicain.

Il publie son premier roman La Grande Maison en 1952. Suivront L’Incendie (1954) et Le Métier à Tisser (1957) qui composent avec le premier la fameuse "trilogie algérienne". Cette fresque commence dans l’Algérie rurale des années 30 pour s’achever au début de l’affrontement qui mènera à la guerre de libération.

Expulsé en 1959 en France, Mohammed Dib continue à publier: L’ombre gardienne (1961), préfacé par Aragon, Qui se souvient de la mer (1962), La Danse du roi (1968). Aragon écrira dans la préface à son poème : "Mohammed Dib est l'un de ces écrivains qui ont su, à partir de leur identité nationale, s'élever vers une certaine idée de l'universalité. Pour lui, cette idée, c'est en français qu'elle devait s'exprimer, s'échanger".

Mais les choses ne sont pas simples. Dans un article publié en février 1993 dans la revue de Tahar Djaout, Ruptures, il revient longuement sur le double malheur de l’écrivain en exil. Souvent renié ou oublié dans son pays d’origine, il n’est guère reconnu dans son pays d’accueil où l’on ne peut s’empêcher de regarder avec condescendance cet étranger prétendant manier une langue qui ne lui appartient pas, note Geneviève Fidani dans sa remarquable nécrologie. «Chaque mot que tu traces sur la page blanche est une balle que tu tires contre toi» écrit-il, allant jusqu’à comparer l’écrivain maghrébin venu en France avec ses textes écrits en français à «ces bohémiens qui campent aux abords d’une ville et qui sont soupçonnés de voler les poules de l’autochtone». Et de faire ce constat : «l’usage de la langue française ne te fait pas rencontrer la communauté française mais aller au devant de toi-même – et de ta solitude».

Des Etats-Unis, où il séjourne longuement et où il enseignera entre 1976 et 1977, il ramène L.A Trip. De son itinéraire finlandais, au milieu des années 80, il fera une nouvelle trilogie Les Terrasses d’Orsol (1985), Le Sommeil d’Eve (1989), Neiges de Marbre (1990).


Mohamed Dib laisse derrière lui une trentaine de romans, recueils de poèmes et de nouvelles, et deux livres pour enfants.  

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