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Publié par Saoudi Abdelaziz

Photo DR

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Missoum Boumediene est décédé  le 2 avril 2013 à l’hôpital Universitaire d’Oran. Trois mois plus tôt, il était revenu reprendre son poste de lutte à Tiaret, après 20 ans d'exil à Berlin.

Quelques extraits d'hommages regroupés alors dans le site de Sadek Hadjerès, Socialgérie.

Boumediene Missoum, le 26 janvier 2013, de retour en Algérie après 20 ans d'exil à Berlin. Photo DR

Boumediene Missoum, le 26 janvier 2013, de retour en Algérie après 20 ans d'exil à Berlin. Photo DR

Les amis de Berlin

Boumediene Missoum, infatigable militant des Droits humains, de la liberté d’expression et de la presse, membre fondateur de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, pourfendeur des dictateurs, des autocrates, des intégristes de tous poils, de toutes nationalités, de tous continents, citoyen du monde, humaniste, féministe, journaliste, poète, cinéphile, rendant au mot patriotisme ses lettres de noblesse en lui ôtant toutes ses scories nationalistes, comment choisir dans la littérature de la liberté un seul poème te décrivant ? Impossible, tes mots et tes actes la recouvrait toute entière, ta voix sans peur la racontait toute entière, ta constance dans la lutte la soutenait toute entière.

Nous sommes de tout cœur, de toutes nos pensées avec ta famille et tes proches dans cette douloureuse épreuve. Nous te remercions pour l’amitié que tu as offert à chacune et chacun d’entre nous individuellement, pour ta solidarité sans faille et ton militantisme actif à chaque fois que le sentiment d’injustice tourmentait ton esprit, pour tes coups de gueule comme pour la douceur de tes sourires, pour les fleurs que tu offrais aux femmes chaque 8 mars, pour tes poèmes que tu déclamais chaque 5 juillet et 1er novembre, pour les œillets rouges du 1er mai. La liste est encore longue. À chacune et chacun de rajouter ses souvenirs à ta mémoire.
Que cette terre que tu as tant arpentée te soit légère.
Malik Berkati, Berlin.
 P/ Le Comité de Soutien en Allemagne pour la Liberté de la Presse en Algérie
Les Amis de Boumediene Missoum d’Allemagne et de Suisse

 

"L'effacement de l'égo"

Missoum était originaire de Tiaret. Notre premier contact eut lieu à Souk Ahras, en 1990, à la faveur d’un séjour auquel j’avais été convié en tant que journaliste d’ Algérie Actualité, lors de l’inauguration de la Cinémathèque de la ville.
Directeur de la Cinémathèque de Tiaret, Missoum avait été dépêché pour contribuer à organiser la manifestation. Grâce à son énergie, il deviendra très vite, avec Doudou, le moteur de l’événement. Je n’oublierai jamais sa prodigalité dont nous avions tous à notre corps défendant bénéficié, notamment feu Rachid Farès, Mohamed Oldache et moi-même. Nous avions appris par la suite qu’il avait payé nos taxis et nos consommations de sa poche. Jamais il n’y a fait allusion.

Son sérieux, son amour et sa connaissance du cinéma, sa gentillesse naturelle, sa réserve lui octroyaient une aura. Et plus il était discret, plus il s’imposait, davantage il rayonnait. Son humilité faisait sa grandeur.

J’avais entendu parler de son action à la tête de la Cinémathèque de Tiaret. Une action menée dans le sens du progrès social et contre l’obscurantisme meurtrier qui déjà sévissait, et qui devait quelques mois plus tard le contraindre à quitter sa ville natale où sa vie était menacée.
C’est ainsi qu’il se retrouva à Berlin (...). J’ai rarement rencontré quelqu’un qui, comme Missoum, faisait totalement abstraction de l’ego. Jamais il n’entreprenait ou ne disait quelque chose qui ne soit au service de sa cause. Cet effacement de l’ego provoque l’admiration à son égard.

Curieusement, en dépit de la précarité de sa condition et de la fragilité de sa situation de séjour, cet exilé, déclassé, sans travail, sans domicile, se sentait déjà comme un poisson dans l’eau à Berlin. Missoum était du genre à compenser les aléas de son exil forcé par la puissance de la mission dont il se sentait investi. Une mission prosaïque, qui n’avait évidemment rien de mystique, mais néanmoins grandiose, consistant à agir concrètement, avec précision et justesse, en faveur d’une Algérie moderne, démocratique, tolérante, plurielle.
Il était l’une des rares personnes chez qui les mots « patrie » et « patriotisme » avaient encore la pureté des idéalismes. Il redonnait à ces mots pervertis par l’emphase et l’insincérité une manière d’innocence.
Doté d’une pédagogie instinctive, Missoum savait insuffler force et conviction à tous ces mots rabâchés, archi-usés, qui semblent condamnés à l’inanité du slogan. Nous eûmes de longues discussions en nous baladant dans Berlin. Il vivait encore mentalement à Tiaret tout en s’affirmant à Berlin comme un pivot, un organisateur (...)
Camus disait : « Et cependant, j’ai besoin des honneurs car je ne suis pas assez grand pour m’en passer. » Missoum était assez grand, lui, pour se passer des honneurs. Il l’était d’autant plus qu’il ne devait même pas se poser ce type de question (...) Voilà ce qu’on s’est écrit le 1er février. Si je publie ce dialogue privé, c’est qu’il était destiné à contribuer à dresser son portrait. Missoum n’y voyait pas d’inconvénient :

- Missoum : ça va, je suis maintenant avec mes deux mères, la patrie et Khedidja.

- Moi : Tu es à Tiaret ?

- Missoum : Depuis déjà une semaine et je suis sous un choc indéfinissable.

- Moi : J’avais lu que tu allais quitter définitivement Berlin...

- Missoum : J’en avais vraiment marre de cet exil forcé et je suis aussi tombé un peu malade (dépression, hypertension et tachycardie) et surtout ma mère, devenue âgée, ne cessait de me demander ! Comme c’est agréable de retrouver sa chère maman !

Puis, on s’est promis de rester en contact. J’ai su que dès son arrivée, il avait repris l’action. Arezki Metref, journaliste écrivain.

L'homme de Tiaret

Une foule très nombreuse et des personnalités venues de plusieurs régions du pays ont accompagné, ce jeudi, Missoum Boumediene à sa dernière demeure, laissant la ville des Rostémides orpheline d'un homme de sa stature. Décédé mardi dernier à l'EHU d'Oran à l'âge de 67 ans, le défunt était un journaliste talentueux, un sacerdoce qu'il a patiemment mené aux côtés de son amour de toujours : le cinéma.

Sous sa houlette en tant que directeur de la cinémathèque de Tiaret dans les années quatre-vingt, la vie culturelle et artistique dans l'antique Tihert connaîtra un rayonnement sans pareil jusqu'à son départ en exil «forcé». Rentré au pays fin janvier dernier où il retrouva ses amis de toujours, Missoum Boumediene s'est très vite retrempé dans l'ambiance -qui lui manquait tant- de sa ville natale, jusqu'à ce fatidique jeudi où il fut terrassé par un AVC.

Egalement membre fondateur de la Ligue algérienne des droits de l'homme, Missoum Boumediene était un infatigable militant des sans voix et des laissés-pour-compte, en Algérie comme à l'étranger.
Missoum, en véritable cheville ouvrière de l'activité culturelle et artistique locale, et après son retour au bercail, avait des projets plein la tête pour redorer le blason d'une ville devenue orpheline d'hommes de la trempe de celui qui milita toute sa vie pour la dignité de sa ville et de son pays l'Algérie. Comme un terrible signe du destin, Missoum a voulu se souvenir de ses frères et amis emportés par la grande faucheuse, en contribuant à l'organisation d'une journée contre l'oubli, tenue dernièrement à Tiaret. Missoum Boumediene a été inhumé, ce jeudi, au cimetière de la ville. Tiaret a perdu deux grandes figures en l'espace de quelques jours seulement, avec le départ sur la pointe des pieds d'une autre icône locale feu Bormati Tayeb, décédé la semaine dernière à l'âge de 82 ans.
Houari Dilmi, correspondant à Tiaret du Quotidien d'Oran

L'ancien d'Alger Républicain

Il se savait malade et a préféré, sur le conseil de ses amis, retrouver le bled après avoir fui les exactions terroristes. Ancien journaliste à Alger Rep puis au le Matin depuis Berlin, Missoum nous a longtemps bercés avec ses histoires de cinéma alors qu’il animait la cinémathèque de Tiaret dans l’ex-cinéma Vox et le «tcha-cha». Dynamique, porté vers le progrès et ayant longtemps lutté contre les inégalités et les injustices, Boumediène est rentré d’Allemagne sans le sou, traînant une vieille valise mais l’accueil chaleureux de ses camarades l’avait beaucoup aidé à supporter cet aléa de la vie. Missoum venait d’être destinataire d’un livre écrit par son ami Boudjema Karèche sur Bouamari et s’affairait à préparer avec certains de ses collègues, dont l’inusable Khadidja Belkhodja, un hommage aux artistes disparus dont Sahraoui Guemaïr de la troupe Les Emirs.

Quelques jours après avoir regagné sa deuxième mère, l’Algérie, après celle biologique et toujours vivante ma Khadidja, Missoum a grandement collaboré à la réussite de la journée contre l’oubli organisée tout récemment au niveau du conservatoire communal en hommage aux braves gens de Tiaret fauchés par les balles assassines et autres frères de combat. Un hommage qui lui a valu de se retremper dans l’air du bled et de se recueillir sur la tombe de ses nombreux amis. Missoum sera inhumé aujourd’hui au cimetière de la ville. Paix à son âme!Rédaction d'El Watan

Pas de priorité pour les VIP

Dans les années 70 il exerçait la profession d’inspecteur des domaines, refusant de se compromettre dans la vente de 5 beaux fusils de chasse saisis, aux représentants locaux du pouvoir, et malgré toutes leurs manœuvres et autres intimidations, têtu, il se battit becs et ongles et fit la vente aux enchères comme le prévoyait la réglementation, il lui en fut tenu rigueur, mais il n’en fit pas cas.

Éternel révolté contre l’injustice, je me rappelle un soir à ALGER ou nous avions pris des tickets pour voir un film français au cinéma Le Triomphe en soirée et que les préposés au dit cinéma sont venus nous demander de descendre des loges au parterre sous le prétexte qu’un VIP avait réservé pour ses invités. Il rentra dans une colère noire lorsqu’il vit l’actuel président de la république, qui était alors ministre des affaires étrangères, accompagné d’un africain monter les escaliers et nous descendre, il criait à l’injustice, les traitant de tous les noms d’oiseaux ...... Il fallait être MISSOUM pour le faire...... Abbas Mghili

L'homme des initiatives

Après 20 d’exil forcé, il regagne sa terre natale tout heureux de reprendre à vivre parmi les siens et tout aussi auréolé de se retremper comme un poisson dans l’eau dans les coutumes et les traditions de la vie sociale, politique, intellectuelle et culturelle de la ville de Tiaret.
Hélas, voila à peine deux mois qu’il est rentré de Berlin, il nous quitte prématurément. Nous venons de perdre en Missoum un être si cher, un homme adorable, un exemple de bonté et de gentillesse, un modèle de bravoure et de courage, un humaniste, un militant clairvoyant, un symbole de combat pour la démocratie, la liberté et les droits de l’homme, un internationaliste.
Missoum a organisé, contribué, participé, animé et aidé à l’élévation du niveau de conscience des différentes couches sociales de notre peuple pour l’amélioration de leurs conditions de vie. il était parti prenante de toutes les initiatives novatrices qui ont permis aux idées démocratiques et de progrès de se frayer un chemin occupé et pollué les années 70 par la féodalité et certaines forces politiques hostiles à la diversité, la liberté et la démocratie et à partir des années 80 par l’idéologie intégriste rampante qui trouvant des alliances dans les plus hauts niveaux a endeuillé notre pays et crée des drames insupportables et remettant en cause l’idéal républicain.

Parmi ces initiatives les plus en vue à mettre en relief, notre ami Missoum a été : membre fondateur et animateur du club de Tiaret crée en 1969 membre fondateur de l’université populaire de Tiaret en 1973; membre de l’assemblée populaire communale de Tiaret en 1975; membre fondateur du comite d’organisation de la 1ere équipe de foot féminin en Algérie en 1978 à Tiaret;  directeur de la Cinémathèque de Tiaret de 1984 à 1994. Djillali Mohamedi

Lien : SOCIALGERIE

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