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Publié par Saoudi Abdelaziz

27 avril 2017. Nawaat-tunisia

Les luttes sociales se multiplient, c’est une bonne nouvelle. Elles tendent à faire tâche d’huile dans tout le pays, c’est encore mieux. Et j’en suis très content. Ce qui est formidable dans ces luttes, c’est qu’elles montrent que, malgré la récession politique et la corruption des principales forces qui prétendent exprimer les intérêts des classes populaires, l’élan revendicatif donné par la révolution demeure une réalité.

Comme c’est pratiquement toujours le cas, ici ou ailleurs, quand les pauvres, ou d’autres groupes sociaux opprimés, revendiquent activement leurs droits, on entend beaucoup parler de manipulation. Il y aurait déjà beaucoup à dire sur la notion de manipulation. A supposer qu’elle ait vraiment un sens dans le cas des luttes collectives, sociales ou politiques, elle est généralement considérée comme une action de bas en haut, exercée par un individu ou un groupe sur une matière sociale passive et dépourvue de toute autonomie. Une telle manière d’envisager les choses est extrêmement problématique. Mais laissons cela, je n’ai pas envie de devenir sociologue.

Ennahdha, certaines cliques de Nida Tounes, l’UGTT, des groupes de gauche, sont accusés, les uns ou les autres, de susciter les mobilisations de ces dernières semaines ou de mettre de l’huile sur le feu. Quand bien même cela était le cas, et je suis sûr du contraire, cela ne changerait rien. Admettons pourtant que tel ou tel parti se solidarise des protestataires en fonction de calculs qui lui sont propres, admettons même que pour des raisons a priori peu sympathiques, il encourage, au moins ponctuellement, le développement et l’extension de ces luttes, peut-on pour autant affirmer que celles-ci sont manipulées, injustifiées, illégitimes ? Assurément non.

Chômage et sous-emploi, salaires, conditions de travail, développement inégal et déséquilibre régional, pauvreté chronique, clientélisme, bureaucratisme et corruption, arrogance et mépris des autorités, cherté de la vie, questions écologiques et de santé, problèmes liés à la répartition des terres et à l’organisation du secteur agricole, dégradation des différents secteurs du service public, accords non respectés par le patronat ou par l’Etat, engagements non tenus, de nombreuses autres raisons qui ne me viennent pas en tête au moment où j’écris ces lignes, constituent la base sur laquelle se formulent les revendications et s’organisent les résistances.

Tout justifie donc que le peuple, le vrai peuple, le peuple populaire, manifeste son exaspération et exige, par tous les moyens dont il dispose, sinon la justice sociale – cette revendication minimale souvent présentée comme une utopie quasiment contre-nature –, du moins une amélioration de son sort et plus de respect. Rien d’ « excessif », par conséquent, si tant est que la volonté de sortir de la misère et de la précarité permanente puisse être considérée comme une demande excessive.

Je vous le dis comme je le pense : quand les gens qui vivent dans des conditions désastreuses revendiquent ou agissent pour arracher un mieux-être, cela n’est jamais excessif, malvenu, prématuré, irréaliste sur le plan économique, inopportun politiquement ou, pire, « géopolitiquement ». C’est toujours bien et ils ont toujours raison (si l’on veut un point de vue moral, eh bien, ça, c’est un point de vue moral qui n’est ni le point de vue de la compassion ni celui de la charité).

Vous trouvez cela naïf ? Vous n’avez pas tort. La justice sociale est une idée élémentaire, simpliste que seuls comprennent les demeurés mentaux.

Source : Nawaat.org

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