Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Manifestation en octobre 1988. Photo DR

Manifestation en octobre 1988. Photo DR

Cette hypothèse est relevée  par  Saad Ziane dans sa dernière chronique parue dans libre-Algérie, où il dialogue avec DZjoker dont la vidéo prônant l'abstention  fait le buzz sur YouTube. Dans sa conclusion, le chroniqueur  relève  un nouveau phénomène politique:

"C’est un vrai parti politique informel né au cœur de la prébende, il se diffuse dans les partis du pouvoir et dans les institutions, il s’installe déjà comme une alternative à la perte de consistance du régime qui enserre l’Algérie depuis l’indépendance. Ce parti politique informel qui se prépare à prendre le pouvoir dans le cadre d’une transition cachée ne se heurte à aucune résistance sérieuse. Et pourtant, ce qu’il annonce ouvertement est la probable mutation du régime d’une dictature molle à une dictature rigide (...) Ne pas voter peut se justifier. Se désintéresser de la politique l’est beaucoup moins. Car il faut bien le comprendre, le régime a atteint un tel niveau d’impotence que le «saut » va immanquablement venir. Tout indique, à moins d’une mobilisation citoyenne, qu’il le fera en vase clos dans des arrangements entre clans anciens et nouveaux oligarques arrivants.".

Matvotich ou non t’soti quand même, la question est ouine et kifach : militer ou renoncer

 

Par Saad Ziane, 28 avril, 2017. LIBRE-ALGERIE

Que DZjoker nous pardonne donc mais Manvotich ne veut pas dire Mansotich. La vraie question désormais est où va-t-on sauter et comment? Il n’est pas facile de contredire une chanson qui exprime avec truculence un feeling très largement partagé dans un pays où les classes populaires ont été durablement dégoutées de la politique depuis les années 90.

« MANSOTICH ». La vidéo de DZjoker fait le buzz sur YouTube et c’est mérité. Il faut d’emblée dire notre « préemptive soutien » à l’auteur au cas où le Zoukhisme du régime déciderait qu’il est un « oulid Lahram » à traquer ou que le ministre de l’intérieur s’aviserait de le menotter.

DZjoker a le droit de ne pas voter, il a déjà le soutien des dégoutés, des rieurs et des persifleurs. Quiconque essaierait de l’attaquer pour s’être exprimé d’aussi belle manière sera couvert de ridicule. Il faut en avertir les gens de ce système qui passant d’un contrôle plus ou moins soviétique de l’information sombrent désormais dans un Grinisme fumeux où faire le chambit passe pour être une gestion de la communication.

DZjoker a le droit de ne pas voter. Et de croire que « maysotich ». La nuance à faire aujourd’hui est: que l’on vote ou pas, on va tous sauter. Tous les indicateurs qui ont permis à ce régime de durer malgré nos dégouts sur fond d’usure généralisée du militantisme sont au rouge.

Avec le pétrole de schiste américain en embuscade, le pétrole continuera, au mieux, à tourner autour du niveau actuel de 50 dollars le baril. Il y a encore un peu de réserves de change, le gouvernement peut serrer sur les importations (cela a un cout) et sur les programmes (le btp s’en ressent déjà, des entreprises coulent faute d’avoir été payées par l’Etat, les bureaux d’architectes ferment), cela donne un peu de répit mais la tendance est là.

Fin d’époque

Les ingrédients sur lesquels repose le système ne vont pas tenir longtemps, nous sommes bien sur fond de présidence fantomatique dans une fin d’époque, une fin de régime qui aura réussi à faire fuir toute une génération de cadres et à dépolitiser de larges pans de la population.

Que DZjoker nous pardonne donc mais Manvotich ne veut pas dire Mansotich. La vraie question désormais est où va-t-on sauter et comment? Il n’est pas facile de contredire une chanson qui exprime avec truculence un feeling très largement partagé dans un pays où les classes populaires ont été durablement dégoutées de la politique depuis les années 90.

C’est bien durant ces années-là que le Manvotich est devenu la réponse des classes populaires à des « élites » qui ont craché sur le peuple de « gueux » qui a « mal voté » le 26 décembre 1991. A des élites qui ont déclamé qu’il ne faut pas laisser l’avenir de l’Algérie être décidé par des « électeurs analphabètes ».

Pour les jeunes algériens qui s’éveillent à la politique sur les réseaux sociaux, il faudra rappeler aussi que de gens très sérieux parmi les élites politiques et médiatiques ont prôné un suffrage censitaire ou ont suggéré de repousser le droit de vote à 25 ou 30 ans.

On n’a pas fait cela bien sur, on nous a juste offert une guerre civile pour avoir « mal voti », suivi d’une loi sur la réconciliation qui impose le «bouche-cousu », on a caporalisé les partis et on a même créé un conseil de la nation pour se prémunir contre les « accidents électoraux ». La politique a été réduite à un simulacre faisant le lit d’une réelle dépolitisation et d’une montée généralisée du bigotisme.

L’agenda à peine caché du parti affairiste

Pendant ces temps, des milliardaires ont surgi ex-nihilo sur le segment juteux du commerce extérieur. On a eu tant « d’affaires », de l’autoroute est-ouest aux petits « égarements » de Khelil dans l’affaire Saipem, qu’on ne compte plus.

Les affaires se suivent en plus ample au point de faire oublier le chouchou du pouvoir et des journaux que fut Moumen Khalifa. Assurément le régime a donné beaucoup de raisons à tous le monde pour continuer à déserter les urnes. Ce que le Mansotich de DZjoker exprime dans un langage frais qui fait mouche.

Mais pourquoi Manvotich ne veut pas dire Mansotich ? Comment expliquer à des gens qui ont cessé de s’intéresser à la politique que des choses « se passent » dans ce système finissant qui refuse une transition transparente mais où une transition plus ou moins cachée est entrain de s’opérer.

Mais il faut rappeler d’abord que toutes les raisons invoquées par le DZjoker peuvent justifier de ne pas voter, mais elles sont aussi (et surtout) des raisons de se battre et de militer. Pas seulement sur les réseaux sociaux ou sur YouTube. Être dégouté par la manière dont le régime encadre la politique ne doit pas dispenser de faire de la politique. Surtout pas.

C’est bon de le rappeler car nous sommes dans un dramatique reflux du militantisme et de la quête d’un dessein collectif en rapport avec l’histoire du mouvement national et de ses objectifs.

Par contre, la classe affairiste née au sein du régime et qui est dans un concubinage durable avec ses appareils fait ouvertement de la politique. Elle « milite », elle a ses organisations, ses journaux, ses télévisions, elle a ses experts qui nous indiquent la «seule voie» à suivre pour l’Algérie…

C’est un vrai parti politique informel né au cœur de la prébende, il se diffuse dans les partis du pouvoir et dans les institutions, il s’installe déjà comme une alternative à la perte de consistance du régime qui enserre l’Algérie depuis l’indépendance.

D’une dictature molle à une dictature rigide

Ce parti politique informel qui se prépare à prendre le pouvoir dans le cadre d’une transition cachée ne se heurte à aucune résistance sérieuse. Et pourtant, ce qu’il annonce ouvertement est la probable mutation du régime d’une dictature molle à une dictature rigide.

La chute des revenus pétroliers pèse déjà et elle sera plus lourde dans les prochaines années. Il ne faut pas chercher très loin pour trouver qui sera la variable d’ajustement de cette crise annoncée : ce ne seront pas ceux qui sont déjà au pouvoir ou frappent à ses portes mais bien les classes populaires.

Le discours rodé des experts a déjà fixé la ligne : fin des subventions, dégraissage de la fonction publique, désengagement de l’Etat… Les Algériens connaissent déjà le cheminement de la chute des prix pétroliers au milieu des années 80… pour finir, en 1994, au pic de la décennie noire, par l’ajustement structurel sous le FMI qui a mis sur le carreau des centaines de milliers d’emplois, cassé une capacité industrielle et provoqué un terrible désencadrement.

Cet ajustement structurel est passé dans un contexte de violences généralisées. Il risque de passer cette fois-ci, sur fond de dépolitisation générale, à travers une répression aggravée des militants politiques et des syndicalistes.

On va bien sauter, c’est presque inéluctable sauf découverte miraculeuse d’une deuxième Hassi Messaoud. La question pour les prochains mois et années est de savoir si la combinaison au pouvoir de la bureaucratie politique et de l’affairisme va être la seule à décider, en accord avec les «centres » extérieurs, de l’avenir immédiat du pays.

Ne pas voter peut se justifier. Se désintéresser de la politique l’est beaucoup moins. Car il faut bien le comprendre, le régime a atteint un tel niveau d’impotence que le «saut » va immanquablement venir. Tout indique, à moins d’une mobilisation citoyenne, qu’il le fera en vase clos dans des arrangements entre clans anciens et nouveaux oligarques arrivants.

Se désintéresser de la politique, refuser de s’impliquer – ce n’est pas ringard de militer, cela demande de la générosité – est le plus sûr moyen de les laisser décider comment se fera le saut? Au détriment des classes populaires, sans l’ombre d’un doute. On aura sauté sans le savoir. Faudra-t-il chanter alors « Sotit Bla Ma drit » ?

Source : Libre-Algérie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article